lundi 6 octobre 2008

Montagnier et Sinoussi Nobel

1994 (Archives)

Je republie cet article-entretien avec Luc Montagnier, en hommage au prix Nobel de médecine 2008 qui distingue aujourd'hui les travaux des chercheurs français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier sur le sida ainsi que ceux de l'Allemand Harald zur Hausen dans un autre domaine, le cancer de l'utérus

Dix ans après la découverte du virus du sida, Luc Montagnier publiait chez Odile Jacob "Des virus et des hommes". Le récit de sa croisade de médecin-chercheur, du parcours de la maladie, ses espoirs face au mal du siècle.

Cet entretien fut réalisé dans sa résidence, au sud de Paris


"Vous avez de la chance, j'ai pu dormir un peu, je suis reposé ". Nous sommes un dimanche. A vingt minutes de Paris et de son laboratoire Luc Montagnier a déployé sourire et transats sur la pelouse qu'il vient de tondre. Un moment-oasis dans l'agenda d'un homme plus sollicité qu'un ministre. Les derniers remous tièdes de l'été font chahuter les arbres sentinelles, tandis que le découvreur du virus du sida évoque quelques souvenirs. Son arrivée à l'Institut Pasteur...

"Ce qui m'a vraiment ému, c'est l'annexe de Garches... La petite bâtisse où Pasteur est mort, dans cette chambre modeste. A l'Institut le culte de Pasteur est un peu trop caricatural et frise parfois la bigoterie, mais le personnage est fascinant par bien des aspects... Par son sens des réalités, par exemple. Il ne perdait jamais de vue les applications potentielles de ses recherches. Son culot aussi. Entre nous, il a eu de la chance que ses premiers essais de vaccination fonctionnent. Aurions-nous une telle audace aujourd'hui ?"

D'humeur buissonnière, l'oeil pétillant de complicité, Montagnier élargit un instant le cercle de ses mots et confie quelques affections. Ce qui le fascine ? Le vivant. L'exceptionnelle continuité du monde animé, avec ses mécanismes les plus minuscules, les molécules, leurs outils à l'échelles des chaînes d'atomes. Mais aussi les objets les plus complexes, les organes les plus finis. Quelle loi préside à cette organisation de la matière ?

On retrouve ici les compagnons de vie de Montagnier, les virus, aux marges du vivant et de l'inanimé.
"On peut aujourd'hui accélérer, produire leur évolution en éprouvette, pour observer quelles mutations peuvent survenir..., lesquelles s'adaptent, et tout cela en quelques heures... Cela s'applique aussi aux médicaments, des peptides, qui sélectionnent leur composants et leur forme, par le jeu des sélections...

Pourra-t-on ainsi, par le jeu des hasards nécessaires produire demain en laboratoire des médicaments qui n'existent pas dans la nature et que notre esprit aurait lui aussi négligé de concevoir ? Peut-être...
C'est dans la chambre de cette maison sémaphore, à l'orée d'une mer d'arbres, que les nuits du chercheur voient déferler cohortes de doutes, de questions, quelques lucioles d'espoirs aussi.
"Je suis en manque de sommeil depuis des années, alors chaque fois que je ferme l'oeil, les cauchemars me tendent leurs bras. Je passe le moins de temps possible en leur compagnie....".

Le plus souvent, étendu, les yeux ouverts, le médecin réfléchit. Prépare les questions qu'il va soumettre à ses collaborateurs, aux responsables de recherches de son département de virologie, et se demande s'il faudrait oser d'autres pistes, plus audacieuses encore. A quelles flammes se forge un personnage ?
Parfois, tout de même, le sommeil gagne. Un mince rempart de repos. Entre la lecture d'articles scientifiques, qui l'amène jusqu'au coeur de la nuit, et le travail difficile, qu'il retarde pour mieux en venir à bout sous les lueurs de l'aube.
Dans son livre, Luc Montagnier révèle quelques fragments de sa vie. Ceux qui l'ont, pour l'essentiel, construit. Son enfance, avec un accident qui laisse quelques empreintes, et la disparition de ce grand-père emporté par le cancer, qui l'aiguillera en douleur vers la médecine.

Mais c'est comprendre et savoir qui anime déjà l'adolescent de Châtellerault. Bien entendu, il engloutit son Jules Vernes et grignote toutes les expériences amusantes qui lui passent sous la main, derrière les épaules de son expert-comptable de père, bricoleur amoureux de progrès. C'est tout juste la fin de la guerre. Dans la cave-laboratoire de la nouvelle maison (la précédente a été bombardée), c'est un voyage extraordinaire : piles électriques au sodium, laboratoire de chimie, mélanges explosifs...

A seize ans, et deux bacs en poche, Montagnier (pas assez forcené en labeur mathématique pour devenir physicien) se lance à la fois sur les sentiers de la science naturelle et de la médecine. Pour se reconnaître, sept ans plus tard, en cet assistant de biologie moléculaire, à la Fondation Curie de Paris. Avant d'opter encore, en 1957. Mais cette fois, ça y est, c'est pour la virologie, et la rencontre d'un maître, Raymond Latarjet...

"C'est en 1982 que le sida commence à retenir mon attention de chercheur.... l'agent responsable pourrait être un virus..."
Que vient faire le hasard ici ? Tout, peut-être.
C'est Paul Prunet, directeur scientifique de l'Institut Pasteur Production, qui pilote Montagnier vers cette recherche. Par une simple question : regarder si un rétrovirus, vecteur du sida, pourrait être présent dans le sang dont se sert le laboratoire pour préparer des vaccins. Une excellente et précoce question, à l'origine de la création de l'équipe Montagnier, Chermann, Barré-Sinoussi.

L'histoire de la découverte du virus restera entachée d'une polémique scientifique. Celle occasionnée par une contamination des cultures virales du laboratoire américain de Robert Gallo, le concurrent de Montagnier. Un virus communiqué par les français, selon les habitudes de la recherche internationale, et que Gallo baptise d'un autre nom, dans la logique de ses travaux à lui.

La polémique est aujourd'hui close, à l'avantage exclusif des Français.
Gallo a-t-il "volé" le virus français ? Le pasteurien n'a pas d'atomes crochus avec l'Américain. Les tempéraments des deux personnages sont à l'opposé, et Montagnier relate dans son récit une rencontre glaciale avec Gallo, chez un ami commun... La question fait souffler une brise glacée sur le regard du virologue.
"Je n'ai pas de raison de douter de la thèse présentée par Gallo, qui est celle d'une contamination de laboratoire". Avec un regret toutefois : "Si l'administration française avait été convaincue plus rapidement par le travail de notre équipe, on aurait pu gagner des mois sur la mise au point de tests de dépistage..."
Aujourd'hui, on en est-on ? Un vaccin reste-t-il concevable ?
"Oui, définitivement... C'est difficile, certes. Par exemple, la piste la plus avancée, celle des anticorps neutralisant, semble vouée à l'échec, car les anticorps reconnaissent une partie extrêmement variable du virus.
Plus prometteuse, mais aussi plus complexe, une autre stratégie consiste à mettre en oeuvre des anticorps qui s'en prennent à des parties conservées du virus. Ou encore à provoquer une immunité des cellules contre le virus, avant son intrusion. C'est plus complexe, et pose le problème éthique de l'essai de ces vaccins.
Là encore, l'espoir pourrait venir de voies plus originales, qui passent par une expérience de terrain.
"Sur ce point nous comptons beaucoup sur l'Afrique. Dans des pays où l'incidence de la maladie est forte vous avez parfois dix pour cent des gens infectés. Les probabilités que les gens rencontrent le virus sont très grandes. Or on constate précisément que tous ne s'infectent pas. Un certain nombre ont probablement une résistance immunitaire naturelle, qu'il faut étudier et comprendre..."
En attendant le vaccin partiel ou total, les chercheurs tentent toutes les portes thérapeutiques. Comme les association entre divers antiviraux qui agissent sur différentes étapes de la réplication du virus.
"A mon sens, il faut une approche thérapeutique globale. Associer des anti-oxydants, des antibiotiques, restaurer l'immunité cellulaire qui permet la survie à long terme. Tout ceci dans l'esprit de bloquer l'évolution vers la maladie, bien entendu".
Une autre approche, ce sera demain, lorsque l'on connaîtra bien ces divers moyens de lutte, d'utiliser massivement ces médicaments.

"L'objectif étant, en quelques semaines de traitement choc, de faire sortir les virus présents dans les cellules à l'état latent, puis de les coincer par un traitement antiviral, pour éradiquer l'infection."
C'est ce type de stratégie que Luc Montagnier souhaite faire étudier dans les centres de recherche clinique qu'il met en place, dans la cadre de sa Fondation, et avec le soutien financier de la soirée contre le sida.
Ici le chercheur couvert d'honneurs, habitué aux joutes scientifiques autour des thèmes les plus discutés avoue sa sensibilité devant les ravages de la maladie.
Des patients amis ont été emportés...
"Je suis enragé de cela. C'est à la fois très dur, et une formidable motivation..." Celle du médecin ? "Oui, pas seulement... J'ai imaginé faire venir des séropositifs dans mon service, pour qu'ils rencontrent des chercheurs, mais je ne sais pas comment faire. Mais pour moi c'est clair, la motivation est là. L'urgence, pour que demain des gens bien portants puissent raconter au passé : j'ai eu le sida. Il faut lever le nez de sa paillasse, penser aux malades... Je me souvient de tous les noms des premiers patients. Ce n'est pas facile à vivre".
Depuis plus d'un an, le chercheur se bat aussi dans les couloirs et les antichambres lambrissées pour faire vivre sa Fondation, avec le soutien de l'Unesco. Les fruits de ce labeur à porte-documents mûrissent.

L'installation de trois centres de recherche clinique est en bonne voie. Il y a celui de l'hôpital Saint Joseph à Paris, un autre à Abidjan, et encore un autre aux Etats-Unis à San Diego.
Cela ne suffit pas au médecin ennemi du temps. Trois millions de malades, dix sept millions de séropositifs. C'est assez pour trransformer l'oxygène de l'air en énergie, à chaque instant.
"C'est vrai, j'ai sacrifié beaucoup de choses à cette lutte, mais que pouvais-je faire d'autre ? Il reste tant à essayer..."
Comme ces rencontres inédites avec d'autres chercheurs. Montagnier organise à Venise les 8 et 9 octobre prochain une réunion d'un genre inédit. Destinée à ouvrir un dialogue entre physiciens et biologistes.
Les prions, la maladie d'Alzheimer, peut-être dans le sida, les nucléations, un phénomène physique, intervient... Le vieillissement aussi, est concerné. Une réalité qui, aux yeux du pasteurien, montre bien que "pour avancer sur le sida, il faut bouger sur le plan des connaissances intimes de la vie elle-même".

Ce dimanche, le traqueur de virus consacre quelques heures de liberté à préfacer une biographie de Pasteur. Ce qui le frappe au détour du récit, c'est la manière dont vivait l'homme, séparé de la société, détestant les mondanités, réfugié dans son ultime cercle de famille.

Alors qu'en même temps, il pensait aux applications industrielles et sociales de ses travaux.
"Il était isolé, mais proche du monde réel, entouré de médecins, ressentait très violemment les problèmes de la société. Le sida aurait été de son époque, je suis certain que Pasteur s'y serait intéressé".

samedi 20 septembre 2008

Le mal de l'altitude

Octobre 1991

Les alpinistes sont des noyés. A 5.500 mètres d'altitude, il ne disposent plus que de la moitié de l'oxygène présent au niveau de la mer, et à 8.800, on descend à un tiers. Cuisante privation : 60 % des amateurs de trekking ou d'alpinisme souffrent du mal des montagne (migraines, nausées, insomnie, fatigue) et 20 % sont atteints au point de risquer l'oedème pulmonaire ou cérébral s'ils insistent. Plusieurs dizaines de fois par saison, il faut dans l'Himalaya les redescendre en urgence, ou les enfermer dans des caissons pressurisés pour que leur état s'améliore. Chaque année, certains insistent, et au bout du malaise rencontrent la mort. Etonnant, les derniers 20 % grimpent comme des cabris, sans le moindre malaise.
Les montagnes sont devenues un laboratoire pour les chercheurs. Pour nos corps acclimatés au niveau zéro, le manque d'air en altitude revient à débarquer sur un monde inconnu, à y bouleverser les habitudes de l'organisme. "L'oxygène, c'est la vie, et des quantités de systèmes de régulation agissent vigoureusement pour compenser les effets de l'hypoxie". Le Pr. Jean-Paul Richalet, responsable de l'Association pour la Recherche en Physiologie de l'Environnement, à l'instar de ses confrères italiens, est un habitué des cimes. Bardé de matériel, il court chaque année dans l'Himalaya, sur le Mont Blanc ou dans les Andes pour prendre le pouls des volontaires qui se prètent à l'exercice, leur prélever des tissus. Utilité ? Mettre le doigt sur les agents biochimiques qui interviennent dans l'adaptation au manque d'oxygène. Au programme, les chémorécepteurs. De petits détecteurs placés dans des vaisseaux sanguins, qui signalent le manque d'oxygène dans le sang et commandent le rythme cardiaque (adrénaline). S'ils sont trop sensibles, le mal des montagnes s'installe plus rapidement, et l'apparition d'oedèmes pulmonaires devient possible. La compréhension de cette régulation, et la mise au point de substances pharmaceutiques pour la contrôler pourrait bénéficier aux amateurs de montagne (on peut aussi être malade dans une station de ski ou sur une montagne à vaches), mais concernerait aussi les insuffisants respiratoires (bronchites) ou circulatoires, voire les candidats aux infarctus.
De manière plus fondamentale, on tente dans la pyramide himalayenne de comprendre comment le corps s'adapte. Pourquoi, par exemple, une limitation du rythme cardiaque s'installe-t-elle ? Le rythme le plus élevé que peut atteindre un alpiniste décroît au fur et à mesure qu'il monte. Comme si le coeur voulait en "garder sous le pied", conserver une réserve en limitant sa dépense en énergie, pour ne pas risquer l'infarctus. Intéressant pour tous ceux qui ont un coeur qui accélère trop vite, ou irrégulièrement.
L'atout de la pyramide c'est encore de pouvoir comparer notre métabolisme avec celui des sherpas. Les indigènes, bien adaptés à l'altitude, ne fabriquent pas de globules rouges en surnombre quand ils grimpent. Les occidentaux, au contraire, en ajoutent des quantités pour mieux véhiculer l'oxygène. Le plus surprenant, c'est que les habitants des Andes, qui vivent confortablement à plus de 4.000 mètres secrètent eux aussi des globules rouges dès qu'ils montent. Contrairement aux Népalais. Pourquoi ? La piste génétique est étudiée de près. Demeure le mystère du poids. Les muscles fondent à haute altitude comme neige au soleil, et les grimpeurs laissent 5 à 10 kg sur les pentes, essentiellement par perte d'apétit. Une clef pour accéder aux arcanes de la régulation du poids par les enzymes et les hormones.
Dans un autre domaine, on tente aussi de démasquer les responsables des troubles du sommeil. Insomniaques, les alpinistes fourniront peut-être des indices pour identifier les facteurs qui commandent les apnées nocturnes. A travers le monde, des milliers de dormeurs oublient de respirer pendant des secondes entières, et se réveillent en permanence, par réflexe. Plongeurs de la nuit, ils sont condamnés à porter des appareils respiratoires pour dormir sans danger. Leurs cauchemars trouveront-ils leur solution sur le toit du monde ?

L'enfant "sauvé" par son chien

Décembre 1991

A la lisière des cheveux noirs en bataille, les yeux de Donny ont percé le brouillard. Dans le couloir, le trottinement de Rusty le chiot devient galop. Tornade, la boule de poils échappe aux mains qui la retiennent, tourne le coin de la chambre, et s'élance pour s'affaler d'un bond sur la poitrine du malade. "Bad Rusty, bad". Fournaise de plaisir, le souffle coupé par le poids du chiot sur son ventre, le garçonnet de 11 ans a tenté de se lever de son fauteuil roulant. Pour mieux noyer un filet de voix et un sourire dans le pelage roux. Métamorphose. Impossible de reconnaître le personnage apathique, indifférent au monde, qu'il incarnait quelques instants plus tôt.
"C'est comme cela que ça s'est passé, il y a tout juste une semaine. Rusty a sauté sur le lit de Donny, lui a léché le visage, et l'a sorti du coma", répète encore une fois la soeur du garçon. Comme si elle craignait qu'au pays de Mickey et de l'inflation médiatique l'histoire de Rusty et Donny soit trop belle pour être crue.
Face aux eaux brumeuses de la passe de Long Island, North Haven étire ses rangées de maisons de bois, déjà vues dans les rêves américains de ce coin de Nouvelle Angleterre. Coincée entre New York et Boston, les deux mégalopoles trop pressées, la petite ville vient de vivre son conte de Noël. Comme on en raconte parfois aux enfants sages. Donny Tomei, le petit d'homme heurté par une voiture pendant qu'il courait et riait fort, du mauvais côté du trottoir, a plongé deux semaines durant dans le coma. A l'unité de soins intensifs de l'hôpital de New Haven, on refusait de se prononcer sur son éventuel "réveil". Et finalement c'est sa soeur, Angela, qui a eu l'idée de rétablir le contact en passant par le chien. "On a vu que Donny bougeait ses doigts quand on lui parlait de Rusty. J'ai demandé à pouvoir le lui amener". A première vue, cela commençait mal. Le chiot de six mois a bondi sur le lit, écrasant les jambes de son maître, avant de lécher son visage immobile. "Cela lui a arraché son premier sourire", se souvient Angela. Une rupture des normes hospitalières qui depuis fait l'espoir de toute la famille. Car à chaque visite du chien, Donny continue de s'éveiller un peu davantage. "Il aime tellement ce chien... Avant, il passait tout son temps avec lui, à lui parler"... Depuis une semaine, Donny a quitté le service des urgences de l'hôpital de New Haven, pour rejoindre une clinique spécialisée en rééducation pédiatrique. Un hôpital à part, bien connu dans la région pour ouvrir grand ses portes aux animaux de tous poils et aux amitiés de toutes natures.
"Le cas de Donny est révélateur de ce que nous pensons ici. Un animal entretient des relations privilégiées avec un être humain, que rien ne peut remplacer. Et cela peut très bien servir de déclencheur, comme dans le cas de ce garçon, pour favoriser une récupération de la conscience après un traumatisme cérébral important", estime le Dr Philip Arnold, responsable de la réhabilitation médicale de l'hôpital de Newington. Le terme de miracle est banni. Donny n'est pas encore totalement tiré d'affaire. On ignore encore si ses doigts retrouveront la vitesse et si sa bouche reconstruira de longues phrases. Sur l'échelle des "états de conscience", notés de 1 à 8, Rusty l'a déjà propulsé de la note 2 (faibles réactions aléatoires aux sollicitations) à celle de 5 (réactions normales, mais détachement de la réalité, et incapacité à répondre à des problèmes complexes). Il va subir pendant deux mois des exercices de sollicitation visuelle, sonore, et affective qui doivent le ramener progressivement à une conscience normale des choses. Comme s'il s'agissait dans son cerveau embrouillé de retrouver les fils de l'écoute, et les circuits de la décision. Une gymnastique de chaque instant, en présence permanente de sa mère, et la visite hebdomadaire de Rusty. "Il est trop tôt pour se prononcer, mais à cet âge le cerveau possède une certaine plasticité, et même si des structures cérébrales sont détruites, d'autres pourront peut-être se réorganiser pour récupérer une partie des fonctions", glisse le médecin.
Toutes les semaines, dans cet hôpital qui s'apparente davantage à une salle de jeux qu'à un établissement de soins, des chiens viennent rendre visite aux jeunes pensionnaires. "Parce que les chiens donnent de l'amour, sans compter, et sans se préoccuper de savoir si vous êtes beau ou laid, bien portant ou malade, bon ou méchant. Nous avons des résultats qui nous poussent à aller encore plus loin", poursuit Philip Arnold.
Plus loin ? Quand on est psychologue scolaire, chargé de veiller à l'harmonie de 700 petites âmes tumultueuses réunies sous le même toit, on pourrait parfois baisser les bras. Alors, quand l'école primaire Eisenhower de Hopkins, dans le Minnesota recrute un précieux psychologue adjoint, on s'étonne de lui découvrir les traits d'un chien. Farce ? "Cela peut ressembler à une plaisanterie, mais c'est très sérieux". Bob Hollinbeck, descendant de Norvégiens qui vinrent s'installer sur ces rives particulièrement bien enneigées du Mississippi, a une volonté trempée dans l'acier. Quand le conseil de l'école lui explique qu'après toutes ses précédentes lubies pour faire de l'école un foyer plus chaleureux qu'une maison, un chien-psychologue c'est vraiment trop, il passe outre. Et avec la complicité du principal, désigne son labrador Coco, au poste d'assistant. "Au bout de quelques mois, on a bien été obligé de reconnaître mes résultats. En fait, je ne prenais aucun risque d'accident. Je connais Coco depuis son plus jeune âge, et je savais d'avance qu'elle présente le profil parfait pour ce poste : régulière, douce et aimante".
En deux frétillemente de queue et trois regards humides, Coco est devenue la reine de l'école. Pataude et attentive, cette femelle de sept ans arpente les couloirs en toute liberté. Rencontrant deci delà quelques retardataires, un groupe en train de jouer, accompagnant les enfants lors de leurs activités. A sa guise, elle pénètre dans les classes en plein cours, va s'asseoir dans un coin sans que les élèves se dissipent autrement qu'en lui dispensant quelques sobres caresses au passage.
"Paradoxalement, elle renforce la concentration et provoque une amélioration des résultats scolaires. Essentiellement parce que si quelque chose va de travers, les enfants ont spontanément envie de se confier à elle. Elle est leur amie, leur confidente". On a vu, en plein cours des enfants se lever, sortir de la classe pour aller "parler à Coco". "Parfois des enfants dont les parents s'étaient battus, ou dont le père boit. A moi, ils ne l'auraient jamais dit directement, ou cela aurait été beaucoup plus long", poursuit Hollinbeck. Coco "travaille" seule, dans toutes l'école, mais assite aussi aux entretiens que Bob conduit avec les élèves. Le courant passe mieux. "On l'aime fort, parce qu'elle est très douce, très gentille", explique Rachel, neuf ans. "La dernière fois que lui a parlée, c'est parce que je venais de me disputer avec une copine. J'avais un gros chagrin. Mais Coco, quand je la regarde dans les yeux, je me sens mieux. C'est un truc vraiment spécial à ce chien"
"Oui, elle est très spéciale, elle n'est pas comme les autres animaux ", renchérit Kevin, 10 ans, pourtant propriétaire d'un chien et de plusieurs cochons d'Inde. "On lui dit des choses qu'on ne dira jamais à M. Hollinbeck".
Les plus attachés à Coco sont les plus jeunes, les moins de 8 ans. Que la chienne se dégourdisse les pattes dans la cour de récréation enneigée, et c'est la ruée. Chacun veut la toucher, l'embrasser, lui mettre les bras autour du poitrail. Des accidents ? "Pas le moindre en trois ans", précise Bob Hollinbeck. "Ah si j'oubliais. Une fois, des enfants sont venus me chercher dans mon bureau en criant que Coco avait mordu quelqu'un. Quand je suis arrivé, c'était en fait un petit garçon particulièrement baggareur et difficile qui avait attrapé Coco à pleines dents. Sans que la chienne ne réagisse".
Mais ne pensez pas que Coco est une nature morte qui aime se prélasser au coin du feu. "A la chasse, dans les lacs à l'eau glacée, elle va chercher les canards avec une énergie incroyable, et déploie une agressivité étonnante. Mais cela, personne ne le verra, s'amuse Bob Hollinbeck. Aucun enfant, ni aucun journaliste. C'est notre jardin secret, à elle et moi. A mon sens, c'est indispensable à son équilibre, pour qu'elle ne devienne pas une nounou ramollie." Il y a une question que nous n'osons pas poser à Bob Hollibeck, tandis q'il s'éloigne avec Coco. Qui est l'assistant de l'autre ?

De Gennes, prix Nobel

Décembre 1991

Avec son inusable allure de jeune homme enthousiaste et un peu gauche, Pierre-Gilles de Gennes est venu à Stockholm en solitaire, recevoir le prix Nobel. Anne-Marie, sa femme, est à Orsay, derrière les fourneaux de son "Boudin Sauvage" de restaurant. "Toute cette effervescence est assez lourde à porter, nous n'avons pas envie d'en rajouter", dit-elle. Le "clan" de Gennes, avec ses trois enfants et ses sept petits-enfants fêtera donc le Nobel au retour, bien sagement. "Bien sûr nous sommes heureux, mais nous continuons notre vie comme avant".
Couronné pour ses "coups de balais", spécialiste de la clarification, Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991 possède l'intelligence de la discrétion. Même quand on lui répète qu'après 21 ans, la France est en manque de Nobel de physique, et qu'on lui tend tous les micros pour qu'il dise ce qu'il pense du Monde, il répond qu'il n'a guère le temps de faire de l'esbrouffe, encore moins les qualités pour jouer les oracles. Une évasion qui n'est pas faiblesse, mais sérénité. Tout Nobel qu'il soit, de Gennes entend préserver de l'énergie pour ses travaux. Il en est capable, il l'a déjà prouvé. D'autres que lui auraient déjà laissé mourir la flamme de la recherche sous la multiplication des responsabilités et l'étouffoir des honneurs : directeur de l'Ecole de Physique et de Chimie de la ville de Paris, professeur au Collège de France, membre de l'Académie des Sciences et de plusieurs académies étrangères, etc... Il assume, et à 59 ans continue de pelleter le charbon, de mettre les mains "dans le cambouis" comme un étudiant. Se passionnant pour les problèmes complexes que la physique ne sait pas prendre en compte. A coup de déjeuners familiaux écourtés, de dimanches sacrifiés, il avance, reconstitue les puzzles de la difficulté. "Jusqu'à ce que l'image de la solution s'impose, évidente". Merci, pourrait lui dire l'industrie : magnétisme, supraconducteurs, cristaux liquides, colles, polymères, on ne compte plus les domaines où les équations de de Gennes ont permis de travailler sérieusement, au lieu de faire de l'a peu près. "Des fruits mûrs que j'ai su cueillir au bon moment" s'excuse-t-il. Encore faut-il reconnaitre une poire d'une pomme, ce qui en sciences est l'apanage des meilleurs. Un éclectisme et une intuition stupéfiants, qui lui ont valu le redoutable surnom de "Newton". Même le comité Nobel, dans son communiqué, use de cette comparaison. Autant gêné par cette marée d'honneurs qu'il l'a toujours été par cette grande taille qui lui fait dépasser les foules d'une tête, ce brillant timide trouve à son gabarit un seul avantage : les enjambées. Il ne marche pas. Il court, vole et sème le temps. Depuis son premier laboratoire, jusqu'aux amphitéatres où il enseigne, il a toujours avalé les marches par quatre, essouflé ses interlocuteurs. On le qualifie de surdoué ? Il refuse le qualificatif, et rétorque par des conférences sur ses erreurs dont raffollent les étudiants. Outre sa clarté de vision, ce chercheur a su créer des équipes, s'entourer des plus affamés de science. "C'est à eux, et à mes maîtres que je dois tout" dit-il. Des craintes ? Une seule. "Que la récompense m'entraîne sur la pente savonneuse des médias, à parler de ce que je ne connaîs pas..."

Saga des algues "tueuses"

Décembre 1991

"Tenez, goutez". Avec un sourire narquois Alexandre Meinesz, responsable du laboratoire d'environnement litoral de Nice, me tend une éprouvette bourrée de feuilles graciles. "A faible dose il n'y a pas d'inconvénient, mais crachez la, ensuite". Je machonne donc, un minuscule fragment de Caulerpa Taxifolia. Une minute plus tard, le picotement de la toxine est là, qui gagne langue et palais. "Alors, vous comprenez, quand certains racontent que cette algue est tellement innofensive que l'on pourrait la consommer en salade, je bondis..." Alexandre Meinesz s'époumone depuis 1989 à alerter les autorités sur les dangers de cette algue : "Il faut agir et vite, l'algue se répand exponentiellement, et tout le littoral est menacé".
Un avis tempéré par les organismes publics de recherche, dont les chercheurs hésitaient jusqu'ici à mettre en oeuvre un programme d'études.
Pour Meisnez, le débat scientifique ne doit pas inhiber l'action. A quelques encablures des plages d'or, un drame sous-marin est peut-être en train de se nouer. Chercheurs et plongeurs du cru, à chaque fois qu'ils retournent au fond sont médusés par l'extension de la "gangrène verte". De vastes prairies sous-marines se forment, couleur vert printemps. Trop belles pour être honnètes ? Aucun animal ne vient spontanément se nourir de ces herbages-là. "Les oursins que nous avons mis en présence de caulerpes, avec le professeur Boudouresque (laboratoire d'écologie de Marseille), ont préféré manger la peinture des aquariums, le plastique des tuyaux, puis se laisser mourir plutôt que de consommer les algues", raconte Meisnez. Plus résistants à la toxine, des poissons comme les saupes peuvent se laisser aller à brouter, s'ils ne trouvent rien d'autre. En devenant eux-mêmes toxiques. Le problème, c'est cette algue croit et se multiplie à toute vitesse, voyage au gré des courants, s'adapte à tous les reliefs, s'immisce jusqu'à étouffer les autres algues. Déjà à Monaco, au Cap Martin, à Agay, dans la rade de Toulon, la tache fluorescente croise ses feuilles avec les grandes nourrisseuses de la mer, les posidonies. Et si celles-ci disparaissaient ? "Ce serait une catastrophe majeure, bien supérieure à une marée noire", soupire Meneisz.
De quels abysses a surgit cette créature ? Du Pacifique. Là-bas, l'algue folle se trouve endiguée par un milieu concurrentiel. Les espèces s'y battent entre elles à coup de toxines" Ici, en Méditerrannée, une guerrière aussi lourdement équipée est tout à fait déplacée. Les espèces indigènes sont sans défense et "on ne voit pas très bien ce qui pourrait l'arrèter", s'inquiète Meinesz.
Reste le mystère du transport. Comment une algue des lagons a-t-elle pu élire domicile au pied des falaises de la Principauté ? Probablement par le truchement de l'aquarium de Monaco, estime le chercheur, puisque comme dans bon nombre d'endroits, elle y servait de fond décoratif. C'est du moins devant cet établissement qu'elle a été repérée, dès 1989, entre 5 et 35 mètres de fond. "On ne peut en vouloir à personne, qui aurait pu imaginer que cette algue d'eau chaude (25 degrés) s'adapterait aussi bien aux eaux froides (18 degrés) de notre région", se demande un chercheur. Une redoutable première, qui pose déjà le problème de l'éradication. Plusieurs voies sont envisagés, chimiques, biologiques, en important des prédateurs du Pacifique, ou par simple arrachage, par une armée de plongeurs munis de suceuses... Une guerre verte dans le grand bleu.

Asimov

Avril 1992

Les seuls vrais robots sont les siens. Ils nous font rire, soumettent notre cerveau biologique à la torture logique, et paraissent se transformer en meurtriers pervers, dans des roman plus noirs que les entrailles du cosmos.

Dans son dernier rêve, Isaac Asimov a-t-il été victime à son tour d'une de ces créatures de métal déprogrammée par un ennemi d'enfance revenu d'une autre planète ? On ne saura jamais. Le maître des songes robotiques et galactiques s'est éteint à l'âge de 72 ans, victime d'une crise cardiaque. Sa plume, depuis plus de 40 ans, a fait veiller tard dans la nuit des millions d'écoliers, d'étudiants en sciences, mais aussi de parents de cette Terre. A travers "Fondation" (Denoël) et le cycle de "Trantor" (J'ai Lu), et les "Robots" (J'ai Lu), ils embarquaient pour des voyages intersidéraux à la dimension des "space operas" d'Asimov. Gagnant les Empires où se joue le destin de milliers de planètes, l'avenir de confédérations titanesques, ou plus modestement le devenir d'un personnage écrasé par toute cette mécanique. Ou alors, à travers des nouvelles croustillantes ("Histoires mystérieuses", Denoël), Asimov nous entraîne dans l'univers caché de la science, fracassant les vitrines du réel le temps d'une cordée sur les parois de son imaginaire. Tout y est possible. Les canes pondent des oeufs d'or, les pierres parlent. A condition de partir d'une base rationnelle (l'occasion d'expliquer un peu de chimie et de physique) et d'accepter les règles d'un auteur qui adorait bousculer et surprendre ses "chers confrères" scientifiques.

Un mélange de provocation et d'adulation du progrès qui faisait la force de cet écrivain imbu de lui-même (il a rédigé sa propre biographie). La science, nous répètent ses romans, permettra un jour le voyage intersidéral à travers l'infini de l'espace. Pour faire quoi ? Bâtir une fédération de planètes libres, évidemment. Avec une constitution calquée sur celle de quelques provinces terriennes. Comment s'appelle déjà ce texte, qui clôt "Tyrann" (J'ai Lu) ? A oui, la Constitution des Etats-Unis. Un coup de laser sur le décalage entre nos mythes et l'état réel de nos sociétés.

Dieu, liberté et économie de marché : le bouillonnant Asimov n'oubliera jamais ses convictions. Un profil forgé par ses origines russes (né dans la banlieue de Smolensk, en 1920), son immigration aux Etats-Unis à trois ans, et surtout la découverte du rêve américain, prolongé par la "Nouvelle Frontière" de l'espace. Avec une production de plus de 500 livres durant sa carrière (plus de dix par an), l'immigré devenu professeur de biochimie à l'université de Boston a bâti une galaxie à la mesure de son angoisse d'écrire, à la vitesse de la lumière. Ce qui n'empêchait pas l'écrivain couvert de prix de rester cloîtré chez lui, de refuser l'avion, et les interviews. Sauf pour parler de la conquête de l'espace, dans le Figaro Magazine du 22 juillet1989. Au rythme de dix heures de labeur par jour, le "Good Doctor", comme le désignent ses fans, touchait à tout : nouvelles, romans, articles, livres de vulgarisation scientifique pour jeunes, pour adultes, cours pour étudiants. Un guide de la Bible, aussi.

Des ballons pour Mars ?

Mai 1992

La créature s'ébroue, en danger mortel sous l'aube naissante. Une brassée d'air évente ses replis livides. Feulement d'un parachute que l'on rudoie. Va-t-elle crever là ? Expirer sous les ruades du vent ? A ses pieds, dans la plaine de Chryse, le cobra de métal est coincé entre les rochers. Il la retient, piège mortel. Le soleil est trop haut, bientôt sa peau va éclater. Elle tire, tire encore. Jusqu'à ce tourbillon improbable, miséricorde de poussière, qui la libère. Dans un ciel blanc d'étoiles, la méduse de mylar s'élève enfin. Emportant son boulet de titane et d'électronique.

"Elle décolle". Au centre de contrôle de Toulouse, les ingénieurs sont atteints d'un rire nerveux. Le stress s'évacue. A l'instant, les écrans des ordinateurs viennent de s'éveiller pour offrir des centaines de données. Les imprimantes crépitent, livrent les renseignements atmosphériques : température, pression, vitesse du vent. Signe que le ballon vient de quitter le sol martien pour un nouveau vol. A la clef, une journée entière de survol de la planète rouge. Avec sa fournée de trouvailles et de découvertes.

"Non, ce n'est pas un rêve. Le ballon que nous préparons sera effectiment un être étrange, s'envolant le jour pour survoler Mars et se posant la nuit, pour ausculter le sol et les entrailles de la planète, à l'aide des instruments contenus dans sa queue". Christian Tarrieu, responsable du projet des ballons martiens, au Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) de Toulouse, vit depuis quatre ans aux heures de cette créature de fiction. En fait il est l'heureux père de deux monstres hybrides. Deux jumeaux, ballons et serpents à la fois, puisque la mission sera doublée, pour plus de sûreté. Des créatures de vent et de technologie, qui jongleront en 1997 avec les lois martiennes pour nous livrer le maximum de renseignements sur ce monde secret et quasiment inconnu. "Ils sont prèts à être réalisés, les études sont quasiment terminées", poursuit l'ingénieur. En fait, le vrai problème pour les explorateurs gonflables du CNES est aujourd'hui de s'assurer de la partance de leur train spatial pour Mars. Les difficultés économiques et politiques de la CEI ont évidemment précipité les organismes spatiaux de l'ex-URSS dans une série de turbulences et d'incertitudes. Et le maître d'oeuvre de l'opération demande à ses partenaires étrangers de mettre la main à la poche pour assurer la survie de l'opération. Cela paraît probable. Les scientifiques sont optimistes et c'est toujours à bord de fusées Proton que les ballons français doivent décoller vers Mars, en 1996.

L'idée est de Jacques Blamont. Cette "figure" du CNES, depuis trente ans court les colloques et les réunions de travail avec des dessins de ballons pleins la tête. Pour ce fils spirituel de Pilâtre de Rosier, le ballon est l'arme absolue pour explorer les planètes dotées de la moindre parcelle d'atmosphère. Infiniment moins cher qu'un véhicule tout-terrain, capable de changer d'altitude et de franchir des barres montagneuses, l'aérostat peut aussi emporter une palette d'outils scientifiques sur des distances considérables.
La preuve en a été faite en 1985 dans l'atmosphère de Vénus, quand les sondes soviétiques Vega y gonflèrent les deux premier ballons d'exploration atmosphérique, d'inspiration française. Le bilan, fut toutefois mitigé. "Parce que les Soviétiques n'avaient pas tenu compte de tous nos conseils", commente un chercheur français.

Cette fois, pour Mars, les ingénieurs du CNES et de Zodiac peaufinent des ballons qui vont au bout de leurs idées.

"Le problème n'est pas simple car s'il est vrai que Mars a une atmosphère, elle nous est très mal connue, et y envoyer voguer des ballons demande quelques décisions délicates", souligne Christian Tarrieu.
Pour commencer, les chercheurs de la Nasa, de l'Institut de Sciences Spatiales de Moscou (IKI) et du CNES ont demandé à des superordinateurs de digérer toutes les données connues sur ce monde hostile, pour établir des cartes météorologiques de la planète rouge. Ils n'ont pas été déçus. Dans ce monde de glace, les températures oscillent entre moins 50 et moins 100 degrés C, et les vents saturés de poussières rouges atteignent aisément 70 km/h, quand ils ne déferlent pas en tornades de 200 km/h ! Envoyer des baudruches de 45 mètres de hauteur et 12 mètres de diamètre gonflées à l'hélium se promener dans cette ambiance, entre des reliefs qui peuvent dépasser 20 km d'altitude, demande pour le moins d'adapter les coutumes de l'aérostation.
A commencer par le matériau, puisque les ballons terrestres réalisés en polyéthylène craqueraient sous le seul effet du froid. On a donc opté pour le Mylar, un film plastique translucide de DuPont de Nemours, dont l'épaisseur de 6 millièmes de millimètres a été calculée pour réduire le poids et l'encombrement du balon. Cette matière, dont on a testé le dépliage sans rupture sous un viaduc, a aussi été longuement étudiée pour pouvoir se réchauffer sous le soleil. C'est ce "chauffage" naturel par les infra-rouges qui provoquera la dilatation de l'hélium le jour, et le décollage matinal de notre ballon-lézard, pour un vol entre 2 et 4 km d'altitude. Le soir, avec le rafraichissement apporté par l'ombre, le ballon se dégonfle et se pose en douceur.

Ce n'est pas tout. Pliée, la baudruche devra tenir dans un "camembert" de 35 cm de hauteur, d'où elle sera finalement extraite par un système de fils cassants, qui lui permettront de se gonfler à la seule vitesse idéale pour éviter sa rupture : 300 secondes.

Car évidemment, le gonflement par l'hélium des ballons aura lieu pendant la descente des sondes martiennes vers le sol. Un scénario que l'on imagine d'une aisance inouïe, verouillé au quart de seconde.
Les créatures sont éveillées vers 10.000 d'altitude. Sorties de leurs cocons, elles se boursouflent en quelques minutes, toujours sous la protection des parachutes qui freinent la descente de leurs mères. L'opération terminée, les bouteilles vides sont larguées, et la chute continue, dans le sillage d'un bouclier de protection. Quand celui-ci percute le sol, au bout d'un filin de 400 mètres, le cordon ombilical se rompt. Chaque bulle est alors libre. De sa nacelle elle déploie encore le "guiderope", cette queue de titane de 7 mètres de long, qui trainera sur le sol la nuit. Un appendice reptilien fait d'une vingtaine de cylindres reliés par des cardans, et qui sera soumis à toutes les embardées du ballon, à des chocs extrèmement violents contre les rochers. Bardé d'équipements scientifiques, d'une électronique réchauffée par des piles, et notamment d'un radar capabe de fouiller le sol martien à un km de profondeur, cet ustensile "renifleur" permettra peut-être enfin de savoir combien il y a d'eau sur Mars.

C'est le grand mystère de notre cousine pourpre. Car on subodore que jadis, une atmosphère chaude et moite faisait ruisseler des torrents clairs sur les montagnes. Les indices ? Des traces de rivières, d'érosion, de canyons que l'on croirait terrestres. Ou est passée cette eau ? Evaporée, peut-être, en partie. Mais aussi enfouie, gelée, pense-t-on. Formant avec la poussière un pergélisol, un soc gelé à moins 60 degrés en moyenne.

Le radar du guiderope permettra peut-être d'étudier cette eau. Et de savoir si un jour, des projets délirants comme d'aller "ensemencer" la planète rouge pourraient se réaliser.

Dans le doute, nos sondes martiennes seront soigneusement stérilisées avant le décollage. Histoire d'éviter toute contamination sauvage de ce sol inviolé par des virus ou des germes terriens. On ne sait jamais. Avouez que le comble serait de découvrir dans quelques décennies que une vie malencontreusement importée par les hommes, aux alentours de l'an 2.000.

Sciences et sports

Juin 1992

"J'ai un secret. Je cours 60 km par jour". Info ou intox ? Stratèges, à l'instar du coureur de fond et recordman britannique David Bedford, les champions passent leur vie à livrer les canulars les plus énormes sur leurs entraînements. Histoire de brouiller les cartes et les esprits des musclés d'en face, de les déstabiliser et de les orienter vers de mauvaises solutions. La science du sport est devenue une denrée stratégique, que l'on protège et que l'on manipule. Car la victoire, si elle est toujours aussi belle, se prépare désormais dans des stades-laboratoires, où les chercheurs règnent en alchimistes sur les coulisses de l'exploit.

"C'est vrai. On ne dit pas tout. Mais de toute manière, les autres sont en général bien renseigné, les choses finissent par se savoir. Parfois on arrive simplement à garder de l'avance, le temps de rafler quelques victoires." Eric Jousselin, responsable de l'équipe médicale de l'Institut National du Sport et de l'Education Physique (INSEP), ménage pourtant les athlètes : "le sportif reste un homme et non un sujet de laboratoire, on ne peut pas tester n'importe quoi sur lui". Sage résolution. Alors on teste souvent les améliorations techniques et les astuces d'entraînement sur les juniors. Mais les coureurs sont des têtes brulées, trop souvent prêts à croire et à faire n'importe quoi pour gagner. "Pour eux, si un adversaire gagne, c'est qu'il a un truc. Ils remettent rarement en cause leurs aptitudes et leur entraînement, mais cherchent du côté du matériel, des astuces de préparation physique, voire du dopage". Parmi les fausses rumeurs les plus mémorables, celle de l'équipe de France d'escrime, sur une photographie, en train de simuler des assauts au fond d'une piscine. Pour faire croire à des entraînements en apnée.Totalement bidon.

A côté de nous, Bruno Thibou respire toujours. Avec son tuyau dans la bouche et sa pince à linge sur le nez, ce jeune espoir n'a pas l'air à la fête. La sueur ruisselle sur ses cuisses et cicatrices de cycliste : il a de fortes chances d'aller à Barcelone, pour l'épreuve sur route des Jeux Olympiques. Pour l'instant, les techniciens de l'INSEP lui font un "VO2 max". Ils mesurent la capacité de sa machine énergétique à dévorer de l'oxygène.

C'est devenu la marotte des physiologistes du sport de la fin des années 80. On ne rencontrera pas un sportif de haut niveau qui n'ait galopé sur le tapis roulant, pédalé sur le vélo de salle, nagé contre un courant artificiel avec le fameux embout entre les lèvres. Sous l'effort, la machine humaine absorbe une quantité d'oxygène qui correspond à sa puissance maximale. En mesurant ce chiffre clef, véritable donnée biologique des champions, les chercheurs savent combien d'oxygène peut se rendre dans les muscles, pour y brûler des sucres, et y produire de l'effort. Si on lui demande de faire mieux que ce palier naturel, les muscles du sportif répondront à la demande. Mais pas pour longtemps. L'athlète pénètre dans un autre monde, sans oxygène, où ses fibres travaillent en apnée. Les sucres, incomplètement brûlés, y deviennent de l'acide lactique, qui s'accumule dans les tissus et le sang. Une logique biochimique qui va progressivement enrayer la belle machine avec les sables de la fatigue.

Pour progresser, il faut connaître le VO2 maximum, mais aussi l'effort auquel il correspond. Et en faisant travailler le sportif à ce niveau-là, par paliers, en surveillant l'acide lactique au moyen de petites prises de sang, on peut obtenir des améliorations étonnantes des performances.
Pour mieux connaître cette machine humaine, on dose encore les hormones, on pose sur les sportifs des capteurs cardiaques. "Certains les gardent tout le temps, quasiment 24 heures sur 24", note Eric Jousselin. Sur l'écran d'une petite montre reliées à un harnais pectoral, les cyclistes peuvent voir à quel rythme bat leur coeur lors d'une montée d'une côte. Ils constatent l'effet d'un changement de braquet, ou d'un démarrage, et s'octroient quelques plages de travail au-delà de leur rythme maximum, gérant comme des rentiers leur capital fatigue.

Mais attention, les surprises sont là. Il faut tenir compte du stress, comme sur une grille de départ de Formule 1, où les rythme cardiaques s'enflamment à plus de 150 pulsations, sous le seul effet de l'angoisse. Ou des synergies, comme en aviron, où le coeur d'un barreur immobile bat à l'unisson de ceux de ses rameurs, en pleine galère.

La chaudière musculaire est désormais connectée à des ordinateurs qui la surveillent, la diagnostiquent et l'entraînent. Les engins de musculature la jaugent et l'astreignent au bon effort. Mais dans le domaine de l'exécution du geste, obsession des bio-mécaniciens, la performance demeure une notion floue. "On peut visualiser et comprendre comment un athlète prend ses appuis quand il lance son disque, et corriger des pertes latérales d'effort, mais il est quasiment impossible de lui dire si son épaule travaille bien dans les trois dimensions, à ce moment-là", constate Régis Mollard, de la faculté de médecine Paris V et chercheur au CNRS.

On peut heureusement définir les grandes lignes des bons gestes techniques. Un démarrage de sprinter, par exemple, est filmé en cinéma stroboscopique, analysé par ordinateur. "En plaçant des détecteurs d'efforts dans les pistes d'athlétisme (pour les prises d'appuis), on pourrait mieux former les juniors, améliorer leurs performances très tôt", demande Mollard.

Au plus haut niveau, les gourous des laboratoires augmentent ainsi peu à peu leur ascendant sur des entraîneurs jaloux Les escrimeurs disposent de l'ARVIMEX, qui mesure leur temps de réaction par rapport à un signal de cible à toucher, et trahit la précision du geste. Chez les tireur à l'arc, c'est un laser qui mesure l'écart à la cible et des accéléromètres placés sur l'arc qui indiquent pourquoi la cible a été manquée. Et en boxe, tennis de table, ou en tir, une micro-caméra fixée sur la tête du sportif montre à l'entraîneur si son poulain regarde de travers son adversaire, la balle ou la cible. Tiens ? On s'est aperçu au passage que les très bons athlètes écoutent parfois bien peu leurs entraîneurs, inventent leur propre technique.

Finalement les entraîneurs préfèrent encore voir les chercheurs transpirer sur le matériel. Plus faciles à gérer, ces améliorations ont grignoté les fractions de seconde au fil des ans. Sans parler des histoires de pédales que Jeannie Longo entretient avec sa fédération, on se souvient que Bernard Hinault et Laurent Fignon eurent raison d'insister pour déballer les premiers vélos aérodynamiques qu'avaient sculpté des chercheurs un peu obsédés du vent. Un sérieux coup de poussette aérodynamique pour gagner : une minute dans un contre la montre ! Ce n'est pas Francesco Moser, recordman de l'heure à vélo, qui dira le contraire, du haut de son bicycle lenticulé et profilé à la Mad Max. Mais tout cela risque de plafonner. Comment imaginer que des perches encore plus raides, propulsives et puissantes à la fois puissent être moulées, alors que ce qui limite l'usage de ces outils hyper-techniques est précisément la capacité des athlètes à fléchir des brins aussi raides que des poteaux ? Au ras du Tartan, un revêtement qui fait courir très vite, si l'on a gagné 300 grammes en 20 ans sur les chaussures, il est difficile de concevoir un autre bond de cette importance. Mais même si la science ne peut plus faire gagner qu'une poignée de secondes, aucun athlète ne les refusera au passage.

"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent", a constaté Hugo. Et on peut compter sur les laboratoires pour aider les athlètes à transpirer.


Encadré
le poids du mental
"Il est plus facile de jouer en compétition contre un ennemi que contre un ami", estime le docteur Pierre Talbot, médecin chef de la Fédération Française de Tennis. Mais vouloir "tuer" l'autre peut être dangereux, voire négatif en matière de performances sportives. "Il faut certes une bonne dose de volonté, mais un athlète trop excité risque de manquer de clairvoyance", explique Philippe Fleurance, chercheur en psychologie à l'Institut National Supérieur d'Education Physique (INSEP). A titre d'exemple, un tireur à la carabine est capable de diminuer son rythme cardiaque, pour se mettre dans une sorte d'état second de concentration calme, où ses performances sont meilleures. Par contre un nageur immobile sur son plot de départ va augmenter sa fréquence jusqu'à 140 pulsations par minute, pour préparer son corps à la violence de l'effort qu'il va accomplir !


Pilotes : la technique fait plier l'homme
Image du dernier Grand Prix de Monaco. Epuisé, lessivé, Mansell est soutenu comme un bébé par des "gros bras" de son équipe. Dans aucun autre sport les hommes ne sont soumis à autant de tortures. Dans une courbe serrée, un pilote de formule un encaisse 3 à 4 G latéraux, avant de réaccélerer, et d'en reprendre 2 ou 3 autres, bien en face. "Il n'y a qu'a voir la musculature du cou, qui contrebalance la force qui s'exerce sur la tête à chaque virage pour comprendre que durant une course, chaque pilote soulève au total 10 tonnes d'un côté de son casque et quatre tonnes de l'autre", estime le docteur Charles-Yves Guezenec, du Centre d'études et de recherches de médecine aérospatiale. Le coeur, moteur des pilotes, bat en moyenne à 140 pulsations par minute, avec des pointes à 190. C'est dans les virages serrés, sans visibilité, qu'il accélère le plus. Cela correspond à un coup de stress, juste après un petit calme provoqué par une "apnée", le pilote ayant cessé de respirer au freinage précédent. Pire. Durant ce même freinage, les 2 à 3 G ont fait descendre un litre de sang dans les jambes. Ce n'est pas le voile noir, le cerveau est alimenté, mais le coeur besogne dur pour faire revenir la pression. Pour les chercheurs, les pilotes devraient, comme dans les chasseurs, porter des pantalons anti-G légèrement gonflés pour éviter ces coups de pompes.

Analyse des pleurs des bébés

Septembre 1992

N'importe quel bébé aimerait, à coup sûr, être blotti dans ces mains-là. De grosses mains, confortables. Qui soulèvent les petits avec cette douceur que permet la puissance d'un colosse. Et peut-être même que si la grosse voix tendre lui demandait de bien vouloir crier un peu, le petit s'exécuterait... Crier ?
Responsable de la néonatalité de l'hopital de Beer-Sheva, dans le sud d'Israel, le Dr Ehud Zemora défile devant les berceaux de plexiglass inondés de soleil.

"Cela fait des années que l'on sait que les vagissements des nouveaux nés sont chargés d'informations. Et depuis que les chercheurs font des spectrographes (étude des fréquences du cri), ils ont identifié quatre catégories : ceux de la naissance, qui favorisent la réorganisation cardiaque et respiratoire, mais aussi les cris de douleur, de faim, et de plaisir".

Dans la ville-champignon du désert, aux avenues ensablées par le vent, Zemora sait que pour avancer, il vaut mieux compter sur ses propres ressources. Vieux réflexe de pionnier. Alors quand son complice, l'informaticien Arnon Cohen (ils se sont connus sous la mitraille de la Guerre des Six Jours), lui a proposé d'utiliser des ordinateurs pour décoder le "langage" des nourissons, il n'a guère hésité.
"Le cri du bébé est un vrai outil de communication. D'abord, il vous mobilise. Sa pulsation est très proche des sirènes de police, parce que la nature l'a sélectionnée. C'est la plus efficace pour mettre les parents en mouvement. Insupportable ", sourit Cohen.

Un hurlement largement codé par le cerveau. Un cri de faim n'a rien à voir avec celui de la douleur. Une mère le sent spontanément. Et pour les sceptiques, il suffit de jetter un oeil aux analyses des différents cris, recueillis et analysés par les ordinateurs à l'université Ben Gourion.
"Au départ, le mécanisme de production est le même, l'instrument thoracique est identique. Ce qui change, c'est le stimulus qui vient du cerveau. Et on retrouve la trace de cette commande cérébrale dans l'analyse du cri...", explique Zemora

Les mères ne sont pas les seules à savoir entendre ces messages de leurs bébés. Au fil des naissances, les oreilles des obstétriciens deviennent des systèmes experts, capable de discerner un cri "anormal" du bon vagissement. Un signal parfois significatif d'une maladie génétique, d'un désordre neurologique. Un bébé qui a souffert d'une carence d'oxygène lors de l'accouchement (hypoxie) ne crie pas de la même manière. Et une affection génétique porte même le nom du son de miaulement qu'évoque alors la petite voix : "le cri du chat".

L'idée, à l'université de Beer Sheva a consité à tenter d'aller plus loin. A mettre au point un système informatique capable, à partir des profils sonores des cris, de retrouver quelle information ils transportent. Plus fin et plus fiable qu'une oreille humaine.

"Cela peut servir à entendre les message de faim ou de douleur du bébé, et à mettre certaine mères mal synchronisées à l'écoute de leurs enfants, mais pour nous, cela serait surtout un outil de diagnostic. Il est tout à fait imaginable de discerner une demi-douzaine de maladies de la sorte, de la jaunisse à la méningite cérébrale", poursuit Zemora.

Le problème technique a été résolu par les spécialistes de reconnaissance vocale du laboratoire d'Arnon Cohen. Mais pour l'heure, le système demeure un prototype. "On peut imaginer des versions simples, qui vous indiqueraient ce que veut dire bébé, et qui pourraient donner l'alerte en cas de troubles. Mais il nous reste à trouver des partenaires industriels", précise l'informaticien. Un cri de recherche de partenariat.

Arecibo, programme Seti

Septembre 1992

1000 étoiles sur table d'écoute ? Tout cela pour entendre bavarder les extra-terrestres ? C'est le 12 octobre prochain, dans l'île américaine de Porto Rico, que quelqu'un appuiera sur le bouton. Dans le camion garé à côté du centre de contrôle du radio-télescope géant d'Arecibo, les circuits d superordinateur concocté par les ingénieurs, sur financement de la NASA, fuilleront les brits radio venant de l'espace, à la recherche de la moindre trace de signal intelligent. Une quête entreprise par certains depuis plus de 20 ans, mais qui à la date symbole de l'anniversaire de la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb, accédera enfin à l'âe adulte, avec un outil de recherche digne de l'envergure du travail.

Avec 7 hectares de surface à piéger les ondes, le réflecteur d'Arecibo est aujourd'hui la plus grande et la plus sensible oreille radio de la Terre. Capable de tirer le portrait d'un quasar (objet céleste) à dix milliards d'années lumière ou de repérer la flamme d'une bougie sur la Lune. En le connectant sur un ordinateur 10.000 fois plus performant que tout ce qui a été fait jusqu'ici dans ce domaine, .les Terriens seront rentrés dans l'ère de "Méga SETI", l'âge adulte de ce programme de recherche financé par la NASA.
Serein, professionnel, Michael Davis, directeur de l'Observatoire, calme le jeu. "L'élément nouveau, c'est l'aspect officiel et à grande échelle de SETI. Ici, nous passerons désormais 5 % du temps à faire de la recherche de signal intelligent. Philosophiquement, c'est important. Quand à savoir si on va trouver quelque chose, c'est une autre histoire... En fait, je crains que pour le grand public, cela soit aussi passionnant que de regarder de l'herbe pousser". En fait le chercheur voit approcher avec inquiétude ce mois d'octobre où Arecibo deviendra le temple de tous les chasseurs d'E.T., et se verra envahit de hordes journalistiques et touristiques en quête d'étrange.

Pourtant, des centaines de scientifiques de par le mone attendent avec impatience ce jour. La commission de bioastronomie mise en place en 1982 par l'Union Astronomique Internationale atteindra alors enfin le but qu'elle poursuit depuis une dizaine d'années : écouter le ciel avec les meilleurs antennes disponibles sur Terre. Le SETI Institute, créé en Californie du côté de San José, est même chargé de rassembler toutes les idées et financements à cette fin.

"C'est une lutte qui n'a pas toujours été facile. Il a fallut convaincre les astronomes conservateurs... Mais depuis une décennie les choses se sont accélérées. L'idée s'est faite, peu à peu, que la chimie existait partout, même dans le vide cosmique, que la vie apparait facilement sur une planète de type tellurique, et que des corps sont souvent présents autour des étoiles... La notion d'une vie intelligente et technologique ailleurs que chez nous est aujourd'hui bien mieux considérée par la communauté scientifique", souligne Jean Heidmann, de l'Observatoire de Meudon, Secrétaire de la Commission internationale de bioastronomie.
Mais dans la pratique, tout cela est un peu plus compliqué que sur le papier. D'abord, pour avoir une bonne chance de capter "quelque chose", il ne suffit pas de chasser les mouches avec le télescope, en balanyant le ciel dans toutes les direction. Il faut viser des étoiles dont on présume nqu'eles sont intéressantes, pour plusieurs raisons. Après un rapide inventaire, mille étoiles proches ont été retenues. Mais 100.000 autres seront elles, rapidement "survolées". Est-ce impressionnant ? Pas du tout. Il existe des millairds de millairds d'étoiles dans le ciel, et la chance pour que dans la poignée que l'on vise se trouve une planète sur laquelle une civilisation contemporaine de la notre (en tenant compte du décallage nécéssaire aux ondes radio pour arriver jusqu'à notre région) se livre à des activités radio (télecommunications, télévision, etc...) est très très faible. Q"'importe semblent avoir décié quelques obstinés optimistes. La beaté du jeu semble en valoir la chandelle !

Et en cas de découverte ? Si, par hasard au détour des crachotements inter-sédraux, la machine d'Arecibo capte un "coucou". Que se passera-t-il ?
Les astronomes ont tout prévu, même la ruée médiatique et le vent de folie qui pourrait alors s'emparer des Terriens.

Règle numéro un : tout signal candidat devra être soigneusement vérifié par les astronomes de plusieurs observatoires. C'est pourquoi, quand l'antenne d'Arecibo sera branchée sur l'ordinateur de Méga SETI, en octobre, le second meilleur chasseur d'E.T, le radio-télescope de Nançay, près d'Orléans, sera lui aussi doté d'un appareil d'écoute. Pour procéder aux vérifications de rigueur, en cas de découverte.
Règle numéro deux : les astronomes terriens devront se concerter pour donner une signification au signal, le situer dans son contexte. Règle numéro trois, l'information devra être confiée aux Nations Unies, pour diffusion auprès des médias.


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autre article
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Les 350 tonnes de toile d'aluminium sont posées dans un nombril de collines et de jungle. Forme immense, béante au seul zénith. Son éclat de métal rongé par l'eau qui suinte sans fin d'un air immobile. Tapie dans ce chaos, l'antenne de Porto Rico veille le cosmos. A quelques encablures des plages qui, voici cinq siècles, firent crisser le bois des chaloupes de l'Amiral des Mers Océanes.
Avec 7 hectares de surface à piéger les ondes, le réflecteur d'Arecibo est aujourd'hui la plus grande et la plus sensible oreille radio de la Terre. Capable de tirer le portrait d'un quasar à dix milliards d'années lumière ou de repérer la flamme d'une bougie sur la Lune. Une sentinelle tendue par les astronomes de l'Université Cornell vers les océans d'étoiles. Nef de la science, taillée même pour remonter les courants inter-galactiques et aborder aux rivages troubles des inconnues stellaires. Coincidence à peine provoquée, le 12 octobre prochain, 500-ème anniversaire du premier pas de Colomb sur le Nouveau Monde, ce vaisseau de câbles, de treillis, de tours géantes et d'électronique appareillera lui aussi vers d'ultimes horizons. Un mois durant, les ordinateurs qui d'ordinaire s'y repaissent de torrents de données dérobées au cosmos seront mis en veilleuse. A bord d'un camion climatisé venu d'un centre de la NASA, en Californie, s'allumeront les écrans d'un super-ordinateur unique au monde. Prendra vie une sentinelle électronique dont la moindre puce de silicium, la moindre ligne de programme aura été conçue et réalisé par les meilleurs techniciens pour dénicher la trace du plus ténu signal artificiel.
Quelqu'un appuyera sur un bouton. En un instant, une intelligence présente sur Terre se sera mise en quête, sur des millions de fréquences de l'océan radioélectrique, d'un signe venu d'ailleurs. Avec un instrument 10.000 fois plus performant que tout ce qui a été fait jusqu'ici. Nous serons rentré dans l'ère de Méga SETI, l'âge adulte de ce programme de recherche financé à coups de millions de dollars par la NASA.
"L'élément nouveau, c'est l'aspect officiel et à grande échelle de SETI. Ici, nous passerons 5 % du temps à faire cela. Philosophiquement, c'est important pour l'espèce humaine, de chercher sérieusement les traces d'autres civilisations. Quand à savoir si on va trouver quelque chose, c'est une autre histoire... En fait, je crains que pour le grand public, cela soit aussi passionnant que de regarder de l'herbe pousser". Avec un sourire de malice qui dévore sa barbe, Michael Davis, directeur de l'Observatoire, tente visiblement de refroidir les esprits à l'azote liquide. C'est que toute cette agitation autour de son instrument et de l'éventuelle découverte d'un monde peuplé d'ET (Extra Terrestres) le ronge. A l'instar des astronomes présents sur le site, friands d'un calme monacal propice au labeur scientifique, et qui voient approcher avec inquiétude ce mois d'octobre où Arecibo deviendra le temple de tous les cultes d'E.T. soumis aux aterrissages de hordes journalistiques et touristiques en quête d'étrange.
Pourtant, l'évènement est une anissance attendue. Des centaines de scientifiques attendent avec impatience ce "D-day", le jour J. La commission de bioastronomie mise en place en 1982 par l'Union Astronomique Internationale atteindra alors le but qu'elle poursuit depuis une dizaine d'années : écouter le ciel avec les meilleurs antennes disponibles sur Terre. Le SETI Institute, créé en Californie du côté de San José, est même chargé de rassembler toutes les idées et financements à cette fin.
"C'est une lutte qui n'a pas toujours été facile. Il a fallut convaincre les astronomes conservateurs... Mais depuis une décennie les choses se sont accélérées. L'idée s'est faite, peu à peu, que la chimie existait partout, même dans le vide cosmique, que la vie apparait facilement sur une planète de type tellurique, et que des corps sont souvent présents autour des étoiles... La notion d'une vie intelligente et technologique ailleurs que chez nous est aujourd'hui bien mieux considérée par la communauté scientifique", souligne Jean Heidmann, de l'Observatoire de Meudon, Secrétaire de la Commission internationale de bioastronomie.
Le grand précurseur de cette mise sur table d'écoute des E.T. fut Frank Drake. Au début des années 60, l'astronome américain est le premier à officiellement orienter un radiotélescope vers des étoiles, pour tenter d'y déceler des signaux non naturels. Petits moyens techniques pas d'argent, cause désepérée : avec son seul canal d'écoute, Drake était dans la situation qu'un mélomane désirant retrouver une fréquence de radio FM parmi cent milliards, et cela avec un récepteur des plus rudimentaires, à des milliards de kilomètres de distance. Effectivement, aucun homme vert ne vint frapper à la vitre du laboratoire de Drake, même avec des récepteurs un peu améliorés. En 1967, un astronome de Cambridge eut tout de même un bel accès de tachychardie. Un bip-bip obsédant résonnait dans ses détecteurs. Vérifications faites, en fait d'extraterrestre il s'agissait d'une espèce inconnue d'astre, un pulsar. Ce qui reste d'une étoile après explosion finale, et qui émet dans l'espace un signal comparable à celui d'un radio-phare. Quelques heures durant, les astronomes mouillèrent leurs chemise, et au final, réalisèrent une jolie découverte...
Du côté des savants soviétiques aussi, on s'était laissé saisir par la fièvre, deux années auparavant. Cette fois-là, radio E.T. était un quasar, autre objet céleste exotique.
Echaudés, les radio-astronomes se posèrent la question : et si nous détectons vraiment quelque chose, que ferons-nous ? Pour parer à tout embrasement mondial , et opposer un barrage aux chasseurs de scoop, un protocole international a été posé sur le papier. Règle numéro un : tout signal candidat devra être soigneusement vérifié par les astronomes de plusieurs observatoires. C'est pourquoi, quand l'antenne d'Arecibo sera branchée sur l'ordinateur de Méga SETI, en octobre, le second meilleur chasseur d'E.T, le radio-télescope de Nançay, près d'Orléans, sera lui aussi doté d'un appareil d'écoute. Pour procéder aux vérifications de rigueur, en cas de découverte.
Règle numéro deux : les astronomes terriens devront se concerter pour donner une signification au signal, le situer dans son contexte. Règle numéro trois, l'information devra être confiée aux Nations Unies, pour diffusion auprès des médias Terriens.
"Que demanderont les gens si nous découvrons des traces d'émission de télévision ou de radio réalisées sur une autre planète ? Ils voudront savoir si E.T parle anglais, s'il mange des hamburgers, s'il est pacifique...", s'amuse le physicien Philip Morisson, instigateur de SETI. "Pendant quelques semaines, imagine-t-il, on en parlera... Et puis, les peuples réaliserons que nous sommes incapables de répondre, car les messages que nous aurons capté auront mis des milliers d'années pour parcourir les océans sombres qui nous séparent d'eux. Nos réponses mettraient autant de temps à leur parvenir. D'ici là ils auront peut-être disparu, et nous aussi...
Mais la chose la plus excitante serait de savoir que nous ne sommes pas seuls", poursuit-il. "Le problème c'est que dans le cas contraire, en l'absence de signal intelligent, nous ne saurons probablement jamais que nous sommes seuls, et nous continuerons à chercher", réplique Daniel Altschuler, directeur adjoint d'Arecibo.
Le disque miroite à nos pieds, en contrebas. Tellement énorme, avec son kilomètre de diamètre, qu'on ne ressent plus guère sa taille, ni celle de la plateforme de 600 tonnes qui le surplombe de 130 mètres. Ce soir le télescope est muet. Parfois pourtant les sirènes d'alerte résonnent dans la cuvette. Ordonnant d'évacuer le site. Sous peine de se faire griller par les 450.000 Watts de rayonnement que va vomir le cratère d'aluminium vers le cosmos. De quoi sonder une planète, un astéroide errant, et d'analyser le minuscule écho qui retournera se faire capturer à Arecibo. Carl Sagan, le plus médiatique des astronomes américains s'est servi en 1974 de ce mégaphone géant pour expédier un message à E.T. La réponse viendra-t-elle un jour ? Notre bouteille à la mer cingle aujourd'hui à 18 années-lumière, en direction de l'amas d'étoiles M13 d'Hercules. Encore 25.000 ans de patience, et notre littérature arrivera à destination !
La Lune est lisse et ronde. Hallucination ? La forêt tropicale semble saisie d'un spasme de rire, qui revient comme une vague. Des cris pulsés, ceux que pourrait crisser une assemblée de cigales hilares. Des oiseaux ? Rey Vélez lâche d'une main son volant, essuie la sueur qui innonde sa nuque et s'éclaire d'un sourire. "Non, non, couqui... Ce sont des couqui. Des millions de grenouilles, gringo..." Et la jeep (au moteur antiparasité, pour ne pas brouiller les signaux de l'espace) de continuer à cahoter sur la pente raide. Droit dans la gueule béante du premier téléphone à E.T.

Illusions d'optique

Septembre 1992

Ne retournez pas trop vite votre magazine. Ces images à l'envers ne constituent pas une erreur de mise en page. Nous vous convions ici à vivre à une expérience visuelle, qui va vous distraire tout en vous faisant visiter des méandres obscurs du cerveau. Un voyage vers un monde un peu troublant, où les repères de notre vision sont culbutés comme de vulgaires quilles sur la piste un peu savonnée des habitudes.

Vous êtes prêt ? Commencez par examiner ces deux visages présentés à l'envers. Ils vous rappellent probablement quelqu'un. Un personnage cathodique que nous fréquentons abondamment, pour la plupart d'entre nous. Mais si, regardez bien.... Ces yeux pimpants, ce sourire.... D'ailleurs, c'est étrange, parmi les deux figures, il semble qu'il soit plus facile de reconnaître l'une d'entre elles. Celle de FFFFgauche peut-être ?

Vous y êtes ? Bien. Maintenant, retournez la page. Brusquement.
Pouah ! Quel est ce Martien, cet "alien" hideux que personne ne souhaiterait recontrer au coin d'un bois ? Le visage de Jean-Pierre Foucault aurait-il été malmené ?

A peine. Oeil pour oeil, dent pour dent, seuls la bouche et les yeux ont été inversés, ce qui suffit à notre cerveau pour se faire duper et classer ce visage comme celui d'un monstre ! Un phénomène d'autant plus fascinant qu'il ne se produit que dans un sens, celui de l'endroit (pour les contours du visage), alors que d'après notre bons sens, cela devrait être le cas à l'endroit comme à l'envers ! Mais non, le visage truqué présenté à l'envers paraît obstinément normal, et grâce aux quelques traits manipulés, on se surprend même à le préférer ainsi, car il est plus facile à identifier que son voisin orginal. Quelle tempête souffle donc sur nos neurones ?

Nous remercions d'abord le sourant propriétaire des traits de s'être amicalement prêté à notre démonstration et à la sérieuse déformation d'image qu'ont entraînés quelques coups de ciseaux. Cette expérience a été concue par Peter Thompson, du département de psychologie de l'Université d'York, en Grande-Bretagne. "L'idéal étant d'avoir quelqu'un de très connu...", nous a précisé le chercheur. Merci, donc, à l'animateur, forcément vedette !

On s'en doute, cette petite farce de laboratoire n'a pas seulement des mérites récréatifs. Elle utilise, dans son fonctionnement, quelques découvertes fondamentales sur la manière dont le cerveau gère les informations visuelles. Une branche très dynamique de la "psychologie cognitive", qui tente par exemple de répondre à une question d'apperence anodine : "Comment lisons-nous le visage d'autrui ?".
C'est un lieu commun que de dire que pour un Provencal tous les Camerounais ou tous les Bengali se ressemblent. Hors de ses références habituelles, le système de reconnaissance visuelle est perdu, et mettra un certain temps à s'habituer, à augmenter son savoir-faire. Les éleveurs de chiens deviennent ainsi capables de discerner infailliblement des centaines de "visages" chez leurs amis à quatre pattes, là ou tout un chacun est incapable de voir autre chose qu'une meute.

C'est quand il est bébé que l'homme apprend à utiliser ses circuits à décoder et identifier le visage de l'autre, peu à peu, en commençant par ceux de ses parents. "Mais la manière dont le cerveau traite cette information va se perfectionner progressivement, pour atteindre une performance maximale avec les visages familiers vers l'âge adulte", note Raymond Bruyer, neuropsychologue à l'Université de Louvain, et auteur de "La reconnaissance des visages", Ed Delachaux et Niestlé. Pas si simple, pourtant. Les enfants, on l'a constaté, n'analysent pas les visages comme les adultes. Ils observent trait par trait, au scanner. Ce qui les amène souvent à se tromper lorsque quelqu'un change de coupe de cheveux, de vêtements, ou de parure. Puis, vers l'âge de 10-11 ans, ils changent de technique, pour adopter celle, plus globale et efficace, (mais aussi plus rigide) des adultes.

Le secret de notre système de reconnaissance, c'est de juger sur pièces. Un visage sera mieux analysé si des schémas globaux déjà engrangés dans le cerveau sont respectés. Mieux vaut que la bouche se trouve entre le nez et le menton. Un exemple, dans un domaine proche. Il est plus rapide de trouver le S dans le mot "VISAGE", qui un sens, que dans l'ensemble de lettres "GASIVE", note Raymond Bruyer.

Et ce qui frappe, c'est l'incroyable conformisme des neurones dans ce domaine. D'abord, il y a une hiérarchie. Chez l'Européen, les traits les plus importants sont par ordre décroissant : la chevelure, les yeux et la bouche (chez un Africain, les cheveux sont secondaires). Pas étonnant qu'il vaille mieux éviter d'être chauve... Mais que le visage soit déjà connu ou non redistribue encore un peu davantage les cartes : yeux, nez et bouche sont très importants sur des visages connus, mais se retrouvent à égalité avec les informations de contour (cheveux, menton) dans le cas de visages inconnus (travaux du Pr Ellis à York). Pour la plus grande efficacité du test, il nous a donc fallu choisir un personnage archi-connu, quasiment familier.

Autre surprises des chercheurs : l'exploration du visage ne se fait pas, comme notre bon sens pourrait nous amener à le croire, du haut vers le bas, comme sur une page. Car dans un visage présenté comme ici à l'envers, les cheveux gardent leur importance, qu'ils soient en haut ou en bas de l'image. Nos neurones se moquent, dans ce cas, de l'envers. Ils observent trait par trait, et rectifient d'eux-même le sens de l'image.

Etonnant. Présentation à l'envers et à l'endroit d'un visage, et seulement d'un visage, modifient complètement la manière dont le cerveau fonctionne. Comme s'il passait d'un mode "global" et rapide à l'endroit, à une analyse plus détaillée et morcellée à l'envers. Essayez donc de contempler les autres photos de ce magazine à l'envers. Tout paraitra facilement reconnaissable, les avions, les maisons, les chateaux. Tout, sauf l'identité des visages. Pour Justine Sergent, qui travaille au Canada, dans un visage présenté à l'endroit, il y a interaction des traits lors de la reconnaissance. La face devient un tableau dont tous les composants renvoient l'un à l'autre, et s'influencent, dans une globalité que construit notre cerveau. Par contre, dans un visage présenté à l'envers, chaque trait est analysé et identifié séparément, passé au scanner, à la manière d'un objet (avion, bateau, etc...), et le cerveau tente de reconstruire l'image à l'endroit. Ce qui conduit tout droit à un paradoxe. Présenté à l'envers, un visage connu supporte comme ici de grandes altérations et sera tout de même identifié, car ses traits sont analysés séparément. Par contre, à l'endroit la reconnaissance globale devient une ornière pour notre regard. La moindre modification des traits principaux entraînera une non-reconnaissance, allant jusqu'à déclencher la panique du phénomène d'horreur, comme ici.

Dans la jungle de notre cerveau, tout se passe donc comme si un enchaînement de neurones hautement performants était tout entier dédié à la reconnaissance explicite des visages familiers. Peut-être pour améliorer la reconnaissance de leurs expressions, ou éviter de se faire berner par quelques sosies. N'est-ce pas, Monsieur Foucault ?

Georges Charpak prix Nobel

Octobre 1992

Un geste de la main ordonne une méche blanche comme la lune de janvier. Les yeux sont bleu, mais les paupières restent closes, souvent, pour tenter d'oublier les rumeurs de l'univers médiatique. "Je surfe sur la vague des sollicitations, et pour tout vous avouer, je ne serai pas mécontent de retomber sur le sable, quand toute cette excitation sera un peu calmée".

"Georges, tu es trop gentil, cesse de dire oui à tout le monde". Dominique, la femme, gronde et veille au grain. Faisant front, tentant de protéger son Nobel de mari dans ce marathon public dont le comité suédois a donné le départ, un mercredi d'octobre. Pour la condition physique de ce jeune homme de 68 ans, l'annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Georges Charpak venait de passer plusieurs nuits blanches à surveiller et à règler un détecteur, au CERN de Genève, le temple des physiciens européens des particules. "Plus jamais, disait-il, c'est trop dur". Et puis dans la matinée est arrivé ce coup de téléphone. Une blague ? Les premiers journalistes, déjà, confirmèrent... Ce qu'il a ressenti sur le coup ? "Dix minutes d'ivresse pendant lesquelles j'ai vu défiler ma vie, les visages de ceux qui m'ont aimé et rendu tout cela possible. Ma femme, mes enfants... Ce que je vais pouvoir faire maintenant, pour les aider un peu".
Car ce Nobel sera utile : dans la famille Charpak, les causes à défendre ne manquent pas. Dernier exemple en date, Nathalie. Pédiatre à Bogota, la fille de Georges travaille depuis 5 ans à faire connaître dans le monde une méthode originale de soutien aux bébés prématurés, sans couveuses : la méthode kangourou. Les mères colombiennes portent leurs bébés sur le ventre, 24 heures par jour, jusqu'au terme théorique de la grossesse. Une méthode qui, outre le renforcement du lien maternel qu'elle procure, pourrait sauver des milliers de prématurés si elle était généralisée dans les pays en voie de développement.
Nouvelle sonnerie de téléphone dans l'appartement parisien. Cette fois, c'est le journal des Polonais de France. "Je ne peux tout de même pas leur refuser... Moi aussi je suis venu de Pologne..." Le ton est las, mais Georges Charpak s'avoue seulement désolé de ne pouvoir répondre mieux à toutes les demandes, de n'avoir plus l'esprit aussi clair qu'il le faudrait....

Un instant, la silhouette un peu voûtée évoque un Kessel aux abois. Un colosse aux pieds d'argile, une âme de diamant. Violence du contraste entre la robustesse de l'homme et une sensibilité aux autres qui étonne, à chaque détour de phrase. L'individu est lui-même une antenne. Un détecteur qui capte les gens, leurs intelligences, leurs affections. Comme les instruments qu'il forge dans son laboratoire enregistrent les passages fulgurants des particules fondatrices de notre monde.

Sous le vent de la vie, sous l'effet combiné du temps et d'une lucidité trempée dans l'épreuve du réel, le petit immigré polonais est resté sauvage. Mais il est aussi devenu plaque sensible. "Probablement parce que mes parents, mais aussi ceux qui m'entourent m'ont aidé, m'ont entouré de leur affection. Chez moi on a parfois manqué de confort, mais jamais de soutien".

De cette écoute quasi-maniaque des autres est né un moteur. Un gros engin au rythme patient qui a fait de lui un chercheur de premier plan, et le patriarche d'une famille soudée. Un moteur de Caterpillar coulé dans la générosité. Générosité pour ces collègues auxquels il ne refuse jamais un coup de main, surtout en pleine nuit, pour faire tourner une expérience de physique. Générosité pour son travail, qu'il ne trouve passionnant que s'il est exigeant : "j'aime par dessus tout les beaux problèmes, c'est une drogue", et auquel il était prêt à sacrifier sa maison de Gex, près de Genève (il était sur le point de la vendre au moment de son prix). Mais surtout, générosité pour sa famille, et tous les amis du clan, pour lesquels il y a toujours place autour de la table familiale. "Notre maison de Corse, près de Cargèse, nous l'avons construite autour de la table. Il n'est pas rare que nous y soyons vingt cinq. On s'assoit, parle, on boit, on chante, les amis musiciens nous font pleurer de quelques mélodies tziganes. Une histoire faite de rencontres, "sans laquelle rien de toute cette aventure scientifique n'aurait valu la peine d'être vécu".
L'autre maison, la vaste demeure familiale de Gex, a ainsi vu s'épanouir Yves, Nathalie et Serge, les trois enfants, mais aussi quelques protégés. Trois étudiants chinois, un africain ont grandi et se sont formés ici. Bizarrerie, fatalité ? Tous, quasiment, ont choisi la voie médicale. "C'est à cause de Dominique. Leur mère a toujours été un exemple de générosité, d'attention pour les autres. Elle s'était engagée dans un combat, elle s'est occupée de jeunes drogués à Genève pendant plus de dix ans, et ramenait des oiseaux blessé au nid. Cela a du faire davantage pour forger la sensibilité de mes enfants aux autres que mes pirouettes avec des particules", glisse Charpak dans un sourire.

Mais le physicien n'est pas mécontent de son coup. Même s'il était plus souvent au chevet de ses détecteurs qu'à celui de ses enfants, il est parvenu à semer la graine de la science chez ses deux fils. S'ils sont aujourd'hui médecins, ce sont aussi des scientifiques. "Ils auraient fait de bons physiciens", lâche le Nobel. Yves, l'aîné est épidémiologiste. "Il applique la rigueur de la science au domaine médical, pour détecter les effets des maladies, valider des méthodes de soins"

Le benjamin, Serge, a lui aussi fait médecine. Une formation qu'il s'est empressé de compléter par des études de sciences. Il est aujourd'hui chercheur en neurobiologie à l'Université de New York. Et tente actuellement de rentrer en France, au sein d'un laboratoire du CNRS.
Nathalie, tout comme ses frères, a interrompu ses études médicales à mi-parcours. "Pour sentir le monde et prendre le temps de se connaître", explique Charpak. "Ils avaient la chance d'avoir les moyens de le faire, mais je crois que c'est important pour tout le monde : être à l'écoute". Pendant cette année sabbatique, Yves fait du piano, Serge de la science. Nathalie elle, part dans l'Altiplano péruvien. Un choc. Dominique et Georges retrouvent leur infirmière de fille dans des petits villages, chevauchant des heures pour atteindre une communauté reculée. "Les femmes me présentaient des hommes pour que je choisisse un mari à ma fille, et qu'elle puisse rester sur place", se souvient Dominique Charpak. Nathalie, elle, voit son énergie transcendée par la somme de travail qui lui incombe. Elle veut bien rentrer en rance, mais c'est décidé, elle sera médecin à part entière, et pas une scientifique.

"Elle est d'une volonté farouche. Cela ne m'étonne pas qu'elle soit devenue pédiatre. En fait c'est le seul vrai médecin de la famille, dévouée aux autres, à leur service", poursuit Charpak.

"Elle est très humaine. L'un des évènement qui l'a marquée le plus intensément, c'est quand elle a senti, lors d'un stage, la reconnaissance dans les yeux d'un mourant dont elle s'était occupée. Avec les enfant, elle a trouvé aujourd'hui une voie qui correspond vraiment à sa vocation. Mais le problème, à Bogota, c'est qu'elle travaille vraiment trop dur. C'est une esclave. Elle mène avec une main de fer son projet d'étude et de validation de la méthode kangourou, et le soir, elle organise des ateliers de coutures pour que les femmes de cet hôpital, les plus pauvres de Bogota, trouvent de quoi survivre pendant leur maternité".
Grâce à son père, Nathalie a pu trouver un financement pour mener à bien cette étude. C'est la société d'épidémioliogie d'Yves, EVAL, qui s'est chargée du protocole scientifique de la validation. Avec l'objectif, à terme, de généraliser cette méthode de soin aux prématurés dans les pays du sud qui disposent d'un minimum d'infrastructures hospitalières, mais aussi dans nos maternités, pour y améliorer les relations des enfants nés avant terme avec leurs mères.
"Je suis très fier de ma fille, et j'essais de l'aider au maximum. Je suis directeur de ce projet d'évaluation , mais c'est au culot et à l'énergie de Nathalie que ce programme doit d'exister".
"Mon père ? Pour moi, c'est un idéaliste, très positif, qui voit d'abord le bon côté des choses. Je suis surtout très fière du fait qu'il n'aie jamais voulu faire de compromis avec ses idées. C'est quelques chose qui a marqué tous ses proches, et que nous appliquons aujourd'hui dans notre travail". Et puis c'est quelqu'un qui fonctionne à la passion, à l'émotion.
"Emotionnel, moi ? Peut-être bien, après tout, avoue le physicien. Si la physique ne me donnait pas tant de plaisirs, je ne resterai pas dans ce milieu. J'aurais peut-être mieux fait d'être médecin, moi aussi, peut-être aurais-je été plus heureux, plus proche des autres..."

Demain, grâce au prix, les innombrables projets de Charpak devraient avancer un peu plus rapidement. Le Nobel lui permettra de développer, dans sa société, de nouveaux outils pour la biologie et la médecine, des détecteurs capables de faciliter la recherche et le diagnostic en améliorant les images de l'intérieur du corps et des organes. Il devrait aussi empêcher ses interlocuteurs de sourire quand il leur soumettra son vieux projet de lire, avec l'aide d'un laser, les sillons des poteries antiques. La voix du potier, les bruits de l'atelier sont peut-être inscrits là, sous nos yeux, comme les chants des Amérindiens dans les premiers cylindres de cuivre et de cire des phonographes.

Que fera-t-il de l'argent de son prix ? "Rembourser mes dettes, m'acheter une paire de chaussures, et la meilleure encyclopédie de tours de magie, pour captiver et passionner mes quatre petits-enfants, revoir des amis". Charpak serait-il un Houdini des âmes ?

jeudi 17 juillet 2008

Bactéries calcaire

février 1993

Sur ce lac invisible de transparence, le petit canot orange paraît fiché en l'air. Paré à se faire broyer entre stalactites et stalagmites. A bord, Jean-Pierre Adolphe joue les acrobates. Fesses en l'air, le nez projeté vers la surface de cristal, le responsable du Groupe d'études et de recherches sur les milieux extrèmes guette l'endroit propice. Enfin, d'un coup de patte le chercheur remplit son récipient, prélevant un peu de ce voile qui colle comme une peau au lac souterrain.
Sur la berge du Lavoir des Fées, les autres membres de la petite équipe se frottent les mains d'excitation. "C'est formidable, on va enfin savoir ce que cache cette roche flottante" laisse fuser François Soleilhavoup. Cela fait des siècles que l'on sait que la pierre, dans la Grotte d'Arcy-sur-Cure, s'entête à ne pas couler. D'accord, ce petit voile calcaire ne pèse guère. Jamais perturbé par la moindre houle, il a en outre tout loisir de reposer en paix. Mais du caillou qui joue les radeaux, ce n'est guère banal... Peut-être un phénomène de finesse, de portance, de tension...?

"Oui, mais cela illustre d'abord notre thèse... Normalement, si le calcaire venait du plafond, en solution dans l'eau qui percole, il devrait tomber au fond de l'eau. Mais ici, la voûte est de plus étanche. Pas de stalactites.. La seule explication, pour expliquer cette curiosité flottante, c'est qu'il y a quelque chose à la surface, qui fabrique ou qui favorise la lente élaboration de ce voile, en se nourrissant des nutriments présents dans l'eau ...", commente Adolphe, de retour de sa croisère lacustre.
Quelque chose. Mais quoi ?

"Les bactéries, des milliards de bactéries, mon vieux... La roche est vivante. Là, autour de nous, les stalactites, les stalagmites, ce sont des milliards de bactéries qui les ont fabriquées, en secrétant du calcaire, ou en favorisant le dépôt du calcium, par leur activité biologique. Cette roche est vivante, ce sont des microbes qui la façonnent..." s'emballe Adolphe.
Soigneusement, fiévreux comme s'ils tenaient entre leurs mains une eau de Jouvence qu'il ne faudrait sous aucun prétexte laisser filer, les trois chercheurs remontent le produit de la pêche, jusqu'au boyau principal de la grotte d'Arcy.

"Il suffit de regarder cette grotte pour comprendre comment travaillent les bactéries..." José Paradas, le microbiologiste, vient de stopper net au bord d'un autre lac sous-terrain. Ici, les gouttes qui percolent depuis les stalactites du plafond ont créé, sous la surface de l'eau, de petites bosses de sable. Des monticules aux allures de taupinières sous-marines. "Probablement de la calcite, on va en prélever", aprouve François Soleilhavoup. Mais personne n'a les bras assez longs, pour arriver jusqu'aux petits tas qui dorment sous l'eau. C'est finalement le plus grand gabarit de la bande, votre serviteur, qui joue de l'éprouvette en faisant le grand écart. Les tubes remplis, on manipule un instant le sable laiteux. Il crisse comme du sucre, semble friable...
Depuis des années, Adolphe et ses acolytes pensent que les bactéries encombrent la planète de monceaux de roches calcaires. Une armée de microscopiques ouvrières au travail... Une idée qui provoque une levée de boucliers dans le milieu des géologues. Mais le directeur de recherches de l'Université Paris VI a poursuivi son idée en formant, à l'extérieur de son labo, une petite équipe interdisciplinaire avec François Soleilhavoup, spécialiste de la conservation des oeuvres rupestres sous toutes les latitudes, et José Paradas. A eux trois, ils ont décidé de faire de cette capacité de certaines bactéries à bâtir avec du calcaire une nouvelle manière de restaurer oeuvres d'art et bâtiments.

C'est en étudiant en 1974 des voiles blanchâtres apparaissant sur des mousses de tufs, en présence d'eau courante, que Jean-Pierre Adolphe a eu l'idée d'aller voir si quelque chose de vivant était à l'oeuvre.
Le test est simplissime : dans une éprouvette on met de l'eau chargée de calcium. On y saupoudre quelques échantillons provenant d'un de ces voiles blanchâtres, ou bien des fragments de roches sédimentaires, agès de plusieurs millions d'années, peu importe.

Dans un autre récipient, l'eau et le calcium ne sont pas "ensemencés". Le résultat est spectaculaire. En quelques jours, l'eau du tube garni de bactéries est devenue soupe laiteuse, le calcaire s'est formé en voiles, alors que le liquide du tube témoin est toujours limpide, le calcium se complaisant en dilution.
Pourquoi ne pas mettre ces microbes bâtusseurs à l'ouvrage ? Un mur a été ensemencé, au Laboratoire National des Monuments Historiques de Champs-sur-Marne. Les bactéries, arrosées de nourriture, y ont tissé un écran de calcite, celui-là même que les tailleurs de pierre cherchent à privilégier, quand ils choisissent les faces des blocs à exposer aux intempéries.
Dans la grotte d'Arcy, les chercheurs vont se livrer à d'autres expériences : demander à des bactéries présentes dans l'eau de la grote de récouvrir de calcite des pièces du Louvre. Transformé en laboratoire, le boyau de l'Entonnoir devrait pourtant garder quelques secrets. On ne sait pas par exemple, si le calcaire est concentré à l'intérieur des microbes, ou simplement à leur surface... Des chercheurs américains pensent que les bactéries sont également responsables de l'apparition de certains gisements métalliques, comme l'or. De quoi faire se lever à la pleine lune le compte de la Varende, proprétaire des grottes d'Arcy, et alchimiste convaincu..

Impuissance

Impuissance
jullet 1993

Il est des plaines que les montagnards les plus hardis rechignent à fouler du pied. Et les médecins ne sont, au final, qu'un genre d'éclaireurs parmi d'autres. Pourquoi s'étonner alors de les voir vivre les mêmes inhibitions que leurs contemporains et de s'être si longtemps aussi peu préoccupé de la fonction sexuelle de l'homme ? A tel point que celle-ci est restée, zone interdite, un mystère. Une ombre sur le corps viril qu'il était peu opportun de balayer. De ce côté-là, les ennuis se taisaient, question de réputation. Et la fatalité s'abattait dans le silence masculin des cabinets de consultation.

"Tout change aujourd'hui, enfin. Il faut le dire, le répéter, les biologistes, les neurologues, les chirurgiens se retrouvent avec de vrais outils de recherche et de compréhension au chevet de l'impuissance. Et si le mécanisme fondamental de l'érection est toujours un mystère, on dispose désormais d'armes pour lutter. L'impuissance, c'est fini. Pour ceux qui veulent se battre, elle n'existe plus, dans 90 % des cas. Et dans quelques années, ce ne sera plus qu'un souvenir, quelque soit le problème".
Ronald Virag, directeur du Centre d'exploration et de traitement de l'impuissance (CERI) est un militant de longue date de la cause masculine. Et sa devise pourrait rejoindre le mot de Claudel, dans le Soulier de Satin : "rien ne suffit à l'amour".
Sous cette banière ont depuis des millénaires sévit les potions. La corne de rhinocéros, le bois de renne pilé, les redoutables mouches dorées d'Espagne d'Ambroise Paré, aux effets secondaires mortels, les breuvages taoïstes, qui permettaient de retenir longtemps l'énergie vitale, les fourmis jaunes, la Yohimbine africaine, le ginseng asiatique s'échangeaient sous le manteau. Avec des vertus allant de zéro à une activité notable. "Pour certaines de ces substances, il faudrait aller voir de plus près, il y a peut-être des molécules intéressantes", note un phytochimiste spécialisé dans la recherche de nouvelles molécules actives. Mais pour l'heure, peu d'études scientifiques officielles sur l'effet des molécules issues de l'armoire naturelle, encore moins sur les actions secondaires mais intéressantes de certains médicaments modernes, comme les alpha-bloquants. A tel point qu'aujourd'hui le gros du travail dans ce domaine est le fruit d'initiatives privés, d'équipes isolées. "Mais d'ores et déjà, il faut prévenir les hommes contre les effets des aphrodisiaques sauvages et violents que sont les mélanges éther-alcool, la cocaïne en application locale : à bannir, car excessivement dangereux, voire mortels" prévient Ronald Virag.

Certes, on sait désormais que le sexe se commande depuis le cerveau, qui lui-même fonctionne comme une glande, échangeant des informations chimiques en quantité. Mais déclencher une érection chez l'homme n'a rien de commun avec le mécanisme chez le rat (on sait le faire par injection d'un neuromédiateur, la lulubérine). Le cocktail des substances est complexe, et l'on est pas prêt de mettre la main sur le mélange de la "pilule à désir".

"Par contre, on peut déjà rétablir la fonction, par injection pharmacologique dans la verge, par chirurgie vasculaire, ou dans le pire des cas, à l'aide de prothèses", annonce le Dr Virag. L'administration d'hormones comme la testostérone n'est pas suffisante ? "Elle ne correspond qu'à un nombre limité de situations, quand le déficit hormonal général est patent. Néanmoins, nous commençons toujours par un bilan hormonal", note Virag.

Depuis des décennies, les administrations d'hormones simples ou les greffes de tissu hormonaux ont en effet fait courir les hommes vers de discrets cabinets. Testostérone, LH (son stimulant) y sont devenus des produits convoités...
"En fait l'andropause n'existe pas. Certes, on observe une diminution progressive de l'hormone sexuelle, la testostérone, vers 50 ans. Elle est généralement faible et lente, mais on n'a pu établir aucune relation directe entre cette évolution et la capacité érectile. On n'administre des hormones que si la baisse du taux hormonal est vraiment très importante" explique le Pr Gabriel Arvis, responsable du service d'andro-urologie de l'hôpital Saint Antoine, créateur de la première unité de ce type en France, à l'aube des années 80.

Perte d'apétit sexuel, diminution des hormones, blocage psychologique, causes phsysiologiques et surtout artérielles : les causes potentielles de l'impuissance sont multiples. Et souvent imbriquées. "En l'absence évidente de statistiques officielles, on peut dire globalement qu'un homme sur deux sera concerné tôt ou tard par l'impuissance, mais la motivation à 75 ans pour récupérer sa fonction érectile ne sera évidemment pas la même que celle d'un quadragénaire frappé de diabète", poursuit Arvis.

Dans la forêt des causes potentielles de l'impuissance , on réalise vite qu'il est difficile, même au spécialiste, de s'y retrouver. La plupart du temps, un bilan sérieux et complet sera nécéssaire pour cerner l'origine du trouble.
Dans le cabinet du Dr Virag, monsieur V., 60 ans consulte car il n'a plus d'érection avec sa compagne régulière. Alors qu'avec des partenaies de rencontre, la machine fonctionne encore. Il s'en déclare fort contrarié, car il souhaite préserver son couple... Vingt minutes plus tard, dans le noir de la salle d'examen, après une injection de papavérine dans la verge, cntemplant un film suggestif, Monsieur V aura une érection tout à fait honorable. "C'est un cas typique d'inhibition psychologique, qui rentrera dans l'ordre, mais il y a peut-êre autre chose", commente le Dr Virag. Les courbes montrent en effet que l'érection de M. V aurait pu être plus importante. "Nous allons examiner sons sytème veineux, pour voir s'il n'y a pas de fuite à ce niveau. Au fil des ans nous avons mis au point un protocole qui permet d'indentifier la plupart des cas. Et avec un recul sur plus de huit mille patients aujourd'hui, je puis affirmer que la part psychologique est généralement beaucoup plus réduite que ce qu'affirment les psychiatres, et que lorsque l'on soigne l'organe, la fonction se rétablit plus facilement."
Par ces positions tranchées, Ronald Virag irrite parfois. Mais le médecin tire son optimisme d'une expérience accumulée à partir d'une trouvaille unique, pour l'heure aussi simple qu'efficace.

Chirurgien vasculaire, il commence bien entendu par opérer. La verge doit ouvrir ses artères lors de l'excitation, accueillir du sang dans ses corps caverneux, et le retenir en comprimant les veines. Tout défaut dans ce système "hydraulique" contrôlé par les systèmes biochmiques associés aux terminaisons nerveuses rend l'érection plus ou moins difficile à obtenir. Virag propose donc plusieurs types d'intervention veineuses à ceux dont les vaisseaux sont atteints des maux habituels : sclérose, plaques d'athérome, etc.. C'est au détour d'une telle opération que se produira le déclic. En injectant à son patient une dose de papavérine, vieux médicament extrait du pavot et utilisé en chirurgie pour dilater les artères , le médecin constate une érection incongrue. La molécule chimique, par son action locale, met en route les automatismes de l'érection, chez un homme dont toutes les possibilités étaient oubliées.

Depuis, la panoplie chimique s'est enrichie de nouvelles molécles et Virag commercialise notament un mélange efficace, la Céritine.
L'injection, pour sa part, a été automatisée, à l'aide d'un injecteur manipulable par n'importe qui, une dizaine de minutes avant l'érecton souhaitée.

"Ces injections, complétées par d'autres mesures, nous permettent aujourd'hui de diagnostiquer les troubles physiologiques profonds. Les patients qui réagissent à la papavérine et aux autres mélanges par une érection pourront évidemment bénéficier du traitement, et obtenir une raideur honorable. Sous surveillance médicale, ils pourront s'administrer deux fois par semaine le produit, grâce à l'injecteur automatique".

Pour le Dr Virag, il s'agit là d'une révolution, que les années 80 ont permsi de valider en traitement de fond, capable de rendre leur joie de vivre à des milliers de patients. Seule contrainte : un suivi médical rigoureux, pour parer aux deux risques associés à ce genre d'injections : le priapisme, ou blocage de la verge en érection, qui au-delà de deux heures devient dangereux pour les tissus, et la fibrose, du fait des injections répétées. "Dans l'un et l'autre cas, les incidents sont en fait très rares, en raison du dosage précis des produits, et d'une surveillanace au long cours de l'état des tissus.", précise sur ce point le médecin.
Pour les troubles plus profonds, soit moins de 10 % des cas qui ne peuvent être abordés par l'injection pharmacologique directe, il reste lun double recours. La chirurgie, qui consiste à dévier des artères, à ligaturer des veines, ou à moduler le volume afin de retrouver une vigueur oubliée, et enfin, dans les cas les plus désespérés, la mise en place d'une prothèse. "Une procédure lourde et irréversible, qui peut donne pourtant une satisfaction remarquable aux patienst qui en acceptent totalement le principe. Il y a là un travail important de préparation psychologique, et d'acceptation à mener, m^me à l'encontre des compagnes", poursuit le chirurgien. Si ces conditions sont remplies les prothèses semi-rigides, qui procurent une demi-érection permanente, ou la version gonflable, peuvent donner des résultats d'excellente qualité.

Face à des patients qui revendiquent désormais de mener une vie complète, malgré les traces normales que l'age, ou le stress nous imposent, les andrologues ne peuvent évidemment se satisfaire de cet état des lieux. Des travaux de recherche, entrepris au sein du Ceri ou d'autres groupes à travers le monde, pourront demain abaisser les dernières barrières psychologiques et matérielles de ce type de traitements.
Dans la foulée de la découverte récente du rôle de l'oxyde d'azote (NO), ,dans le déclanchement du mécanisme de l'érection, il est probable que l'on pourra intervenir plus efficacement sur la chaîne des évènements chimiques, qui du cerveau jusqu'aux muscles lisses contrôlant le diamètre des artères péniennes, induisent l'érection.
Des substances plus actives pourraient ainsi être appliquées au moyen de petites bagues injectrices, des pommades mêler aux principes actifs des molécules transporteuses, des "mictroturbines", capables de convoyer ces nouveaux médicaments à travers la barrière de la peau et l'enveloppe des corps caverneux.
Pour l'heure, les substances appliquées sur la peau présentent l'inconvénient de se laisser drainer par le flux veineux dans le reste de l'organisme.

Le Dr Virag a pour sa part présenté aux colloque de Rome consacré le mois dernier à l'andrologie de nouvelles "olives", implantables sous la peau et destinées à réduire le débit veineux, et à faciliter le gonglement de la verge, dans les cas ou le sang demeure insuffisamment bloqué dans le verge.

D'autres projets de prothèses sont sur la paillasses des chercheurs du Ceri. Il s'agirait de petits parasols, inclus dans les corps caverneux, et que l'érection viendrait bloquer en position ouverte. Ces tuteurs ne se replieraient qu'au moment voulu, lors de la disparition de toute ardeur chez l'homme. L'évolution des biotechnologies, des cultures de tissus aidant, pourquoi ne pas envisager un jour la culture de tissus érectiles, ou des auto-greffes de muscles lisses prélevés en d'autres endroits de l'organisme ? Acharnement technique ? Il suffit d'assister à une journée de consultations dans un cabinet d'andrologie pour se convaincre du contraire. Les hommes qui s'assoeint en face d'un andrologue sont là en désespoir de cause. Ils ont souvent tout essayé, gadgets, remèdes de fortune, psychothérapie, partenaires de rencontre, et n'osent, bien souvent, même plus espérer.
"Il faut consulter, demande le Pr Arvis. Que ce soit pour une impuissance, parfois signal d'alarme de troubles vasculaires, pour une déformation de la verge, qui peut souvent s'opérer, ou encore pour des complexes induits par une taille de pénis qu'ils jugent trop modeste, j'ai vu trop de regrets. Ces inhibitions-là doivent être balayées. Un homme de cinquante ans, jettant un regard en arrière sur une vie entière de mari et de père gâchée, s'est encore l'autre jour écroulé en pleurs dans mon bureau..." Aujourd'hui on peut l'éviter.

Du son dans la piscine

Janvier 1993

Par gorgées de bulles, la piscine se faufile sous nos néoprènes. "On peut faire la planche", murmure quelqu'un. C'est vrai. Dès que la nuque touche, l'effet est là. Et lorsque la tête bouchonne, le monde bascule en harmonies. Au zénith, le regard note machinalement des puffins qui fusent vers le mauve, ailes dépliées. Mais c'est sous l'eau que les esprits ont à comprendre. L'eau ? Ce liquide-là ? La première réaction est de ressortir. Peur de briser le rêve. De casser le cristal... Peut-on flotter dans des sons, y nager ?

Peu à peu les gestes reviennent, on fait la planche. On écoute. Voici la piscine promue auditorium, concert, cathédrale engloutie à la nef farcie de sirènes par la magie nue de la musique subaquatique. D'un oeil, tout en vérifiant les équilibres des diffuseurs sonores, Michel Redolfi surveille mes réactions. Le compositeur et directeur du Centre international de recherche musicale de Nice connait bien ces émotions. Le public pataugeur des concerts sous-marins qu'il donne depuis des années se comporte comme je viens de la faire. Une reculade, une agitation, et puis l'installation dans un mode d'écoute, avec des positions et des nages propres à chacun. Certains flottent, passifs. D'autres voyagent en apnée, font l'ascenseur dans le bleu. Pour mieux capter les vibrations de l'onde, on peut aller en groupe, se réfugier au loin, solitaire. En quète de quelque chose comme la fragilité du temps...

Cocteau aussi, a défloré de quelques brasses cet émeraude qui glougloute et sert de piscine au Bel Air, le palace du Cap Ferrat. Entendrait-on rire Picasso, autre habitué des lieux? On peut parier, il aurait aimé se verser à l'eau sonore.
Les bulle musicales sont celles de Crysallis, l'opéra de Redolfi. C'est la première oeuvre que l'on écoute pas, que l'on ressent par toutes les cellules. Le corps entier et le crâne surtout sont des récepteurs. Pour le cerveau et son oreille, égarée, dépassée, le son vient de l'intérieur. Une voix intérieure... C'est la meilleure description de cette illusion humide. Comme si dans vos entrailles de ludion un coup de poing venait révéler la source sonore tapie.

Dommage, la tête hors de l'eau la magie s'estompe. A peine une rumeur...
"L'énergie passe très mal : seulement un cinq millième de la puissance sonore se transmet de l'eau à l'air..." explique Michel. Ce qui vaut à la piscine, pour nos amis restés au sec, de demeurer muette. En apparence.
La phrase s'éteint, nous replongeons, avec des tubas cette fois, histoire d'immerger nos fronts. Le rêve s'allume encore un peu davantage, l'effet est plus fort. Les sons s'offrent en pâture, métalliques et minces, à la limite de la rupture. Fragiles, intimes et distants. En se rapprochant de l'une des sources sonores, on perçoit autrement. Mais toujours, l'origine du son se dérobe, s'évanouit. Il est partout...

"C'est normal, l'eau est des milliers de fois plus dense que l'air... Et le son se propage quatre fois plus vite (1450 mètres par seconde, au lieu de 350). Pour l'oreille, habituée à s'orienter sur des décalages plus lents, le son est du coup omniprésent. D'autant que le tympan, inutile, écrasé d'eau, est court-circuité. Ce sont les os du crâne qui captent les vibrations de l'eau, et les répercutent vers l'oreille interne, directement", explique Redolphi, assis au bord du bassin. On entend donc émoussé, en monophonie, un son qui fait vibrer.

Comme dans le ventre d'une mère...

"C'est probable.. Dans l'espace maternel, l'embryon entend des sons qui lui sont transmis par conduction osseuse, par la colonne vertébrale, pour l'essentiel, souligne Alfred Tomatis, oto-rhino-laryngologiste auteur d'une méthode de rééducation par des sons indirects. L'embryon est au coeur d'une sorte de cathédrale osseuse... Démuni de tympan, son oreille est ouverte, et c'est l'oreille interne qui capte les sons... Et heureusement pour les bébés, les bruits sourds et graves, comme ceux du coeur, sont largement amortis. Il les entend pas ou mal..."
Il fait nuit à présent. Encore une plongée dans les vibrations englouties. Cette fois, Michel joue les Nemo et nous offre quelques lieues peuplées de mammifères marins, pour le plaisir. Dans la seconde, les hurlements fauves envahissent l'espace, retrouvent un univers qui leur faisait défaut...

"Le plus décevant, quand on immerge des haut-parleurs conventionnels, c'est que l'on entend rien, ou presque. Dans l'eau, les seuls timbres vraiment perçus sont entre 500 et 5000 Hertz, dans le médium-aigu. Et la rigidité du crâne, qui reçoit les vibrations, écrase encore un peu davantage la dynamique, réduit les contrastes de volume entre deux plages musicales", poursuit le compositeur.

Autrement dit, Wagner et Pink Floyd sont interdits de séjour dans l'univers plat de l'Atlantide sonore. Inaudibles. Ce qu'il faut ici, c'est une musique conçue en prévision du spectre sonore sous-marin, fondamentalement différent. Sous peine, comme bien de propriétaires de piscine, de carboniser les haut-parleurs étanches que vous aurez immergés dans votre bassin, à force de monter la puissance de l'amplificateur, et de vouloir entendre ce que les os du crâne ne peuvent capter.
Pour mieux contourner cet écueil, Redolfi a carrément inventé des hauts-parleurs d'un genre nouveau. Des cristaux piézoélectriques enfermés dans des coques en aluminium, pour ses recherches et les concerts qu'il donne à travers le monde. Ils sont faits sur mesure pour lui, s'usent et se brisent si l'on s'en sert trop brusquement.

Le fruit rare d'un travail étrange, commencé à la fin des années 70 en Californie, dans ces caissons d'isolation sensorielle alors très en vogue. "J'y ai découvert que mon attention aux sons était plus grande, que mon univers mental était plus ouvert..."
Hasard, Redolfi est alors chercheur à San Diego, site d'une base importante de l'U.S. Navy. Et il peut accéder aux compte rendus des expériences de la marine, sur des communications en phonie avec les plongeurs de combat, des techniques d'enregistrement sous-marin...
"Une matière fabuleuse... J'y ai trouvé mes bases techniques, poursuit le musicien, et bien d'autres choses..."
Sous l'eau, donc, les sons sont autres, l'oreille fonctionne différemment... Redolfi-compositeur voit là un terrain à explorer, tout comme un peintre se ruerait vers un espace où le rouge serait bleu et les carrés changés en bulles !
Pour comprendre, il commence par traquer des sons en mer, phoques et baleines, et à les restituer en piscine. Et en 1981 il commence à composer des pièces totalement destinées à être interprétées sous l'eau. Un gong sous-marin est aussi créé, qui transmet ses vibrations à de l'électronique située en surface. Puis avec Dan Harris, de New York, il concocte une console de mixage... sous-marine ! Muni d'un scaphandre autonome, il peut savourer tout un concert au fond de l'eau, y règler la puissance des amplis, les répartitions sonores...

Le subaquatique ne s'interdit pas non plus la voix humaine. Une cantatrice peut chanter au bord du bassin, et le son est alors transmis sous l'eau. Deux cent personnes se sont ainsi immergées dans les mélopées de Susan Belling, cet été à Lisbonne. L'artiste peut même, comme à Grenoble au printemps, chanter dans une bulle d'air immergée, réalisée par un vieux complice, l'architecte Jacques Rougerie.
N'est-ce pas aller un peu trop loin ?
"Je ne veux rien revendiquer de surnaturel, encore moins le New Age grand-dadais. Cette technique musicale est un atout, car elle permet aux auditeurs de changer d'univers brutalement. Une modification de leurs équilibres sensoriels qui les rend simplement plus attentifs, plus ouverts...", répond Redolphi.
Une psychiatre parisienne, pourtant, va plus au-delà. Et use de cet "état de grâce" que procure un bassin habité de sons. Claire Carrier utilise dans sa pratique thérapeutique la situation peu banale de se trouver dans une eau sonorisée par Redolphi, pour induire une adaptation corporelle chez ses patients.
Le rêve de Michel ? Sonoriser une crique, une baie entière, avec des capteurs qui lorgneraient le soleil, tâteraient la température de l'eau, renifleraient vent et nuages. De cette arène sortirait une modulation sous-marine, amplifiée. Sans cesse changeante, cette musique deviendrait une sorte de ligne sonore, consacrée à une forme de cohabitation de nos cultures avec le monde naturel.
Eloignés de la mer ne désespérez pas. Redolphi se déclare disposé à faire fabriquer des systèmes miniaturisés qui équiperaient les baignoires, et pourquoi pas, les piscines municipales...
Ecouter le chant des baleines, ou des musiques contemporaines sous l'eau : bon programme pour le crawl du samedi, non ?

Des Etrusques !

janvier 1993

"Nous sommes des Etrusques !" Gros, très gros, le titre barre la première page. Incongru. Après tout, ce journal du 2O juillet 1993 n'est que la très administrative feuille municipale de Murlo, une grappe de bicoques égarées dans les éternelles ondulations de la Toscane, à quelques coups de volants de Sienne. Un village assommé de soleil, endormi depuis trop longtemps, et qui semble ne pas se remettre vraiment de l'électrochoc de l'incroyable rencontre avec son passé.
Tout a commencé voici deux ans. L'irruption d'Alberto Piazza et de sa barbe de patriarche dans la paisible existence de ce village de 1815 âmes n'est pas passée innaperçue. Avec son équipe, ils ont prélevé des premiers échantillons sanguins, posé des questions mené leurs enquêtes. Pourquoi ?

"Parce que ce village a étét isolé des grands mouvements de populations qui se sont déroulés depuis l'Antiquité", explique le chercheur. Et que nous avons de bonnes chances de retrouver ici certains caractères génétiques communs avec les populations du passé, notamment les Etrusques".

A cinquante-deux ans, le responsable du département de génétique, biologie et chimie médicale de l'Université de Turin, "visiting professor" à l'Université de Stanford, est donc venu traquer ici les indices d'un monde disparu. Dans le cadre d'un projet européen, partie d'un programme mondial (voir plus bas), il dresse même une carte de l'Italie. Pas n'importe quelle carte : une représentation des diversités de "morphologie" génétique.
"Nous voulons montrer la filiation des actuels habitants de l'Italie avec ses plus anciennes populations pré-romaines, et peut-être retrouver la trace des origines et des influences extérieures, quand elles ont eu lieu. Nous allons créer une bibliothèque, une banque de données concernant toutes les populations italiennes que nous pourrons identifier".
Un travail que Piazza situe d'emblée dans un cadre historique passionnant : dans la botte italienne, le mélange génétique des populations correspond clairement une hétérogénéité culturelle à travers les temps. Vers le septième siècle avant Jésus-Christ trois grands groupes de peuplement sont identifiables : les celto-ligures règnent au nord, les étrusques au centre et les grecs au sud. Dans un premier temps, trois sites d'enquète ont donc été choisis par Piazza : Trino Vercellese en Piémont, Murlo en Toscane et plusieurs villages à l'est et à l'ouest de la Sicile, non loin de Sélinonte. Chacun répondant à un lot de critères historiques, démographiques et linguistiques préalables aux recherches génétiques.
Murlo fait partie de ces endroits du monde écumés et retournés par les chercheurs. Archéologues, historiens et linguistes sont déjà venus visiter cette région retirée des fracas du temps, entre la vallée de l'Ombrone et le flots éternels du fleuve Merse. Sur sa colline, blotti autour d'un vieux castel, le village présente de bonnes chances d'être un"conservatoire" des génes des premières populations venues s'implanter dans la région, dont les Etrusques. Les archives permettent d'ailleurs de remonter le fil de l'histoire de sa population depuis le Moyen-Age, et de vérifier du coup l'ancienneté des noms des familles. S'il le fallait, la présence étrusque est encore attestée par les fouilles menées depuis une vingtaine d'années par des archéologues de Bryn Mawr College.

Forts de ces éléments, les chercheurs turinois étaient de retour à Murlo au printemps 1993. Pour opérer cette fois des prélévements sanguins à grande échelle, sur un échantillon de 1O % de la population, quelques cent cinquante personnes appartenant aux clans les plus anciens.
Après extraction, le précieux ADN (acide désoxyribonucléique, support du code génétique) a été congelé et stocké. Un trésor scientifique, qui attendra d'être comparé à l'ADN extrait des ossements étrusques trouvés dans les nécropoles de Toscane. Cette comparaison permettra peut-être un jour, quand les techniques de laboratoire seront plus performantes, de montrer à travers quelque 15O générations, s'il existe une compatibilité sinon une continuité génétique entre les habitants de Murlo et leurs Etrusques prédecesseurs. Prudent, Piazza refuse pourtant de cèder aux bouillantes passions du village et des médias italiens, qui ont fait de son travail une quête forcenée des Etrusques et de leurs mystères. Avec des ambitions touristiques et commerciales à peine voilées...

"Il n'est pas certain que les différences de marqueurs génétiques que nous trouveront soient significatives. Même dans un groupe isolé, il arrive que des parties d'ADN soient très différentes... Vous pouvez très bien avoir une séquence codant votre groupe sanguin qui soit plus proche de celle d'un japonais que celle de votre cousin", estime Piazza.
Sous les toits de l'Ecole Normale Supérieure, Dominique Briquel niche dans une cellule de travail aussi minuscule qu'encombrée de documents. Le professeur et directeur du département de recherches étrusques au CNRS commente avec un sourire ravi les images que nous publions : "C'est un bon exercice. On peut retrouver des critères physiques constants dans une population dont on sait qu'elle a étét historiquement isolée, et il n'est pas stupide de comparer les descendanst des Etrusques avec les représentation transmises par les oeuvres d'art de l'époque. D'autant qu'au deuxième et troisème siècles avant J.-C., l'art étrusque est descriptif et très fidèle".

Les Etrusques ? La peinture, la sculpture et les frises (celles trouvées à Murlo, notamment) nous ont transmis une image d'un peuple en proie aux plaisirs. Comme pour confirmer les dires des âpres romains, Catulle ou Virgile en tête qui villipandaient l'Etrusque "obèse"ou"gras", les sarcophages des nécropoles de Tarquinia montrent des notables prospères, à la bedaine avantageuse, mollement allongés sur des lits de repos, un collier de fleurs autour du cou et une coupe de vin à la main.
Méfiance... L'art antique obéissait à des canons esthétiques qui ne sont pas ceux du réalisme et l'embonpoint possédait une nette valeur culturelle et idéologique : l'apanage des groupes dominants. Vers le VII-ème siècle avant J-C, l' art étrusque hérité des Grecs se préoccupe aussi peu de la représentation du réel que possible. Sourire ionien, nez fuyant, grands yeux en amande, généreusement dispérsés dans les oeuvres, ne sont pour l'essentiel que des traits de vision culturelle. Ce n'est que vers les III-ème et II-ème siècles avant notre ère que la peinture et la statuaire s'orientent vers le réalisme que l'art romain illustrera plus tard avec bonheur. Des ressemblances physiques entre les habitants de Murlo et les Etrusques du IIIème siècle sont donc concevables...

Avec leur piété superstitieuse, leurs moeurs choquantes - la femme ne jouissait-elle pas d'un statut égal à l'homme ? - leur faste ostentatoire, leur passion pour la musique, la danse, le théatre, les jeux et les courses de chevaux, les Etrusques ne pouvaient alors qu'offenser la sourcilleuse vertu romaine. ET, en contrepartie, créer leur légende, en se gagnant les faveurs des hédonistes ou des adversaires de Rome. De Piranèse à D-H Lawrence en passant par Stendhal, ceux-ci se sont régalés à opposer"l'art d'être heureux", la vitalité "solaire" des Etrusques à l'implacable appétit de domination de Rome. "L'art de vivre" étrusque : c'est l'une des raisons de la fascination exercée jusqu'à nos jours par ce peuple disparu.
Y-a-t-il toujours un "mystère" étrusque ?
"A l'heure actuelle, la mode, chez les étruscologues, est de soutenir qu'il n'y a pas de mystère étrusque" s'amuse à souligner Dominique Briquel.

Ainsi, le professeur Massimo Pallotino, le "Pape" de l'étruscologie, condamne sans appel l'idée d'un mystère étrusque propice à l'éclosion d'élucubrations plus fantaisistes les unes que les autres. De fait, toute une littérature a exploité les lacunes de l'Histoire au sujet de ce peuple, sur lequel les historiens de l'Antiquité eux-mêmes ne s'accordaient pas. Hérodote les voulait venus d'Asie Mineure, à la suite d'une famine. Denys d'Halicarnasse, pour sa part, plaidait en faveur d'une origine autochtone. L'historiographie contemporaine s'est détournée de cette question épineuse et stérile, pour ne s'intéresser aux Etrusques qu'à partir du moment où l'Histoire les connait . Le "mystère étrusque" a pourtant un autre allié, qui a fait déborder beaucoup d'encre : leur langue, dont les premiers témoignages écrits remontent au début du VIIème siècle avant notre ère. Une armée d'érudits s'est épuisée au cours des siècles à rapprocher l'idiome de de l'hébreu, de l'égyptien, voire du hittite, du turc ou de l'albanais. "Ce n'est pas facile, avoue Dominique Briquel, car même si nous connaissons l'alphabet emprunté au grec, et que sommes à même de la lire, elle reste une langue isolée, qui ne semble pas appartenir au groupe des langues indo-européennes. C'est agaçant, on ne parvient pas à la rapprocher d'autres langues connues".

Elle appartiendrait peut-être à un stade antérieur à l'arrivée des Indo-Européens en Europe. Il s'agirait alors d'une langue de "substrat" comme le basque ou l'ibère. Une origine, donc. Mais comble du paradoxe, nous ne disposons pas de comparaisons. Abondantes, les incriptions étrusques sont désespérement brèves et répétitives et l'on attend toujours la trouvaille d'une "pierre de Rosette", qui résoudrait les difficultés.

La civilisation et la vie quotidienne des Etrusques n'offrent en revanche plus guère matière à l'histoire-fiction. Entre l'Arno et le Tibre, les Apennins et la mer Tyrrhénienne, cette civilisation est d'abord villanovienne ( IX- VIIIème siècles avant notre ère ). Son apogée survient entre le VIIème et le VIème siècle avant J-C. Les Etrusques, partenaires commerciaux des Grecs et des Phéniciens, agriculteurs et mineurs, ont pu étendre leur domination au delà de leurs frontières et répandre leur culture sur une grande partie de l'Italie et de l'Europe antique. Formateurs des Romains, ils leur fournissent la dynastie des Tarquins, l'exemple des grands travaux d'urbanisation et la notion de citoyen-soldat et d'armée civique. Plus tard, quand Rome profita des dissensions entre les cités étrusques et de troubles sociaux pour renverser le rapport de domination en sa faveur, la"marque"étrusque subsistera. A travers la science sacrée des haruspices et l'interprétation des oracles.
On peut sourire du banquet étrusque que chaque année les habitants de Murlo s'échinent à organiser. N'est-il pas, à sa manière, un émouvant témoignage de fidélité à des ancêtres présumés. Et en attendant l'éventuelle preuve de leur filiation génétique avec eux, la démonstration que l'héritage est d'abord une idée forte ?



QUAND LA GENETIQUE TEND LA MAIN A CLIO...


Alberto Piazza se montre extrémement prudent. Ses travaux n'ont abouti jusqu'à présent qu'à révéler, avec des marqueurs classiques, des diffèrences entre les populations italiennes, différences qui correspondent à des zones historiques anciennes comme la zone celtique, grecque et étrusque. En aucun cas ses recherches ne sauraient cautionner un quelconque fantasme au sujet de la race étrusque ou de la race celte : "Du point de vue scientifique, souligne-t-il, le probléme des séparations de race est déja dépassé. Non seulement il n'y a pas de races supérieures ou inférieures, mais les races elles-mêmes n'existent pas. Il s'agit d'un concept culturel du XIXème siècle qui dérive d'une problématique caduque. Ce qui nous intéresse ce n'est pas de savoir si le pur Italien ou le pur Etrusque existent mais de comprendre l'influence des migrations du passé sur la structure génétique de l'Europe actuelle".

Une démarche qui s'inscrit dans un cadre mondial, en cherchant des éléments communs au sein de populations isolées.
Deux projets complémentaires , l'un européen,"The Biological History of European Population", en partie financé par la CEE, l'autre américain,"Human Genome Diversity Project", mis en chantier en 1991 par le professeur Luca Cavalli-Sforza, de l'université de Stanford, ont pour ambition de recueillir et d'analyser, au cours des prochaines années, les génes de cinq cent populations parmi les plus isolées et les plus statiques du monde, dont certaines sont en voie d'extinction. But de l'opération : réunir le maximum de connaissances sur les caractéristiques de peuples peu connus ou voués à disparaitre ou, dans le cas de l'Europe , de peuples trés anciens comme les Celtes ou les Etrusques, dont les traces sont difficiles à isoler en raison des mêlanges intervenus au cours des siècles. A travers l'étude des différences génétiques, sur certains morceaux de leur patrimoine cellulaire, il deviendrait un jour possible de retracer l'arbre généalogique de la population du globe, de déterminer l'origine des peuples et de connaitre leurs interrelations.

Vaste programme, en quête, encore de ses outils. En Italie, le professeur Alberto Piazza, qui en assure la coordination , a déja bien entamé ses recherches sur la diversité de certains caractères génétique à travers la péninsule italienne . "La situation en Europe est très diffèrente de la situation en Amérique et dans le reste du monde, confie-t-il, et le travail y est facilité par l'abondance de la documentation historique, archéologique et linguistique. Nous ne connaissons pas ou peu le cas de populations en voie d'extinction, mais nous nous heurtons à d'autres difficultés . La première c'est le mêlange des populations. Il nous faut récupérer la variabilité génétique qui existe entre les peuples européens pour en étudier le sens avant que les migrations internes ne la fasse disparaitre. La seconde, c'est que les différences à mesurer sont de petites différences. Il faudra donc choisir un nombre d'individus par échantillon plus grand que pour d'autres populations. Enfin, il est important de sélectionner un système de marqueurs génétiques communs aux laboratoires des autres pays, susceptibles de bien discriminer entre elles les populations européennes. C'est la tâche primordiale à laquelle les chercheurs européens doivent s'atteler pour le moment". Dans le cadre du projet européen, une douzaine de laboratoires travaillent sur des expèriences similaires. Ainsi, dans un but commun, un laboratoire italien pourra analyser avec les mêmes marqueurs des échantillons français tandis que des chercheurs français pourront étudier les échantillons italiens.

Relevant du CNRS, le"Centre de Recherches sur le Polymorphisme des Populations Humaines", installé à Toulouse, et que dirige Mme Cambon-Thomsen, est précisément l'un de ces laboratoires associés au projet européen. Spécialisé dans la génétique des populations, il posséde plusieurs banques d'ADN sur les populations françaises (basques, béarnais... ) mais aussi originaires d'autres contrées d'Europe (Sardes, Grecs... ).

"L'étude du code génétique des populations vivantes se fait à partir du sang, plus exactement des globules blancs, dont on extrait l'ADN, explique Brigitte Crouau-Roy. On procéde au choix d'un marqueur, d'une petite séquence (on ne sait pas encore "lire" tout le code génétique d'un individu, mais seulement de petits extraits), puis on passe au stade de l'amplification. Le principe de cette technique (PCR en anglais ou Polymerate Chain Reaction ) mise au point en 1985 aux Etats-Unis, consiste à libérer les brins d'ADN par la chaleur puis à répéter le cycle une trentaine de fois afin d'amplifier un fragment, choisi grâce à un marqueur polymorphe. Ce processus permet, à partir d'une trés petite quantité d'ADN de la multiplier à volonté. Ensuite, on peut détecter et révéler le marqueur génétique choisi dans chaque individu, ce qui n'était pas possible en pratiquant juste une prise de sang et une extraction d'ADN". Le même processus - à cette différence prés qu'il faut augmenter le nombre de cycles - permet d'extraire l'ADN à partir de fossiles.

Passer de l'étude des vivants aux fossiles présente-t-il des difficultés particulières ? Mme Crouau-Roy, qui est l'un des rares chercheurs français à travailler sur ces derniers opine :" La première difficulté c'est qu'il faut d'abord s'assurer la collaboration d'archéologues et d'historiens qui puissent garantir l'ancienneté de telle population fossile. La seconde, c'est que les fossiles ne doivent pas avoir été contaminés par des manipulations humaines, faute de quoi les résultats seront faussés. On extrait un segment d'ADN à partir d'un cheveu, du sang coagulé ou de l'intérieur des os ou de la moelle, s'il en reste, puis on procéde à son amplification, afin de le multiplier et de pouvoir l'étudier. La technique est simple et a été universellement adoptée dans tous les laboratoires de génétique ou d'immunologie"
La comparaison entre l'ADN des habitants de Murlo et l'ADN extrait d'ossements étrusques permettra-t-elle de prouver que les premiers sont d'authentiques descendants des Etrusques ? La réponse de Brigitte Crouau-Roy est moins catégorique que ne le sont les propos des Murlésiens, déja persuadés de leur prestigieuse ascendance : "On peut prouver - et c'est le plus facile - qu'ils sont tout-à-fait différents. S'ils sont proches, on ne saurait conclure pour autant qu'il s'agit du même code génétique. On peut seulement dire que l'ADN des vivants est compatible avec l'hypothèse d'une filiation étrusque".

Allergies aux chats

décembre 1993

Le chat passe, et les humains éternuent. Du moins certains. Que l'on se rassure ! C'est en général en respirant longuement du chat que le poil de l'allergique potentiel se dresse peu à peu, et que ses tissus prennent la mauvaise habitude de s'enflammer comme si leur survie en dépendait.
Pour cela, il faut compter de six mois à deux ans, en ronflant avec Grigris chaque nuit. Chez les individus prédisposés, la réaction du système immunitaire tourne alors au blitz-krieg, ultra-rapide et violente : rhinites, urticaire flamboyant, conjonctive larmoyante, asthme redoutable.

Le pr. Francisque Leynadier, chef du service d'allergologie de l'hôpital Rotschild à Paris est lui-même un passionné de chats. Et c'est le coeur serré qu'il dispense à ses consultants le seul conseil efficace : "séparez-vous de votre chat".
C'est un facteur essentiel de réussite de la désensibilisation.
Dans un sourire compatissant, le médecin met de l'eau dans son lait : "c'est un peu comme demander à un malade de cesser de fumer..., tant qu'il ne l'a pas décidé de lui-même... En fait ce sont les mères qui sont les plus raisonnables, lorsqu'on leur explique que l'allergie au chat se développe en une ou deux années. Si elles sont déjà allergiques, mais qu'elles ont décidé de le supporter, notamment avec des traitements de désensibilisation, leurs bébés ont par contre de fortes chances de devenir allergiques, avec un risque d'asthme".

La, le sourire du prof s'efface : le problème de l'asthme chez le très jeune enfant est un problème important, un risque que les parents ne doivent pas négliger. Et souvent, avant d'arracher les moquettes et de bombarder l'appartement de produits acaricides, c'est bien du côté de minou qu'il faut lorgner. Les chiffres sont là : parmi les malades du service d'allergologie de Rotschild, un quart sont sensibles au chat...
Pour les victimes sensibles, il ne suffit pas même de se priver de son matou. Il faut aussi passer son lieu de vie au scanner, un nettoyage vigoureux à la clé.

"L'allergène du chat s'accroche, partout, et peut s'embusquer cinq ou six années avant de venir provoquer une réaction. J'ai l'exemple d'une patiente qui s'était résolu à se séparer de ses chats, et qui a fait une crise trois ans plus tard, en dépliant une couverture qui n'avait pas été nettoyée...." Attention, donc, aux appartements ayant hébergé des chats dans le passé. Ou aux fréquentations du fiston. S'il a la larme à l'oeil le mercredi en rentrant de chez l'oncle Albert-qui-a-un-élevage-de-Siamois, probable qu'il y a là chaton sous roche...
Simultanément avec la désensibilisation, c'est donc souvent à une véritable enquête de moeurs félines à laquelle il faudra se livrer.

"A titre préventif, on peut aussi, même si l'on est pas allergique, être raisonnable. Eviter de dormir avec son chat, le cantonner au salon, et le laver une fois par semaine. La protéine allergène, le Feld-1 est secrété par les glandes séborrhées du chat, et en le nettoyant, on en diminue déjà considérablement la quantité présente", recommande le médecin.

"

Tardigrades

novembre 1993



Il roule sur l'horizon, le soleil de minuit. Et la température du Groenland plonge vers l'abîme. Sur l'Inlandsis de glace, personne. Pas même l'Inuit de la côte avec le skidoo pétaradant qui a remplacé le traîneau et l'attelage de chiens hargneux.
Pourtant l'été, c'est plein de surprises ici. Des rubans d'émeraude fondent des rivières à la surface du gel et cascadent vers des gouffres béants. Pour mugir en tombant de dizaines de mètres, et aller fourailler de toutes leurs forces dans les tripes froides du glacier-continent.

Quels autres mystères détient le grand gâteau blanc, ce tas de neige qui s'empile, année après année, et qui atteint trois mille mètres sur sa plus grande épaisseur ? Quelques-uns, on peut le parier, à voir ces hélicoptères bourdonner l'été durant, déménageant scientifiques et caisses vers des zones incongrues.

Comme à "Summit", l'endroit ou les Européens ont décide de forer dans la neige pour faire parler les climats du passé. Histoire de voir s'ils sont aussi sages et stables que l'on veut bien le faire dire aux courbes et aux équations...
Janot Lamberton, lui, fou de spéléologie, vient ici, au sud, avec ses équipes. Dans une région infestée de crevasses, là ou le grand plateau brise son horizon pour redescendre vers la mer. Les failles y sont profondes, agrandies par l'eau de l'été qui erre sur la glace et cherche son trou.

Tout commença en 1986 avec Jean-Marc Boivin, dans les crevasses de la vallée de Chamonix. Là, le spéléo du noir et du gris découvrit l'ivresse de s'enfoncer dans le blanc, l'émeraude et le saphir.

Les "bédières", les eaux de fonte qui s'écoulent l'été chutent dans des failles de glace, des "moulins" des glaciers alpins. Puis les compères migrèrent vers le Groenland, car la cour de récréation de la Mer de Glace était déjà trop petite, pour ces assoiffés, avec ses trous de trente mètre à peine. Là-bas, vers Illulisat, dans le monde du froid, c'est à plus de deux cent mètres que l'on peut plonger, suspendu à une simple corde. Le record, établi cette année, est déjà de cent soixante treize mètres sous la surface de l'Inlandsis... Et l'an prochain, le fou de boyaux gelés partira avec des plongeurs, pour passer les syphons qui barrent le chemin au bas des moulins géants.

Mais pour cela, il faudra viser juste : c'est quand le froid revient, que les bédières regèlent à la surface du glacier, et cessent de se déverser dans les crevasses. Les moulins sont praticables. Les chutes d'eau avec leur hurlements de diables se taisent d'un coup, et c'est dans un silence surnaturel que pendulent les hommes-araignés, au bout de leurs fils de rappel.
Attention au redoux : si le thermomètre remonte, les hommes aussi doivent resurgir du gouffre. Une rivière qui revient se déverser, et ce sont des tonnes d'eau qui dégringolent sur l'alpiniste des fonds blancs.
C'est là affaire de moustachus, comme on dit. Des techniciens hyper-compétents, formés par des années d'expérience sur le terrain. Mais pas seulement. A côté des gaillards qui ne rêvent que d'en découdre avec les entrailles du glacier, on trouve des scientifiques.

Anette, bien sûr, mais aussi Louis Reynaud, chercheur au laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l'Environnement de Grenoble, qui visite les glaciers pour comprendre comment la pression fait évoluer la glace.
"C'est un monde plastique, qui se déforme sans cesse. Avec des pressions fabuleuses, de 20 kg par centimètre carré. Quand on enfonce une broche dans la glace, chaque coup de marteau résonne comme un coup de canon, à cause de l'énergie que l'on libère dans l'eau gelée...."
Un monde bleu, en déformation perpétuelle, ou la température est de zéro degré, environ...
Si d'autre scientifiques sont intéressés par les secrets de ce monde parfait et la course effrénée des glaciers, Lamberton lance comme une invite : venez, nous vous emmènerons dans les entrailles de Thulé, l'ultime Thulé...

Tiens, là, une ridicule cuvette est tapissée de grains noirs. Janot Lamberton, le patron de l'expédition Inlandsis 93 l'a dit : c'est signe qu'une météorite infime est venue se ficher là. Achevant sa céleste trajectoire dans la neige humide du printemps. Un soleil tiède, peu à peu, a chauffé ce bouton noir sur le visage vierge de la calotte. Alors il a foré son trou, l'extraterrestre, faisant fondre le blanc pour s'enfouir. Pour devenir cryoconyte, une éprouvette naturelle. Emu du clin d'oeil des Perseïdes, vous vous baissez. Une flaque d'eau scintille sous la lampe, au fond du cylindre de neige. Pleine d'algues broutées de bidules en mouvement. Des amibes, des puces, des larves de moustiques ?

Et puis tout à coup, une voix...
"Quitte notre ciel, humain. Nous sommes une légion invisible et éternelle. Noyée dans la masse de cristal d'un monde idéal... Moins soixante degrés centigrades et six mois de nuit par an ? C'est quoi ce climat de rêve ? Quelle rigolade... La plupart d'entre nous sommes capables de narguer des siècles durant le froid absolu du cosmos, avec ses deux cent soixante treize degrés C sous le zéro des Terriens. Alors ces quelques frissons à blizzard, tu parles d'une cure de Jouvence...
Nous autres Tardigrades, le peuple de l'extrême, nous sommes à même de défier le désert le plus aride, le vent le plus puissant. Nous sommes les princes de l'ombre, le peuple des marges. Nous adorons cela. Nous buvons la vie dans son calice le plus odieux. C'est notre lot, mais nous savons l'apprécier. Bien sûr, nous savons survivre aussi dans vos sous-bois odorants, dans vos villes à poussière et face à vos printemps de midinettes. Mais notre terrain de jeu favori, c'est bien ce monde que vous jugez hostile...."

Les quelques bestioles boudinées et microscopiques qu'Anette Grongaard, la biologiste du Zoologisk Museum de Copenhague s'empresse de déposer dans son flacon de formol ne tiendront jamais ce discours narquois. Celles-ci sont parties pour les grand sommeil. Car si les Tardigrades sont à l'épreuve de tout, quasiment capables de voyager dans le cosmos ou de flirter avec l'explosion nucléaire, ils ne résisteront pas au poison chimique de la jeune chercheuse.
"C'est dommage, mais il faut que je les conserve dans l'état de leur prélèvement... sinon, ils vont se transformer, et se déshydrater", explique-t-elle.

Qu'est-ce que c'est que cette bizarrerie gesticulante de ses bras miniatures ? Une nouvelle sorte de créature débarquée sur notre planète ?
"Non, on les connait depuis plus de cent ans, mais ils sont si petits (moins de un millimètre de long pour les plus grands) que l'on ne s'en préoccupe guère. Il n'y a que trois ou quatre chercheurs dans le monde entier à s'intéresser à eux", précise la jolie danoise.
On sait tout de même vaguement ce qu'ils sont : ni insectes, ni mammifères, ni rongeurs ni batraciens... Ce sont des Tardigrades, quoi. Un genre à part, une classe zoologique en soi. Avec des centaines d'espèces différentes, s'il vous plaît. Ils ressemblent à quoi ?

A des ours miniatures, c'est pourquoi on les affuble du quolibet familier d'ourselles. Les uns sont blancs, les autres transparents, voire rouges, ou alors vert olive. Deux yeux est la solution la plus fréquente, mais noirs ou rouges, c'est selon. Et pour compléter ce joli profil, leurs pattes, au nombre de huit, sont ornées de minuscules griffes.
Ces "multicellulaires", même s'ils appartiennent au monde de Lilliput, ont tout du lointain cousin oublié. Un cerveau qui leur permet de diriger leurs mouvements avec précision, de procéder à des parades amoureuses, de trouver leur nourriture, et d'y planter le stylet qui orne leur bouche pour sucer le contenu des algues ou des microbes. Certains, on l'aurait parié, ont opté pour la facilité : ils dévorent leurs congénères !

Et, on l'aura déjà retenu, les bestioles sont présentes à toutes les latitudes, endurantes à tous les maux.
Mais alors, s'il suffit de courir les vergers pour les rameuter, et les étudier, pourquoi cette villégiature scientifique au Groenland, Anette ?
"C'est dans les conditions extrêmes, bizarrement, que l'on trouve le plus grand nombre de ces animaux. Sous les latitudes clémentes, quand ils sont en compétition avec d'autres formes de vie, on en trouve, mais très peu. Comme s'ils étaient mal adaptés à la concurrence avec d'autres groupes", explique la biologiste. Alors ils reculent, vers les niches peu encombrées de notre planète si généreuse en recoins inconfortables..
Mais dans un monde gelé huit mois par an, ces extrémistes ont bien un secret ? En aucun cas leur organisme miniature ne saurait contrer les attaques d'un froid aussi violent...

"L'astuce, c'est qu'ils se déshydratent, en expulsant volontairement l'eau de leur corps. Ainsi desséchés, ils peuvent être congelés et décongelés à la demande, sans souffrir le moins du monde..."
C'est simple, non ? Pour survivre, il suffit de savoir mourir et renaître à la belle saison...
Reste à comprendre comment fonctionne la fabuleuse alchimie vivante qui permet cette réconciliation saisonnière entre l'être et le néant. Ce travail-là aura lieu au laboratoire, un jour. "A condition que des biologistes et des biochimistes s'y intéressent", espère Anette. Le secret de la longévité et de la vie entre parenthèse déniché dans l'écrin des glaces du Grand Nord ? Ce serait une jolie manière de raconter le monde, non ?.

Ariane 5

janvier 1994

"Tout ça, c'est plus grand que Paris", lâche un technicien, son regard rivé sur un horizon défoncé à coups de Caterpillar.
A vol de fusée, nous sommes à plus de 6.000 km d'Europe. Champignon de béton, fourmilière de métal, le Centre Spatial Guyanais de Kourou est fébrile. Malgré les cataractes que déverse à l'envi le ciel équatorial, et les coups de masse du soleil, la nouvelle base de lancement, la troisième du site, est prète. Sur plus de deux mille hectares, le surnaturel a surgi de l'esprit des hommes.
Salles de contrôle, site d'intégration, usines de poudre et d'hydrogène ont poussé au milieu de la latérite sanguine. Les plus beaux, les plus orgueilleux bâtiments qui aient jamais fait face à la forêt gluante. A Petit Saut, on a noyé d'un barrage toute une vallée de la forêt. Ses turbines sont chargées de gaver d'électricité une Guyane en explosion économique, dans le sillage du Centre Spatial.

A quelques minutes des tôles tordues et déjà rouillées du pas de tir des fusées françaises "Véronique", héroïnes oubliées des années 60, l'"Ensemble de Lancement numéro3" est un écrin appétissant, mais encore vide. Kourou attend Ariane 5.
La fusée géante qui mettra l'Europe sur la même orbite que les Etats-Unis et la Russie, est annoncée. Un premier exemplaire de test vient d'être assemblé en France, à "Ariane City", le gigantesque établissement de l'Aérospatiale des Mureaux, près de Paris. Le transport de cette version d'essai de la machine aura lieu au printemps à travers les flots de l'Atlantique, pour qu'elle vienne se frotter aux installations de la base. Assemblage complet du lanceur dans le bâtiment de 90 mètres de hauteur, transport sur la gigantesque table d'acier de 900 tonnes, mise à feu du moteur sur le site....
Et la fourmilière de Guyane de jubiler encore un peu davantage, à cette idée... A propos, c'est pour quand, le vol inaugural de la reine Ariane ?

A Kourou, ne guettez pas ces mots sur les lèvres. De l'ingénieur au dernier des manutentionnaires, l'événement n'est connu que par son nom de code : "V 501". On vous révèlera alors que cette ascension-là est inscrite au calendrier en octobre 1995. C'est à dire demain, pour les gens de l'industrie de l'espace.

Une proximité qui ne gène guère le chapelet routinier des missions Ariane 4. Les différentes versions de l'actuel cheval de bataille de l'Europe spatiale déchirent quasiment tous les mois le ciel, du côté de l'île du Diable. Une mélopée, qui dépose dans le noir de l'espace ses fardeaux de satellites et d'autres missions orbitales.

Mais depuis peu d'autres hurlements se sont joints à ces rugissements-là. Des sons d'une violence inouïe, qui dans la forêt font détaler les tatous et trembler jusqu'aux "tayis", les grands ébéniers au bois si dur.
C'est que les techniciens de l'Agence Spatiale Européenne, du CNES, de l'Aérospatiale et des autres partenaires européens sont déjà au chevet des moteurs surpuissants de leur nouvelle créature.

A deux reprises, les propulseurs à poudre, ceux que l'on assemblera à Kourou pour gagner en souplesse et en sûreté de réalisation, ont délivré leur fournaise. Dans une fosse géante de 60 mètres, leurs flammes de 600 tonnes de poussée ont fait rougir la pierre à plus de 3.000 degrés. Fait grincer les dix mille tonnes du socle d'acier et de béton qui les clouaient au sol... De furieux pétards , dont sera flanquée de part et d'autre la géante.
Mais gare : au moindre défaut, ces engins-là se transformeraient en feux d'artifice... Les Européens n'ont qu'à se souvenir du dramatique accident de la navette américaine Challenger.

"Nous procédons à des essais fouillés. Tout s'est bien déroulé pendant les deux premiers, mais sur une troisième version du propulseur nous avons détecté quelques anomalies sur la structure des blocs de poudre. Nous sommes en train de modifier notre mode de coulage de ces élements, pour corriger l'imperfection, et les tests reprendront dans les prochains mois", explique Jacques Durand, responsable du programme Ariane 5à l'Agence Spatiale Européenne.
Avec ces deux paquets de dynamite de trente mètres de haut, et un propulseur central à hydrogène et oxygène liquide (moteur Vulcain), Ariane 5 affichera au décollage une poussée de plus de 1.300 tonnes. A comparer avec les 468 tonnes que crache la plus puissante des Ariane actuelles.

Largement de quoi arracher du sol, donc, les 740 tonnes de la nouvelle fusée. Mais les propulseurs à poudre, s'ils sont capables de séparer Ariane et son plancher d'acier, ne sont que des "turbos" d'un principe sommaire. Ils ne fonctionnent que durant les 130 secondes de la première phase du vol. A l'épuisement de la poudre, vers 60 km dans l'azur, les deux tubes latéraux sont ejectés, puis récupérés en mer, pour examen des enveloppes...
Le moteur central, le Vulcain, devra faire en solo le reste du boulot, assurant la lourde tâche de pousser Ariane vers l'orbite. Et cela pendant plus de dix minutes.

C'est lui qui fait perler la sueur au front des ingénieurs. Sur plusieurs des cinq échecs d'Ariane, c'est une version moins puissante de ce type de moteur qui était en cause... Manque de préparation, de soins, d'essais ? Cette fois, pas question de louper la marche. Vulcain est passé au crible depuis des années déjà, sur les bancs d'essais de Lampoldshausen, en RFA, et à la SEP de Vernon (Eure). Au total, plus de 400 répetitions de mise à feu, de combustion, de tenue en puissance et en durée sont prévus. A chaque fois, l'engin sera passé au crible.

Il faut dire qu'engouffrer 25 tonnes d'hydrogène liquide et 130 tonnes d'oxygène liquide en l'espace de dix minutes dans des tubulures et des injecteurs, augmenter leur température de plusieurs centaines de degrés, les libérer sous forme de gaz, assurer la combustion harmonieuse de ce mélange explosif, et tout cela pour en extraire une poussée de plus de 100 tonnes est une alchimie qui peut faire haleter plus d'un spécialiste.

En octobre 1995, pendant les dix minutes de colère du premier Vulcain, le temps du Centre Spatial sera devenu l'eau épaisse qui goutte à goutte suinte des arbres.... Dix années de travail, un programme de 33 milliards de francs seront suspendus au fonctionnement de centaines de tuyauteries, pompes, turbo-pompes, à une centaine de kilomètres plus haut, dans le vide du cosmos...

Dans le centre de contrôle de Kourou, , ce sont les pulsations cardiaques des responsables, des techniciens de vol que l'on devrait mettre sous surveillance : au début des vols d'Ariane, un membre de l'équipe est décédé au cours d'un lancement, sous l'émotion...
Cette orgie de moteurs dopés et d'ergols (les carburants) stockés à bord suffit à dresser le portrait robot de la géante européenne : une croqueuse d'énergie.
Normal, donc, que la masse totale des combustibles l'emporte la balance : sur 740 tonnes au décollage, une Ariane 5 est faite de 470 tonnes de poudre (propulseurs latéraux), de 155 tonnes d'oxygène et d'hydrogène, de 10 tonnes d'ergols stockables pour la mise en place finale des satellites en orbite...
Soit 630 tonnes d'explosifs... Restent à peine105 tonnes pour la structure, les enveloppes des réservoirs, l'électronique, les satellites....

De fait, l'irruption de ce poids lourd du transport spatial au sein de l'écurie des fusées européennes fera l'effet d'un coup de semonce international.
Ariane 5, capable d'emporter 50 % de charge de plus en orbite (6.800 kg vers l'orbite géostationnaire, à 36.000 km d'altitude), avec une fiabilité relevée à 99 % et une baisse des coûts de lancement d'au moins 10 % sera l'aboutissement d'une incroyable aventure. Celle des politiques et industriels européen, des ingénieurs et des techniciens du vieux continent, qui en l'espace de vingt années, sont venus damer le pion de leurs concurrents sur le terrain de jeu préféré des "grands".
Les chiffres sont éloquents. Arianespace, l'entreprise chargée de vendre la fusée européenne sur le marché mondial possède aujourd'hui le plus beau carnet de commandes de la planète : trente sept satellites à lancer, pour un montant approchant les 17 milliards de francs. Ce qui signifie aussi que plus de la moitié du marché mondial de lancement de satellites civils est aujourd'hui entre les mains des Européens.

"Si nous voulons conserver une telle place, face à une concurrence de plus en plus vive, nous devons faire des efforts, et Ariane 5, c'est l'illustration de cette démarche, mais aussi l'aboutissement de la logique européenne du transport spatial", décode Jacques Durand.

Est-ce tout ?
Il y a encore quelques mois, les bureaux d'études astronautiques européens planchaient sur une mini-navette spatiale européenne, Hermès, dont on disait qu'Ariane V devrait pouvoir l'emporter vers l'espace. La croisière des Européens vers les étoiles avait trouvé sa nef, capables d'emporter des passagers vers des stations orbitales internationales, et pourquoi pas, européenne...

Ce projet a été réduit en cendres, atomisé. Sous l'effet des restrictions budgétaires imposées par divers Etats membres de l'Agence.
De cette aventure il reste pourtant à Ariane quelques restes. A commencer par un joli programme de développement de ses performances, qui doivent évoluer au fil des ans pour rejoindre ce qui aurait constitué un idéal pour mettre en orbite une navette lourdement chargée de fret.
Mais aussi, et surtout, une fiabilité imposée. La machine à lancer Hermès se devait d'assurer le sécurité de ses équipages, et viser un taux d'échec très faible, dès la conception du projet. Cet atout-là, Ariane V le conserve, intact...
Comment s'étonner alors que les féconds esprits de l'agence spatiale aient présenté récemment au choix de leurs décideurs politiques une nouvelle panoplie d'outils destinés à assurer à l'Europe la possibilité d'envoyer des astronautes en orbite ?
Moins couteux que le projet Hermès, beaucoup plus légere, la "capsule" CTV (véhicule de transfert d'équipage) offre ainsi d'emporter (et de ramener sur Terre) quatre personnes, avec quelques bagages, mais aussi de procéder à quelques expériences en orbite. Un retour aux capsules Apollo ou Soyouz, diront les fatalistes. Une sorte de compromis entre le carosse Hermès et la citrouille que constituerait le fait de devoir rester au sol, répondent les initiateurs du projet...

"Son principal avantage est de parfaitement s'insérer entre les moyens lourds des Américains, avec leur grosse navette, et ceux des Russes, avec leurs capsules sans fret", explique Jean-Jacques Dordain, responsable de la stratégie et la politique internationale à l'ESA.
Le petit CTV serait complété par un véhicule automatique de transfert (ATV), capable de livrer des charges à des stations orbitales, et de soutenir le CTV en orbite. Autres accessoires que l'on trouve dans ce mini-programme : un bras-robot pour pouvoir travailler dans l'espace, ainsi qu'une combinaison spatiale, développée en partenariat avec la Russie, et qui doterait astronautus Europeanus d'une autonomie de 7 heures.
C'est mesquin ?
Pour certains, c'est encore trop. Mais pour les ingénieurs et les politiques, c'est suffisant pour entretenir, à tarif raboté, la flamme des industriels européens pour l'espace.
C'est un ticket qui devrait aussi leur permettre de participer à d'éventuelles réalisations de stations orbitales internationales.
Et pourquoi pas, pour nous autres piétons, de continuer à rêver, encore, un peu...

vendredi 13 juin 2008

Immunofluorescence

Immunofluorescence
1994

Une bataille peut-elle être belle ? Cette question, c'est à des chercheurs comme Nancy Kedersha qu'il faut l'adresser. La jeune immunologiste américaine est une spécialiste mondialement reconnue du démontage des mécanismes du vivant. Sous ses yeux, des millions de cellules ont livré le combat de leur survie. Avoué leurs secrets.

Nancy n'est pas la seule chercheuse à utiliser l'immunofluorescence. La technique consiste à accoler des étiquettes colorées à des torpilles chimiques qui vont s'agripper à des cibles précises sur la cellule . Fluorescentes, ces marques s'illumineront lorsqu'on les fera passer sous une lumière bien précise, et révèleront l'anatomie intime des endroits ou elles ont été accueillies. Grâce à cette astuce aussi simple que jolie, les chercheurs peuvent voir les contours d'une cellule nerveuse, mais aussi traquer les effets de leurs molécules-médicament au contact de fibroplastes de la peau. Ils voient les substances, des "anticorps" ainsi colorés qui s'amarrent vigoureusement à la cellule, ceux qui font pénétrer le médicament qu'ils portent sur le dos à travers la muraille cellulaire et vont le livrer au bon endroit... Car en "ouvrant" les parois des cellules vivantes, on peut faire pénétrer ces missiles colorés dans la cellule. En se fixant à certaines protéines, ils dénoncent alors le fonctionnement intime de la microscopique usine du vivant....

Nancy a développé dans ce domaine une technique et un regard hors pair. Etudiante préparant sa thèse, elle a peaufiné jusqu'à l'extrème sa technique sur son microscope à fluorescence. Découvrant du coup dans les cellules des parties inconnues jusque là, des structures en forme d'arches (ribonucléoprotéines), omniprésentes, et dont on ignore toujours à quoi elles servent vraiment.

C'est ce regard "pénétrant" qui a intéressé les responsables de la société ImmunoGen de Cambridge (Massachusetts). Cette société mise actuellement sur le développement d'une nouvelle famille de médicaments contre le cancer, et ses responsables ont demandé à Nancy de venir observer chez eux l'effet de divers candidats-médicaments sur les cellules vivantes.
Le résultat de ces années de labeur? Un feu d'artifice coloré, un monde irréel, dont l'enjeu n'est pourtant rien moins que le combat pour la vie.

"Le plus étonnant, dans ce genre de travail, concède Nancy, c'est la manière dont les cellules conservent leurs caractéristiques, même quand vous les mettez en culture en éprouvette. C'est un peu comme si vous preniez des gendarmes et des voleurs, vous les mettiez sur une île déserte sans leurs armes, et qu'ils continuent à se poursuivre"....

Surtout, les cellules conservent leur capacité à "dialoguer" avec quantités d'agents extérieurs, les anti-corps.
A sa surface, chaque cellule porte des milliers de marques caractéristiques, des molécules chimiques qui font son empreinte, sa carte d'identité. Ces antigènes sont visités et lus par d'autres molécules, des anticorps présents à l'extérieur, et qui viennent épouser les formes des antigènes pour les identifier. Dans ce chaos de reconnaissances mutuelles, de tâtonnements chimiques, un intrus est identifié, dénoncé. Et les ordres d'attaque sont aussitôt donnés par une chaîne de réaction du système immunitaire, chargée d'ordonner le ménage et de faire balayer l'intrus.

Cela fonctionne plutôt bien. Même si certains envahisseurs, virus, bactéries ou parasites se sont adaptés en développant des astuces pour demeurer "illisibles", ou "invisibles", aux anticorps du système immunitaire. Dans le cas du cancer, il reste à comprendre pourquoi les cellules cancéreuses, qui pourtant ont une signature, un profil d'antigènes tout à fait particulier et différent de celui des cellules saines, ne sont pas exterminées par les défenses de l'organisme.

"Probablement le sont-elles, explique Wolf-Herman Fridman, directeur du laboratoire d'immunologie cellulaire de l'Institut Curie, mais le cancer se développe quand le système immunitaire ne fonctionne pas de façon suffisamment efficace...."
Cette déficience, les chercheurs veulent aujourd'hui la combler en jouant sur les arguments même de la défense. En fabricant des anticorps spécifiques, qui sachent parfaitement reconnaître les cellules cancéreuses et se fixer à la seule surface de celles-ci. En leur associant des substances toxiques, ils parviennent à faire converger les produits anti-cancéreux au coeur des tissus malades, en évitant leur dispersion dans le reste de l'organisme. Un progrès de taille par rapport aux techniques de chimiothérapie "aveugles", dont les effets de frappe massive sur l'organisme limitent trop souvent l'usage.
Parmi les substances qui pourraient ainsi se laisser guider par les anticorps, la ricine. Les immunologistes d'ImmunoGen pensent que cet extrait du ricin, capable à la dose de quelques molécules de tuer une cellule, pourra achever le travail dans le cas de chimiothérapies incomplètes, voire de remplacer celles-ci, à des doses mille fois moindre...

Le développement continu des techniques d'immunofluorescence progresse aujourd'hui à pas de géant. Les images que vous avez sous les yeux sont bien plus riches d'informations que celles que l'on obtenait il y a quelques années. Avec trois couleurs, bleu, rouge et vert, les fluorochromes permettent désormais de marquer différents effets des anticorps à l'intérieur même de la cellule, de cerner différentes étapes de la machinerie.
On a ainsi pu comprendre comment agissait le taxol, cet extrait de l'if qui s'avère un efficace agent anticancéreux. Il empêche le fonctionnement des microtubules, de petites structures qui interviennent lors de la copie des chromosomes en vue de la division cellulaire.

Dénonçant la présence la plus discrète, ces étiquettes fluorescentes peuvent aussi traquer un démarrage cancéreux avant-même qu'il ne soit observable. En trouvant de la kératine dans des tissus osseux, où cette substance n'a rien à faire, les biologistes peuvent diagnostiquer un affolement cellulaire correspondant à un cancer précoce.
Et demain ?

"Ces techniques vont se généraliser, on peut aujourd'hui directement regarder dans un microscope à immunofluorescence, alors qu'il y a quelques années, il fallait passer par la photographie", explique Jean Davoust, chercheur au centre d'immunologie de Marseille-Luminy (INSERM-CNRS).
Sur son écran, le biologiste pourra "visiter" la cellule sur laquelle il doit travailler. Y pénétrer pour un voyage virtuel, qui lui permettra d'assister en direct à l'action des médicaments convoyés par les anticorps...

Un fantasme ?
La microscopie confocale, où les points de fluorescence sont lus par un petit faisceau laser, les coordonnées enregistrées, permet déjà de restituer une image en trois dimensions de la cellule. Avec une précision aussi étonnante qu'émouvante.

Telescope Keck

Reportage à Hawaii
1994

Nos nuits devraient être blanches. Dégoulinantes de lumière. Coiffées de millions de lanternes solaires juxtaposées. Sans le moindre noir sur la voûte. Question de bon sens.
Après tout, le nombre d'étoiles tapissant l'univers est assez monstrueux pour être admis comme "infini" à l'horizon de notre entendement (des millions de milliards). Ne pas être aveuglé par une voûte enchassée de lumière confine donc à l'hérésie. Notre perception "instinctive" du monde est bafouée.
Car la nuit est obstinée, noire. A peine mouchetée de myriades de lueurs. Pourquoi ?
Pour satisfaire leurs flirts avec les questions de l'univers, les cohortes scientifiques gravissent désormais les Cordillères les plus escarpées pour y percher de gigantesques réceptacles à lumière, les miroirs des télescopes. Comme au Centre d'Observation Européen (ESO) de la Silla, au Chili, ou sur le Mauna Kéa, le volcan d'Hawaii couronné de neuf dômes blancs, 4.200 mètres plus haut que la mer.
Parfois, les Terriens expédient aussi leurs entonnoirs à lumière en orbite, comme le désormais fameux Hubble Telescope, et bien d'autres instruments moins médiatiques.
L'idée originelle de toutes ces migrations en altitude étant bien entendu d'échapper le mieux possible aux troubles inhérents à la basse atmosphère terrestre : pollution chimique et lumineuse, turbulences de l'air, nuages et humidité... S'en affranchir permet d'atteindre les limites de clarté des optiques, de distiller des images au piqué tranchant comme des rasoirs, chaque détail révélé devenant une information sans précédent sur les pâles objets observés.
Pour ce genre d'affaires, l'espace semble la solution idéale. En principe... Les avatars de Hubble et les pirouettes des astronautes-dépanneurs de la Nasa ont convaincu bien des astronomes que la solution, pour les gros télescopes optiques du moins, n'est pas forcément d'être placé dans l'espace.
Durant les vingt années qui séparent la conception de Hubble et son fonctionnement optimal, en décembre 1993, les cartes ont tout simplement été redistribuées. Astronomes et ingénieurs n'ont pas chômé, développant des outils optiques et électroniques sans équivalents, trouvant des sites d'implantation qui font des télescopes actuellement en cours de réalisation au sol des machines à traquer la lumière capables sous peu de concurrencer Hubble. S'il est probable que l'orbite terrestre conservera un intérêt puissant pour tous ceux qui étudient les longueurs d'ondes les plus altérées par l'atmosphère : ultra-violets, infra-rouges, rayons X, gamma, etc, dans le domaine optique, cela est moins certain...
Pour le prix d'un télescope optique en orbite, les astronomes pourront s'offrir une bonne dizaine d'engins géants au sol....
La partie cruciale du télescope géant, son âme, c'est le miroir primaire. Cette cuvette argentée lui confère qualités, défauts et limites... Une surface la plus étendue possible, mais aussi la plus régulière. Elle est chargée de collecter tous les grains de lumière, les photons en provenance des confins de l'univers, et de les concentrer vers un autre miroir, plus petit, qui forme le pinceau lumineux destiné à l'analyse par les instruments, les différentes caméras montées à la réception des images.
D'emblée, on perçoit le dilemme : réaliser le plus grand miroir possible, mais aussi le plus régulier, le plus lisse, le plus stable. Sans oublier qu'il doit être mobile, orientable, et avant tout, ne pas se déformer sous son propre poids...
La limite du genre était connue. Elle avait été atteinte par les Soviétiques, en 1976, avec un miroir de 6 mètres de diamètre à Zelentchouk (Caucase). D'ailleurs les défauts techniques de l'installation ne lui ont jamais permis d'atteindre les objectifs scientifiques que l'on pouvait espérer, et le plus performant des grands télescopes fut longtemps le Hale, du mont Palomar, en Arizona, plus modeste avec 5 mètres de diamètre, et plus ancien (1948). Il ne fut rattrapé en performances que par les grands télescopes des années 70 et 80, comme l'engin franco-canadien implanté sur le Mauna Kéa en 1979 (3,6 mètres de diamètre). Mieux conçus, implantés sur des sites meilleurs, ces instruments plus petits voyaient mieux que leurs ancêtres géants...
"On pensait vraiment à cette époque que l'on ne pouvait pas faire plus gros que le miroir du Mont Palomar. Et encore. Un miroir massif de dix mètres réalisé avec les mêmes techniques aurait imposé des infrastructures gigantesques, et coûté plus de six milliards de francs. Totalement irréaliste", se souvient Jerry Nelson, de l'Université de Berkeley, en Californie.
Mais Nelson avait une idée qui illuminait son cerveau chaque nuit, celles où la limpidité est telle que l'on se dit que toutes ces étoiles sont à portée de bras... Dès 1975, l'astronome dessina un télescope dont le miroir n'était plus d'un seul bloc, mais réalisé avec plusieurs petits éléments, alignés au moyen de vérins contrôlés par ordinateur.
Vingt plus tard, son rêve est à l'abri dans son écrin, sur le plus beau site astronomique du monde. Celui où le ciel est le plus pur, le plus sec. Le Mauna Kéa. Comme pour le Mont Palomar, un milliardaire a financé les 550 millions de francs de la construction, en échange de l'attribution de son nom au meilleur avaleur d'étoiles de la fin du siècle : Keck.
Les dix mètres de diamètre du miroir sont une ruche. Biseautés en alvéoles, les trente six miroirs hexagonaux sont montés côte à côte. Excessivement mince, avec 7,5 centimètres d'épaisseur, pour 1,8 mètres de haut, ils ne pèsent que 500 kilos chacun. Au total, un miroir trois fois plus léger que le Titan du Caucase, pour une surface trois fois plus grande ! Ce format a aussi permis de finir les miroirs de manière inhabituelle : en les voilant sous pression lors du polissage. Puis ils ont été relâchés, afin de prendre leur forme définitive.
Mais le sage secret du Keck, ce sont ses ordinateurs. Toutes les deux secondes ils calculent et rectifient la position des 108 vérins qui alignent les miroirs avec une précision équivalente au millième de l'épaisseur d'un cheveu. A la moindre variation de température, d'humidité, dès qu'une porte ouverte crée un courant d'air sous le dôme géant, les miroirs se réalignent, comme par magie. Et sagement, les particules de lumière se laissent cueillir, finissant leur voyage cosmique sur le même endroit du détecteur électronique...
"Les résultats sont surprenants", concède Barbara Schauffer, l'opératrice du télescope.
A tel point que le télescope sera flanqué d'un jumeau, déjà en construction 85 mètres plus loin. Reliés entre eux, les frères Keck pourront additionner leurs images, fonctionner comme un télescope unique dix fois plus performant en pouvoir de séparation...
L'histoire de cet instrument est l'exemple même de ce que font les télescopes modernes : harcelant des filets à lumière, capables de compter photon par photon, grain après grain, la lueur en provenance de l'horizon du monde.
Quels confins ? On ne sait guère. Selon les thèses, l'âge de l'univers varie de 8 à 20 milliards d'années. Pardonnez du peu. L'incertitude est énorme, et on espère, précisément, lever ce doute au cours de cette décennie, avec cette nouvelle génération d'instruments. La majorité des astronomes concernés optent aujourd'hui pour un âge probable de 15 milliards d'années. Si tel est le cas, les créatures célestes les plus distantes détectés à ce jour, des quasars, crachent leurs torrent d'énergie, à 14 milliards d'années lumière de nous.
Le Keck a déjà tiré les meilleurs portraits de ces torches folles du cosmos. Probablement nées au début de l'univers, leur lumière nous parvient enfin, et confirme leur statut de mystérieuses créatures. Ce sont les objets les plus brillants, vomissant des milliers de fois davantage d'énergie que des galaxies entières. Outre leur études, des télescopes de la puissance du Keck offrent de se servir de cette lumière pour analyser tout ce qui se trouve sur son trajet. Comme si de Paris, la photographie d'une ampoule électrique située à Lyon permettait de déterminer la pollution de l'air du côté d'Autun.
Du côté d'Hawaii, les résultats pleuvent. On estime aujourd'hui que les galaxies bleues, les plus chaudes, sont plus nombreuses que prévues, et bien plus jeunes. Et sous ce nouveau regard, le plus brillant objet dans le ciel, FSC10214+4724 de son petit nom scientifique, aussi éclairant qu'une centaine de milliard de soleils ordinaires, mais à 10 milliards d'années-lumière de nous, s'est déjà révélé comme un amas, peut-être une galaxie se faisant cannibaliser par un gigantesque quasar situé en son centre.
Des histoires de cannibalismes, on en compte par milliers dans le cosmos. Notre gentille galaxie, la Voie Lactée, est actuellement accusée de grignoter ses voisines, membres du même groupe spatial. Et en observant des centaines d'étoiles du Grand Nuage de Magellan, d'autres astronomes ont montré qu'un grand halo de matière sombre entoure notre groupe d'étoiles. Comparant des images prises à 15 années d'intervalle, ils ont pu mesurer les effet de cette matière invisible. Enfin, la masse manquante, la matière noire de l'univers, aurait donné signe d'existence. Selon les variantes de la théorie, elle pourrait peser jusqu'à 99 % de notre univers !
Autre sujet à suspense, pour les super-télescopes : les trous noirs. On cherche actuellement à comprendre celui qui se niche au centre de la galaxie, derrière un rideau de poussière.
Pour le dénicher en observant ses effets sur les astres voisins, il faut pointer de longues heures durant le même soleil, le suivre sur sa trajectoire de firmament. Amusant, de voir un colosse de 297 tonnes comme le Keck glisser sur son bain d'huile pour courtiser l'infime clarté, ramasser et concentrer assez de ces photons dans le réceptacle de ses miroirs alignés. "Si vous débloquez le frein, vous pouvez le faire tourner à la main", lâche un astronome.
Dans quelques années, d'autres grands télescopes glisseront ainsi en silence, en quête des images de leurs proies de la nuit.
Treize au total sont prévus à travers le monde.
Dont le très ambitieux projet de VLT (Very Large Telescope - Très Grand Télescope) de l'ESO, auquel la France participe pour plus du quart de l'investissement.
Pour ce grand chasseur du ciel austral, une montagne des Andes, le Cerro Paranal a déjà été rabotée, afin d'accueillir le bijou européen. Quatre télescopes de 8,2 mètres de diamètre seront construit l'un à côté de l'autre. Les miroirs, coulés d'un seul bloc, contrairement au Keck, mais de structure déformable, souffriront sous l'effet continu de petits vérins (optique active), commandés par un ordinateur, afin de compenser les effets de la dilatation, ou des perturbations mécaniques. Surtout, à terme les images des quatre engins seront fondues, additionnées. De quoi atteindre, à terme, les performances d'un télescope virtuel de 16 mètres de diamètre!
L'un des quatre télescope fera l'objet d'une autre révolution technique : son miroir sera "adaptatif".
C'est l'arme absolue contre les turbulences.
Comme sur une route surchauffée l'été, l'air de l'atmosphère est soumis à des variations de températures qui provoquent des turbulences, des flottements des images.
Pour des télescopes capables de distinguer une balle de tennis à 36.000 km de distance de la Terre, de telles ondulations sont plus que néfastes : elles gâchent les campagnes d'observation. Et il faut des heures de calculs aux meilleurs ordinateurs pour tenter, a posteriori, de corriger les clichés.
L'idée est ici de mesurer, sur le télescope, en direct, les turbulences observées. Un calculateur électronique intervient rectifie la forme du miroir, de façon immédiate et continue, pour que les défauts de l'image soient corrigés par le profil même de la surface réfléchissante.
Le plus étonnant, c'est que cela fonctionne.
Le système français COME-ON+ testé sur l'autre site de l'ESO au Chili, a permis de montrer toutes les capacités de cette technique, avec 64 vérins corrigeant la forme d'un miroir. Une technique ardue à mettre au point pour les grands télescopes, le problème étant évidemment le temps de réponse du système : il ne sert à rien de corriger le miroir trop tard. On ne ferait qu'amplifier les défauts.
Une solution envisagée pour mieux se débarrasser des clapotis de l'air ambiant est alors l'étoile artificielle. Pour disposer dans le ciel d'un astre assez brillant pour que l'ordinateur de correction optique dispose d'une "référence" (les lointains objets observés sont souvent peu visibles sur les caméras de correction), on illumine la très haute atmosphère, à 60 km d'altitude, d'un tir de faisceau laser. L'excitation du sodium présent là-haut suffit à créer une petite boule lumineuse, dont l'image vient ensuite régaler les caméras du télescope : sur une source aussi brillante, les corrections à porter au miroir deviennent évidentes.
Cela nous dira-t-il pourquoi le ciel est-il noir ?
Peut-être. Imaginons l'univers comme une explosion en cours, dans laquelle les astres les plus lointains, les quasars nous fuient à plus de 90 % de la vitesse de la lumière. Et nous "percevrons" un part du mystère : la lumière, toute la lumière craché par les étoiles n'a pas encore eu le temps de remplir l'univers. Et ne l'aura peut-être jamais, puisque de l'avis général, les galaxies sont jeunes, très jeunes. D'autres pensent que la matière disponible est insuffisante pour fournir assez d'énergie pour éclairer le ventre du monstre. Que le seul éclat dont nous disposerons jamais, c'est ce reste, ce rayonnement à 3 degrés Kelvin, la pâle lumière fossile a mise par le big bang, et qui nous baigne.
Nous resterions à toujours dans un tunnel...

Une année-lumière = 9,46 x 10p12 km

Carpes Koï

1994


"Ce sont des tableaux vivants, et en plus, on peut les aimer. Elles apprennent à te connaître, elles te reconnaissent quand tu marches près du bassin". Avec le lointain et désarmant tutoiement des exilés d'Albion, Peter raconte déjà ses poissons. Et dans le crépuscule de ce chemin creux du bocage normand, ses yeux s'innondent de cette lueur qui sommeille chez tous les rêveurs qui on sacrifié à la passion.
"Tu sais, la carpe Koï, c'est pas très compliqué parce que quand tu commences à te prendre au jeu, tu fais attention l'eau, à la nourriture, et puis tu deviens fou de ces poissons, alors ils sont en pleine santé..."
On approche. Le petit portail s'ouvre, la voiture s'échine sur un gouffre défoncé qui ressembla jadis à un chemin...
Là, le parcours initiatique tourne au surréalisme.
Les roues de la berline patinent dans la boue d'un interminable verger en pente douce. Figure libre et toupie sur gadoue, hurlement de moteur dans la nuit... Voiture repeinte de terre, immobiles sous le crachin, on baisse les bras : "cela ne passera pas..."
Tout le monde se transborde dans une Land Rover d'époque churchilienne, qui elle, démarre bravement et pétarade vers une petite grange en moêllons.
"O.K., nous y sommes..."
Quelques instant plus tard, dans une barque soigneusement isolée, sous un néon de fortune, deux cent fuseaux bariolés dansent. Une foule bigarrée, aux mouvements hypnotisants..
Dans ce rude écrin de ciment, des carpes Koï, les poissons les plus chers du monde sont venus commencer une autre vie...
Les records des prix, pour les spécimen de concours, sont édifiants... Un million de francs pour une Ogon dorée, couramment plusieurs centaines de milliers de francs pour de belles Asagi (dos bleu et flancs dorés). Mais le sommet, le nec plus ultra reste la Kohaku. Aux seules couleurs nationales rouge et blanche, cette carpe-là vaut trois millions de francs si elle est parfaite : blanc ivoire, taches (hi) rouges très vif, aux dessins réguliers et équilibrés, sans envahir la queue, ni la bouche. Subtilités de l'art : une carpe à défauts ne vaudra rien (hormis l'affection que peut lui porter un aquariophile), ou alors une fortune, si son orginalité esthétique est forte...
Si la seule tache rouge est de forme circulaire, placée sur la tête, en forme de drapeau japonais, c'est une Tancho Kohaku... Le gros lot. Son record officiel est de cinq millions de francs.
"Mais les plus belles ne sont pas connues. Ce sont des géniteurs que les éleveurs gardent au secret, dans des bassins dissimulés dans leurs caves... Pour que l'on ne sache pas ce qu'ils préparent", confie Peter.
Pour l'heure, l'ancien rocker compagnon de scène de Genesis ou de David Bowie reconverti dans l'aquariophilie n'a pas encore importé ce genre de merveilles. Le marché européen n'est pas prêt, et le risque est trop grand. Ici, dans le bassin d'hivernage, les deux cent carpes exilées représentent "seulement" quelques centaines de milliers de francs de chiffre d'affaire.... Du tout venant, qui permettra aux cielnst de Peter de s'initier à l'art de la Koï. Une drogue douce ?
"Les voir et s'en occuper est vraiment un grand plaisir. J'en connais, à Amsterdam, qui ont fait construire leur maison sur un bassin. Tu déjeunes, et des Koïs viennent voir tes pieds, à travers un plancher vitré... Paradoxalement, ces prix sont inférieurs à ce qui se pratique au Japon, car j'arrive à négocier sur les prix à l'export. Là-bas, le marché est tenu par les producteurs,...."
Folie et tradition, la carpe Koï, ou Nishikigoi en japonais, est l'un des sommets de la culture du pays du "Chat qui dort". Dans les grands magasins chics de Tokyo, des échoppes de luxe leurs sont consacrées.
Pourtant tout commenca fort banalement, il y a plus de mille ans. La carpe, venue de Caspienne via la Chine était alors destinée à l'assiette. Son élevage, source de revenus, était réservé aux aristocrates et Samouraï. Peu à peu, le poisson de table trouva pourtant sa place dans les mythes japonais. Endurante, courageuse, calme, régissant à la présence humaine, la carpe commune devint vite un symbole, et se retrouva dans le décor des demeures. Elle y symbolisa la majorité des jeunes hommes (tan-go-no-sek-ku).
Connaissant les capacités de patience et d'attachement des japonais aux symboles, on comprend que les hasards de la génétique devinrent des aubaines esthétiques : les mutantes blanches ou rouges, les carpes à dessins colorés furent peu à peu mises de côté, choyées, conservées pour l'ornementation, resélectionnées. Une habitude qui s'installa au siècle dernier et devint culte entre les deux guerres mondiales.
Apparurent alors des élevages intensifs, des armées de trieurs chargés de repérer dans les 400.000 alevins d'une pondeuse lesquels seront suceptibles de devenir de superbes Koï... Sur les 10.000 jeunes qui sortiront de ce tri, un millier environ connaitront les aquariums. Mais le grand jeu, le pari suprême, c'est évidemment de pouvoir reconnaître chez un jeune les capacités à devenir, adulte, un tableau. Une lecture de l'avenir aui est en soi un art. Un vilain petit canard peut se métamorphoser en une bête de concours hors de prix, tandis qu'une charmante jeune carpette répondant à tous les critères de beauté peut les voir s'évanouir avec la croissance...
A ce petit exercice, des fortunes se sont construites, et beaucoup de spéculateurs se sont essouflés. Le coup d'oeil valant ici des millions de francs... Les secrets de fabrication également : la manière de soigner les carpes, de traiter leur eau, d'y ajouter des minéraux, de modifier l'alimentation au gré des saisons peut modfier l'aspect extérieur des poissons.
Alors le secret rôde autour des bassins.
Audrey Baschet, secrétaire du Koï Club de France, et très dynamique associée de Peter dans l'activité d'importation et d'élevage des carpes se souvient ainsi d'un client important, surpris en train de fouiner dans les documents de Peter à la recherche de quelques recettes confidentielles...
"Mais ce qui est important avec le Koï, c'est de se faire plaisir... Comme ça tu n'es pas déçu, et tu calmes ta vie....", ajoute Peter, si loin aujourd'hui des rumeurs de la pop music.

jeudi 12 juin 2008

Incroyables bébés

avril 1993

Les bébés nous manipulent
entretien avec Boris Cyrulnik



Le pédo-psychiatre de la Seyne-sur-Mer a aussi soumis les petits en devenir à quelques tests simples. Comme leur administrer l'air du basson de Pierre et le Loup dans leur dernier mois. Ils manifestent une nette activité en réponse aux vibrations. Hélas, au dixième passage, déjà, ils se lassent, s'habituent. Un phénomène révélateur d'une reconnaissance, d'une mémorisation...

Les bébés sont-ils manipulateurs ? Dans un sens. Pour assurer leur devenir ils jouent d'un arsenal destiné à mobiliser les parents, à nous encourager à les dorloter, à prendre le temps de les aimer. Révélateur de cette délicate rouerie, le sourire.
Pour traquer le tout premier sourire chez le nourisson, Boris Cyrulnik, fondateur du Groupe d'éthologie humaine, a disposé une caméra dans la salle d'accouchement. Dans le même temps, on réalise un électro-encéphalogramme du bébé. Du coup, on apprend que lors de l'accouchement, le bébé est en général en sommeil, aux antipodes de ce que certains entrevoyaient comme le traumatisme de la naissance. Après une sortie tranquille, et un premier cri automatique et libérateur, le nouveau-né se rendort dans son berceau translucide. Le voici à présent qui frémit des zygomatiques. Enfin, se dit la mère. Un sourire. Pour leur part les signaux électriques produits par le petit cerveau indiquent un sommeil paradoxal, cette phase qui fait le nid du rêve. On sait par d'autres études que ce sourire là, involontaire, est induit par la présence d'une substance chimique naturelle dans le cerveau, un neuropeptide.
La mère s'en contrefiche. Ce qu'elle voit, c'est le premier sourire de son adorable bambin. Pétrie d'émotion, souriante à son tour, elle s'approche du trésor, le caresse, s'en empare, lui parle. Elle crée autour du bébé une bulle de tendresse et de chaleur. Avec un double résultat : le nourrisson s'en souviendra et sera (en principe) porté sur le sourire, mais surtout,... il grandira. Son cerveau, sorti du sommeil paradoxal, y replonge quelques instants plus tard. Une phase de retour au sommeil à rêves qui est aussi celle qui encourage le mieux la fabrication d'une hormone de croissance...
Et voici comment un phénomène biologique (un sourire automatique que la mère interprète comme un message explicite), destiné à mettre deux êtres en synchronisation affective, sert aussi de support à des mécanismes biologiques essentiels : "l'amour fait grandir les bébés", glisse Cyrulnik.
Comportement acquis ou inné ? "Ce débat est dépassé. Il faut 100 % d'inné et 100 % d'acquis pour faire un beau bébé. Ce n'est pas parce que j'écoute La Tosca tout les jours que mon chien la fredonnera. Il faut une "promesse génétique" pour devenir homme. Mais sans l'environnement affectif, intellectuel un bébé est en danger".

"La naissance du sens", Boris Cyrulnik, Hachette editeur

Voir le monde et le penser
Roger Lécuyer
La tête blonde est au boulot. Sur son petit trône expérimental, isolé par un rideau manière photomaton, monsieur bébé se retrouve face à un écran vidéo et une ronde de lapins verts qui jouent à cache-cache avec son ragard. Pas courant à trois mois. Surtout quand à l'autre bout un système permet de superposer le bébé-regard sur l'écran que surveille un chercheur. Enjeu : savoir si les bébés ont une perception du monde dépendante de leur connaissance. Débat intellectuel ? Demandez donc à une mère s'il lui est indifférent de savoir que son bébé continue à la "percevoir" même si aux yeux du petit elle vient de prendre l'aspect terrorisant d'un corps sans tête puisqu'elle enfile un pull-over.

"Que les très jeunes bébés soient capables de concevoir qu'un objet continue tout de même à exister, même s'il est caché par un autre est tout à fait nouveau". Roger Lécuyer, professeur au laboratoire de psychologie et du développement de l'enfant (Université Paris V-CNRS) a refait ces expériences américaines, mais en deux dimensions, avec des objets stylisés sur des écrans vidéo. Pour obtenir le même constat, à l'encontre des thèses de Piaget. Les chercheur suisse estimait qu'à moins de 6 mois les bébés étaient incapables de cette notion de "permanence" des objets. On observe aujourd'hui le contraire.
"Nous avons besoin de beaucoup de modestie, car il est facile dans une expérience de masquer un comportement ou d'empêcher un enfant de livrer sa vraie décision", souligen Lécuyer
A 5 mois, les bébés sont ainsi capables de suivre des yeux un nounours qui va se cacher derrière des obstacles. Mais si on leur demande de soulever un cache parmi plusieurs, ils se trompent souvent. Incapacité ? On l'a cru. En fait on s'aperçoit aujourd'hui que la chaîne complexe des gestes qui permet de débusquer le petit ours est soumise à une inertie plus grande que le regard. Les yeux suivent bien le trajet variable de nounours, et le bébé "sait" où il se trouve. Mais le cerveau moteur ne coordonne pas le geste à réaliser pour soulever un cache différent de l'essai précédent.
Lécuyer compare les bébés à des astronomes, qui observent le monde à distance, avec leurs sens, sans pouvoir influer sur la réalité. Ils n'ont guère besoin d'être programmés pour réaliser leurs apprentissages, les sens leur permettant très vite d'acquérir une bonne représentation de ler environnement.

"Bébés astronomes, bébés psychologues", R. Lécuyer, Mardaga éditeur


C'est l'enfant qui se construit
Montagner
La scène vous fige devant l'écran. Deux bambins de quatre mois en conciliabule. Sans un regard pour leurs pauvres mères. Et voici que je te regarde, que je crie ou que je tapote du pied contre ta chaise. Mais certainement, j'en ai autant pour toi, et d'ailleurs si tu regardes ailleurs, je hurle...
Que celui ou celle qui n'a jamais douté de l'aptitude de son enfant à soutenir de telles communications à un âge aussi précoce aille constater les faits à l'Unité 70 de l'INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale), à Montpellier. Son directeur, Hubert Montagner, y montre que nos marmots s'y entendent comme personne pour prendre en charge leurs propres compétences. Si l'on leur donne le moyen de les exprimer, et des compagnons pour les exhiber.
"L'enfant est capable de révéler très tôt de capacités complexes. Des comportements qui reposent sur des gestes chargés de sens, et que l'on retrouvera à la base des processus d'interaction avec les autres, pendant des années". Des modules de base du comportement que Montagner nomme "organisateurs du comportement". Fondations gestuelle de l'enfant, ils deviendront par la suite gestes d'offrande, de sollicitation, de refus.
L'équipe de Montpellier a montré que des enfants de un an, mis en confiance dans un espace adapté à leurs possibilités de déplacement, ont des interactions sociales dès la mise en place de la motricité. Ils marchent, ils communiquent. Comme s'il existait un lien entre le fait de se mouvoir et le fait de s'intégrer dans un groupe. Un phénomène qui se produit dans le contexte de la vie ordinaire vers l'âge de deux ans.
"L'important est ici que le bébé ait l'occasion de découvrir ses propres compétences, qui existent très tôt mais aussi de les montrer aux autres", souligne Montagner.
Inutile de tenter de renouveler ces expériences sur nos petits génies. "L'enfant doit rester l'acteur de son développement", précise le chercheur.
Une règle que les parents-spectateurs peuvent suivre, en prenant le temps de le "regarder faire" leur enfant dès les premiers mois, et en le mettant en confiance dans son espace de jeu.

"L'enfant acteur de son développement", Hubert Montagner, ed Stock

Programmé pour rencontrer les autres
Jacques Mehler

Maternité Baudelocque, à Paris. De la pièce du fond filtre une litanie en japonais. Dans un local protégé des perturbations extérieures, une tétine résiste aux assauts d'un nouveau-né de deux jours.
"On joue sur le réflexe de succion de l'enfant. Quand il tête, l'ordinateur le détecte et lui fait écouter le mot suivant" commente Josiane Bertonsini, du laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique
En japonais ?
" Nous voulons savoir s'il est capable de détecter des structures complexes particulières au japonais, les morae (unité de base variable, entre la syllabe et la lettre). S'il les reconnait, il tête d'avantage."
Ce travail de l'équipe de Jacques Mehler, directeur de recherches (CNRS-EHESS) a déjà montré qu'un bébé de deux jours est tout à fait capable de séparer des mots de deux et de trois syllabes, dans une langue fictive imitant le français.
Car Jacques Mehler est persuadé que quelque chose, dans le cerveau de l'enfant, le prépare à acquérir le langage. "Le bébé est capable de reconnaître la voix de sa mère après deux jours, mais aussi de classer des sons très différents, mots ou signaux musicaux", explique Mehler. Une capacité à distinguer les contrastes ténus entre les sons, à ses yeux d'origine génétique.
Paradoxe, toutefois, c'est en "oubliant" certaines de ces compétences que le bébé va apprendre. Il va commencer à négliger certains contrastes inutiles, simplifier et automatiser son écoute, pour ne plus tenir compte que des différences en usage dans sa langue maternelle.
"Il existe une richesse conceptuelle formidable chez le bébé, pour les sons, la vision, les calculs même, mais il faut le rappeler, un bébé coupé du reste du monde ne fera rien de ce potentiel vertigineux", ponctue le chercheur.
Chez certains oiseaux, des oisillons ainsi élevés en isolement ne produisent que deux syllabes sifflées. Si par apprentissage extérieur on leur en inculque une troisième, prise au hasard dans le répertoire de 52 syllabes de l'espèce, ils débloquent alors subitement toute la gamme, et se mettent à piailler aussi aisément que leurs congénères élevés en groupe. Comme si l'apprentissage était programmé, tout en dépendant étroitement de rendez-vous obligatoires avec l'environnement", poursuit Mehler.

"Naître humain", Jacques Mehler, Odile Jacob ed.







Les ride de l'univers

texte/entretien avec Stephen Hawking
mai 1992

Des rides sur l'Univers

Jusqu'à l'aube de ce siècle, on pensait que l'Univers ne changeait guère avec le temps. Les théologiens et les philosophes débattaient d'ailleurs pour déterminer si l'Univers avait toujours été là, ou bien s'il avait été conduit à apparaitre dans un passé plus ou moins récent. Comme il n'y avait guère d'observations concluantes pour trancher dans un sens ou dans l'autres, les chercheurs élaboraient leurs théories sur du sable.

La situation fut complètement modifiée au début des années 20, quand l'astronome Edwin Hubble découvrit que l'univers était en expansion continue : les galaxies lointaines s'éloignent de nous, et plus elles sont loin, plus elles s'éloignent rapidement.
Puisque les galaxies s'éloignent ainsi les unes des autres, elles doivent fatalement avoir été plus voisines dans le passé. Si l'on remonte à contre-sens le film de l'expansion de l'univers, il y a environ 15 milliards d'années, les galaxies ont ainsi dû être entassées les unes sur les autres. Des travaux mathématiques que Roger Penrose et moi avons menés ont montré qu'en accord avec la Théorie de la Relativité Générale d'Einstein, cet instant doit correspondre à ce qui s'appelle une singularité, un endroit où l'espace et le temps eurent un début ou une fin. Dans ce cas, il s'agit évidemment d'un début, le Big Bang.

Une forte évidence que l'univers débuta avec le Big Bang s'imposa en 1965, avec la découverte d'un bruit de fond de radiations micro-ondes, venant vers nous de toutes les directions du cosmos. Si vous dérèglez votre téléviseur, et le maintenez sur un canal vide de tout signal radio en provenance d'un satellite, quelques pour cent du bruit de fond et de la neige que vous voyez sur votre écran proviennent de cette rumeur, du bruit de fond de l'univers. Ce rayonnement est une sorte de fossile, ce qui reste comme trace à travers le cosmos de la boule de feu qui a existé, un bref moment après le Big Bang.

Un élément remarquable de ce bruit de fond consistait en son uniformité. Il paraissait rigoureusement le même, quelque soit la direction dans laquelle on regarde, du moins dans la limite des capacités de mesure des instruments dont nous disposions. Une explication plausible de ce caractère étrangement homogène fut proposée en 1981 par le physicien Alan Guth, du Massachussets Institute of Technology de Boston (Etats-Unis). Il suggéra que que l'univers initial, à son premier instant aconnu ce qu'on apelle une période d'inflation, doublant de volume à chaque fraction de sseconde, juste cmme les prix doublent tous les quelques mois dans certains pays. Cette folle croissance aurait rendu l'univers et le rayonnement fossile très calmes et homogènes, identiques dans toutes les directions de l'espace. Pourtant, j'ai montré à cette époque, et d'autres scientifiques sont parvenus aux mêmes résultats, que cela n'était pas possible. L'univers et le rayonnement fossile ne pouvaient pas être tout à fait homogènes, nous disaient les calculs. Il devait y avoir de petites irrégularités dans la distribution de la matière et des rayonnements d'énergie dans l'univers primitif. Avec le temps, ces irrégularités seraient devenues des lieux de croissance, obligeant la matière à se rassembler, à s'agglutiner pour former des galaxies, des étoiles, des planètes.

Depuis longtemps, les astronomes mesuraient le rayonnement fossile de manière de plus en plus précise, de façon à mettre le doigt sur ces infimes variations d'intensité avec la direction, qui devraient se produire si la théorie de formation de notre univers primitif et des galaxies est correcte.

Jusqu'à présent, suspense : ils n'avaient rien trouvé. Et cela devenait plutôt embarassant : si la précision des mesures avait encore progressé un peu sans que l'on ne trouve rien, nous aurions dû conclure que nos theories et nos représentations de l'univers primitif étaient fausses.

Heureusement, les derniers résultats du satellite COBE montrent le genre de fluctuations du bruit de fond qui étaient attendues par les théoriciens. Et ceci est excessivement important. Cela confirme confirme nos théories sur les premiers instants de l'univers, et comment des structures comme les galaxies, les étoiles, les planètes et même les hommes vinrent à exister dans un univers qui pourtant, à l'origine, était homogène. Cette observation est comparable, par son importance, à celle de l'expansion de l'univers ou la mise en évidence du rayonnement fossile.

Stephen Hawking





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T'as quel âge, l'univers ?

Big Bang 
mai 1992

Avez-vous remarqué ? Les galaxies continuent de ronronner, la lune de nous narguer, et le soleil de se coucher à l'heure. Comme si un petit satellite de la NASA, besognant depuis plus de deux ans à traquer dans l'ombre du cosmos les séquelles du grand boum n'avait pas mis l'autre semaine le petit monde de l'astronomie en émoi. "Ouf", a-t-on entendu, dans un colloque du côté de Washington. C'est qu'après plus de deux ans, le satellite COBE qui s'obstinait à ne rien déceler, a enfin bien voulu, quelques règlages aidant, livrer aux scientifiques le portrait robot qu'ils attendaient de l'univers . "Dessine nous le big bang", lui demandaient-ils depuis 1989, à la manière du Petit Prince s'obsédant d'un mouton. Et voilà. Ils sont comblés. Le rayonnement résiduel, très faible mais omniprésent dans le cosmos, une des traces les plus tangibles du fameux big bang par lequel notre monde a commencé son histoire, n'est plus un vilain fond gris. Depuis quelques semaines il dessine de jolis nuages roses. C'est tout ?

"C'est énorme, estime George Smoot, astrophysicien à Berkeley. Si vous êtes croyant, c'est comme regarder Dieu en face". "C'est la découverte du siècle, peut-être de tous les temps", annonce pour sa part le célèbre théoricien Stephen Hawking, de Cambridge, en Grande-Bretagne.

Commentaire inhabituel, pour un homme respecté, immobilisé dans sa chaise par une redoutable maladie nerveuse et d'habitude peu enclin à dégainer le superlatif. "Cela vaudra sûrement aux découvreurs le prix Nobel", assène-t-il.
Vrai, Hawking et ses confrères théoriciens ont quelques raisons de s'égosiller de bonheur. Ce que le satellite de la NASA vient d'appercevoir, ces irrégularités de la rumeur du big bang, quelques chercheurs les avaient déjà reniflées. Dans leurs équations. Et depuis le grand Pythagore, en physique, il n'existe pas meilleure confirmation pour une théorie que de constater de visu des faits, jusque-là inconnus, mais frappés en chifres d'or par la seule astuce du calcul. Comme les chefs de gare qui aiment les trains à l'heure, les découvreurs ne respirent que pour la géniale trouvaille attendue, clef de voûte de leur cathédrale théorique. Imaginez l'électrochoc quand la découverte en question porte sur la formation de l'Univers soi-même.

Mais, dira-t-on, émise au début de ce siècle, la thèse du big bang a déjà quelques décennies de vol à son compteur. Et ce concept a même été passablement galvaudé lors de sa diffusion vers le public, puisqu'aujourd'hui, on nous sert même du big bang en chanson (Julien Clerc). Alors, quoi de neuf sous le soleil ?

Ce qui se chuchotait à peine, ces dernières années, c'est que la thèse du grand boum initial, si elle était encore dominante, commençait à essuyer de redoutables tirs de barrage. Nombre d'astronomes relevaient dans leurs filets des observations qui cadraient mal avec la théorie reine. Et parmi les épines les plus profondément fichées dans la semelle du big bang, trônait l'aspect désespérement homogène de la rumeur de la création du monde, ce fameux rayonnement fossile.

Comment, en effet, expliquer que des galaxies aient pu grapiller de la matière pour se former, alors que tout ce qu'on mesurait jusqu'ici suggérait que le grand flash initial avait été parfaitement lisse et homogène ? C'est comme si des grumeaux se formaient tout d'un coup, sans raison, dans une soupe jusque-là bien onctueuse. Impossible. Il devait déjà y avoir dans ce potage-là des irrégularités, de minuscules graines de grumeaux, susurraient les équations têtues. Les dents des fourchettes sont trop écartées, les instruments de mesure trop peu sensibles, expliquaient les astronomes. A moins que la théorie du big-bang soit imparfaite, risquaient d'impertinents chercheurs, qui déjà s'attablaient pour écrire d'autres biographies à notre monde.

Ce match des théoriciens est aujourd'hui réglé. En mesurant dans l'espace ce qu'aucun instrument n'avait encore détecté depuis la Terre, COBE a déclaré le big boum vainqueur par K.O. "Nous sommes morts", a même dit, bon joueur, l'un des opposants. Le halo résiduel du grand flash, vieux de 15 milliards d'années, n'est pas homogène du tout, a déclaré ce robot, promu juge de paix intersidéral. Ce bruit porte bien en lui les marques des irrégularités qui donnèrent naissance aux amas de matière, aux galaxies, aux étoiles, aux planètes, à la vie, et à l'homme. cela peut paraitre rassurant. Mais à propos, d'où viennent ces rides, comment sont-elles apparues, pourquoi ?

On ne vous l'avait pas dit ? La quète du Saint Graal astrophysique continue, plus que jamais. (voir les réponses de Trin h Xuan Thuan). Sur des raidillons de l'espace-temps qui prennent plus que jamais l'allure d'un grand jeu de l'oie cosmique : quand on croit toucher le but, on se retrouve à la case départ, ou presque !



La mélodie secrète
de Trinh Xuan Thuan

La découverte de COBE, c'est un choc ?
C'est une observation formidable, extraordinaire, qui apporte une confirmation très forte à la théorie du big bang, car elle vient compléter nos informations sur l'étape de formation des galaxies, qui a conditionné celle des planètes, des hommes. Si l'univers avait été homogène à ce moment là, nous ne serions pas là pour en parler.
Nous avons maintenant une "image" de ce qu'était l'univers 300.000 ans après sa création. C'est la plus vieille que nous puissions obtenir, car avant ces 300.000 ans, l'univers nous est dissimulé par un mur opaque. Les électrons étaient libres et entravaient le parcours des photons, les particules de la lumière

Cette découverte affecte-t-elle vos travaux ?
Elle concerne tous les astronomes, mais il reste beaucoup d'autres questions. Comme celle de la masse manquante. Si on veut savoir ce que deviendra l'univers, s'il poursuivra son expansion sur la lancée du big bang, ou bien s'il s'arrètera à un moment pour s'effondrer sur lui même (grand effondrement ou big crunch), il faut déterminer sa masse. Mais nous avons là un problème. La masse visible de l'univers (les étoiles et les galaxies) ne représente qu'un pour cent de la "masse critique" nécéssaire pour stopper l'expansion de l'univers. En extrapolant la masse invisible dont en sent les effets sur les mouvements étoiles et les galaxies, on arrive à 10 % du total nécéssaire. Il nous manque donc aujourd'hui 90 % de la masse de l'univers pour parvenir à la masse critique. Où est-elle ? Est-elle constituée de matière très difficile à détecter, comme les neutrinos et d'autres particules ? Ou alors organisée dans des corps célestes invisibles, comme les trous noirs ou les naines brunes, ces étoiles manquées ? Parce que nous ne connaissons pas la nature de cette masse manquante, nous ne savons pas comment sont nées les galaxies, ni comment elles ont constitué cette fantastique tapisserie cosmique.

Le big bang est-il le bon scénario ?
Jusqu'à nouvel ordre, c'est celui qui décrit le mieux l'univers avec les informations dont nous disposons actuellement. Mais tout peut être mis en question si une nouvelle observation vient contredire le big bang.
Comme il y a eu jadis les univers magiquee, mystique, mathématique, géocentrique, il y aura, dans le futur, une longue série d'autres univers qui se rapprocheront toujours davantage du véritable Univers. Mais je pense que nous ne l'atteindrons jamais.
Cela dit, tout nouveau modèle devra intégrer les éléments du big bang, comme la physique d'Einstein a incorporé les acquis précédents de celle de Newton.

Alors COBE n'a pas vu la trace de la main de Dieu ?
Pour donner un sens à l'Univers, il faut qu'il y ait une conscience capable d'apréhender sa beauté et son harmonie. Pas forcément notre forme de conscience d'ailleurs. C'est ma conviction. Les réglages de cet Univers sont à mes yeux trop fins pour être les résultats du seul hasard. Mais je ne pense pas que nous accédions un jour au secret de la vraie nature de l'Univers. La mélodie secrète des choses nous restera à jamais dissimulée, même si nous pouvons nous en rapprocher de plus en plus par différents moyens.

Trinh Xuan Thuan, astrophysicien à l'université de Virginie, est l'auteur de "La mélodie secrète", (Ed Fayard) et livre son point de vue dans "Un astrophysicien : entretiens avec Jacques Vauthier "(Ed Beauchêne-Fayard).



big bang : une théorie à vertiges
En un instant tellement bref qu'il est impossible de le décompter, fut le Tout, partout. Durant ce frémissement, qu'étaient les forces qui gouvernent l'énergie et la matière ? Nul ne le sait. Entre zéro et zéro secondes et 43 chiffres après la virgule, notre physique est aveugle. Sur les dessins, par commodité, on représente le "gros boum" comme un point qui explose, poussant vers un futur joliment coloré et la droite de la page, l'organisation de la matière et du monde. Une image qui n'a, en fait, pas grand chose à voir avec le premier vagissement de notre Univers. Les équations le suggèrent : le big bang a eu lieu, partout, simultanément, en tout point d'un univers qui était déjà immense et Tout, puisqu'en dehors de lui, rien n'existait...
"Rien a voir avec une explosion... On ne sait pas si l'univers était fini ou infini, mais peut importe, la température dépassait cent milliards de degrés", explique le prix Nobel de physique Steven Weinberg, dans "Les trois premières minutes de l'univers" (Seuil). Peu à peu, ce halo d'énergie s'est refroidi, permettant aux particules, aux forces, à la matière d'apparaître. Nos meilleurs télescopes, ne peuvent guère nous aider à contempler cela. En contemplant au loin, comme COBE, ces images qui nous parviennent du passé à la vitesse de la lumière, ils ne pourront jamais voir au-delà du 300.000 anniversaire du monde. Avant, les électrons, libres, empêchaient la lumière, les photons, de se propager. Il n'existe pas d'image de ce monde-là.
Y-a-t-il vraiment eu un moment zéro avant lequel il n'existait rien, s'interroge Hawking dans son best-seller, "Une brève histoire du temps" (Flammarion). Difficile à nos esprits habitués à décompter le temps, à voir naître et mourir des êtres, d'échaffauder une vision d'une histoire sans point originel. Les mathématiques le peuvent, avec des notions de limites. Tentons un exemple grossier. L'horizon fuit devant nos yeux au fur et à mesure que nous montons les marches de la tour Eiffel. Très vite, on s'apperçoit que pour voir un peu plus loin, par-delà les collines de St Cloud, il faut monter bien plus haut qu'au début. Extrapolons : si l'on utilisait tous les matériaux disponibles sur cette Terre, pour bâtir une tour immense, on ne verrait guère plus loin que l'horizon situé sur le rayon central de la planète. En tous cas, on ne verrait jamais l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Et s'il en était ainsi pour notre Univers ? Un monde en géométrie sphérique, dont l'horizon est le brouillard du big bang ?
Dans cette perspective, Hawking imagine un univers sans début et sans fin, en perpétuelle croissance puis effondrement, dont aucun Dieu n'aurait eu à choisir les lois. D'autres physiciens envisagent encore que le début de notre univers correspondrait à la formation d'un trou noir, dans un autre monde. Enfin des astronomes comme Trinh Xuan Thuan demeurent persuadés que l'objet de l'univers est l'apparition de la conscience, et que le sens secret du monde échappera toujours à la science. Mystique ou matérialiste, chacun voit donc le big bang à sa porte. Avant un éventuel grand effondrement (big crunch), il reste quelques milliards d'années pour ce débat.

Cobe : le héros des étoiles
Les astronomes sont des gens simples. Depuis Gallilée, tout ce qu'ils réclament, pour explorer le Monde, ce sont des lunettes, des machines. Et avec COBE (Cosmic Background Explorer), c'est un satellite à remonter le temps que les chercheurs du Centre Goddard de la NASA et de Berkeley ont imaginé. Lancé à la fin de 1989, et placé sur orbite à 900 km d'altitude, le satellite est tellement sensible qu'il doit en permanence se réfugier dans l'ombre de la Terre, à l'abri des ardeurs solaires. Dix mille fois plus sensibles que les instruments utilisés jusque là, ses bolomètres (thermomètres de très haute précision) sont capables de mesurer le cent-millonième de degré. Pour cela, ils baignent dans 600 litres d'hélium liquide, à moins 271,2 degrés C. Ce congélateur en orbite compare le rayonnement fossile de l'univers, le même que celui qu'émettrait un corps noir chauffé à 3 degrés K, c'est à dire moins 270 degrés C, dans toutes les directions de l'espace. Cette rumeur radio-électrique, qui nous provient de l'univers quand il avait environ 300.000 de nos années, est la première "image" qui nous est accessible du cosmos. Un bruit de fond qui correspond à la subite apparition de la matière organisée, dans une sorte de flash.



A l'intérieur de Biosphère

octobre 1992
Carnet de bord dans Biosphère 2

Voyage dans un autre monde
Linda Leigh, 40 ans, responsable des écosystèmes terrestres de Biosphère 2 (un monde en miniature, en Arizona)

26 septembre 1991
Le soleil se couche, laissant une chaude lumière m'enrober. Je suis assise au bord des falaises qui surplombent notre océan, et je regarde les deux mondes, celui de l'intérieur et de l'extérieur. Mon premier acte officiel de ces deux années d'enfermement a été de délivrer une longue pluie (par le système d'arrosage) à chaque biome (système écologique et climatique complet, comme la savane, ou la forêt tropicale). Le voyage peut commencer.

8 octobre
Rencontre avec Tony, à la limite du désert, pour discuter comment réveiller la vie dans cet espace, à l'approche de l'hiver. Nous arroserons une fois par semaine, et surveillerons les plantes clefs de ces écosystèmes arides.

15 octobre
Chaque matin, nous lisons avidement les courbes de nitrates dans l'océan et de gaz carbonique dans l'air que crachent les ordinateurs. Aujourd'hui on peut y lire l'impact de la récolte de cacahuètes effectuée hier. A l'entrée de l'hiver, je me sens comme un pélerin abordant un monde inconnu.

12 novembre
Mon quarantième anniversaire. Un groupe de visiteurs me l'a souhaité à travers la vitre. Je n'aurais pas cru que cela puisse me faire aussi chaud au coeur !

15 novembre
Jamais je n'ai regardé les plantes de cette manière. J'essaie sans cesse de deviner comment chaque espèce va réagir aux variations de saison et de teneur en gaz de l'air. C'est une obsession.

12 décembre.
Je fais la cuisine. Mark a pu me ramener des herbes du potager, pour relever les plats. Comme d'habitude, j'entre les quantités de chaque ingrédient dans le système électronique de gestion des régimes alimentaires, qui évalue nos rations de calories, de graisses, de protéines, de sucres, de minéraux, de vitamines.
Un peu plus tard, je fais de l'exercice sur une bicyclette de musculation. Ai-je mangé assez de calories pour pouvoir m'octroyer le plaisir de cet effort sans risquer de perdre encore quelques grammes ?

1-er janvier, le Nouvel An
J'ai communiqué avec des gens tout autour du monde, par l'intermédiaire du système vidéo. Notre petite fête a été arrosée d'alcool de riz fermenté, que nous avons produit nous-mêmes, à partir d'une vieille recette népalaise. En buvant, je ne puis m'empêcher de penser que l'adaptation de la culture du riz de cette technique de fermentation à Biosphère 2 a nécessité quatre bonnes années de patience.

10 janvier
Mesures du taux de gaz carbonique contenu dans le sol de la forêt humide. Relevé d'échantillons et analyses au laboratoire.

7 mars
Je suis effondrée par la mort du galago. Le petit lémurien tropical m'était très cher. Dans biosphère 2 nous constatons la mort des animaux très vite. Et chaque extinction d'espèce est cruellement ressentie, comme elle devrait l'être sur la Terre, Biosphère 1. Au dehors comme ici, à l'intérieur, à part ces espèces vivantes, il n'y a rien. Et chaque disparition est un vrai drame qui nous rapproche du néant.

27 mai
Récoltes de blé, ce matin. Par contre, nous manquons de féculents : patates, riz, plantain... Nous aurons bientôt besoin de place pour planter le sorgho.
J'ai toujours des difficultés avec le système générateur de pluies, du côté de la savane. Je suis contrainte d'arroser à la main les endroits qui restent secs. Harassant. Les caféiers, sur le versant ouest de la montagne, ont refleuri. J'imagine déjà les bols de café au lait que nous allons pouvoir nous offrir...

20 juin
Encore un jour avant de déclencher les pluies d'été. Nous pourrons ainsi collecter des échantillons d'air, de sol, et prendre des photographies avant et après la fin de la dormance. Pour effectuer les comparaisons.

26 septembre
L'anniversaire de notre entrée, le vrai "Nouvel An" de Biosphère 2. Ma première action, en me levant, a été d'offrir une belle pluie, bien dense, à tous les biomes. C'est pour moi une célébration des cycles de la nature, mais aussi de l'esprit humain. L'esprit qui nous conduit à créer, à ne jamais cesser de nous interroger, et à ne jamais laisser tomber la vie.



Nous connaissons plus d'un qui aimerait se transformer en grenouille, pour se glisser dans la forêt de Biosphère 2 et voir de près comment vivent, travaillent et s'entendent les occupants de la galère de verre échouée en plein Arizona.
C'est le 26 septembre 1991 que les huit volontaires ont bouclé la porte de leur vivarium géant pour un voyage immobile de deux années. Depuis, le mystère plane sur l'aventure. Pourtant leur prison est de verre, et des dizaines de milliers de touristes ont pu les observer de l'extérieur. Les communiqués de presse pleuvent, et les conférences ne manquent pas.
Mais cette transparence de façade n'a pas dissipé le malentendu qui s'est installé entre les explorateurs et le reste de la planète.
Présentée comme une affaire scientifique au départ, Biosphère 2 ne s'est pas vraiment donnée les moyens de cette ambition. Toute l'énergie créatrice était en fait investie alors dans la réalisation du vaisseau de verre, de ses écosystèmes, et à l'attraction des hordes touristiques payantes.
L'information préliminaire sur le projet a elle aussi été négligée. Quand on a appris, parfois par des fuites, que les naufragés volontaires étaient partis dans leur île avec des réserves de nourritures pour plusieurs mois, que l'énergie leur était fournie par une centrale électrique, qu'un ventilateur avait été mis en route pour renouveler une partie de l'air, ou encore qu'une Biosphérienne était sortie quelques heures pour aller se faire soigner à l'hôpital voisin, des critiques se sont hâtés de brûler le joli jouet que lui avait fait miroiter le milliardaire....
Est-ce raisonnable ? Il est vrai que les Biosphériens ont un peu trop tendance à escamoter les problèmes matériels, psychologiques, ou relationnels, et ont tendance à servir des réponses évasives à tous ceux qui les interrogent. Agaçant. Certes encore, Biosphère 2 n'est pas une expérience de laboratoire, mais plutôt à un processus d'exploration empirique. Mais de par le monde, un certain nombre de scientifiques, dont le groupe qui vient d'examiner la situation, jugent qu'au prix de quelques modifications, les données que l'on pourra tirer de l'affaire valent la peine d'être étudiées. Quitte à imposer des procédures plus strictes lors des prochaines missions à bord de l'autre Terre.
Pour l'heure, les Biosphériens voient baisser leur taux d'oxygène et augmenter celui du gaz carbonique. Leur stock de nourriture est réduit. Passeront-ils l'hiver à bord ?

Carbone 60 (1992)

Carbone 60
octobre 1992



1985. Texas. Il est tôt, maintenant. Le soleil va se lever et la nuit est fichue. Mais à jouer du ciseau et à s'acharner avec son tube de colle, dans le salon de sa maison, Richard Smalley a fini par gagner. Avec Harry Kroto, de l'université britannique du Sussex, le chercheur américain contemple l'incroyable boule de papier érigée sur la table. On dirait un jeu de gosse, un puzzle de premier de classe, fait d'hexagones et de pentagones. Les morceaux de carton sont de travers, mal coupés. Mais malgré la fatigue, les deux scientifiques ont les yeux rutilants d'excitation. Ils tiennent leur solution, ils en sont sûrs. C'est beau et simple, avec ce parfum d'évidence propre aux vraies découvertes. Bien sûr, il faudra vérifier, passer ces satanées molécules à la cristallographie, dès qu'on en aura recueilli quelques milligrammes au fond des éprouvettes.

Mais tout concorde, le nouveau carbone qu'ils traquent ne peut ressembler qu'à cela, à cette sorte de ballon de football de papier. Une cage creuse, la seule solution pour assembler 60 atomes de carbone en respectant les propriétés de la matière. Une molécule chimique incroyable, mais pourtant naturelle, que Kroto flaire depuis des années et que Smalley est le premier a avoir obtenue dans son labo de la Rice University. C'était quelques jours auparavant. Depuis, les deux chimistes tentent d'imaginer la forme du lièvre inconnu qu'ils ont levé, afin d'en comprendre les propriétés si surprenantes. Des caractéristiques électriques et physico-chimiques qui pourraient bien révolutionner la science de cette fin de millénaire, de la thérapie anti-cancéreuse à l'électronique, en passant par les transports, les matériaux, les batteries.

Que pèsent quelques heures de sommeil perdues quand on vient de mettre la main sur la plus inattendue des structures de la matière ? Ni diamant, ni graphite, jusqu'alors les deux seules formes moléculaires connues du carbone pur, mais une solution différente, et si logique... Comment a-t-on pu si longtemps errer à côté de l'évidence ?

Vite un nom ! Il faut le baptiser, le nouveau venu. Tout à son élan de découvreur, Kroto n'hésite pas : "Buckminsterfullérène", lâche-t-il. D'où vient ce nom barbare qui va faire bégayer tous les lecteurs du monde ? "D'un architecte précurseur, Buckminster Fuller, qui réalisa le dôme géodésique de l'exposition universelle de Montréal, en 1967, en respectant les mêmes lois que celles du C60. Une sphère approchée, faite de pentagones et d'hexagones, avec 60 sommets, une perfection", se souvient Kroto, marqué par sa ballade dans le bâtiment. "Un simple icosahèdre tronqué" proteste un mathématicien. Plus vulgairement, un ballon de football, puisque c'est de cette manière que l'on assemble les morceaux de cuir pour en faire une boule bondissante. Mais il est vrai que ni Britanniques ni Américains ne prisent suffisamment le penalty du samedi soir pour attribuer à ce Graal de la chimie le nom vulgaire de "footballène".

Dans les laboratoires c'est pourtant ainsi qu'il va peu à peu se populariser, ainsi que sous le diminutif plus comestible de "Buckyball". Etonnement, pourtant, des deux "découvreurs". Leur trouvaille, publiée en 1886, ne suscite qu'un enthousiasme limité. Le petite boule de carbone n'y peut rien. C'est la technique de production de Smalley qui est en cause. Pour ingénieuse qu'elle soit, la transformation du graphite feuillu en footballène sous l'impact ravageur d'un laser, le tout sous une atmosphère d'hydrogène et d'azote, n'est pas assez productive. Les quantités de C60 obtenues sont trop faibles pour que la ruée des laboratoires ait lieu. Ce n'est qu'en juillet 1990 que le feu est brutalement bouté aux poudres. Wolfgang Kratschmer en Allemagne et Donald Huffman aux Etats-Unis font passer un arc électrique entre des électrodes de graphite dans une chambre à vide. Ce qui dépose sur les parois des quantités énormes de C60 et de C70, autre variété de fullérène, aux allures de ballon de rugby.

Désormais produit en assez grande quantité pour pouvoir être analysé directement, le C6O envahit les laboratoires, sous les formes les plus excentriques. Car les boulettes de carbone cachaient bien d'autres structures sous leurs jupes. Le grand "zoo" des fullérènes comporte aujourd'hui des dizaines de créatures, depuis le petit C20 (dodécahèdre), jusqu'à C200, en forme de tubulure. Des sous-familles peuplent désormais ce monde étranges. Les boules, plus ou moins ovalisées, se rangent en oignons. Au centre, par exemple, un C60, qui sera pris dans un C 240, lui-même enfermé dans un C 540, et ainsi de suite, jusqu'à l'infini. Ces formes refermées se complètant par leurs versions plus ou moins achevées, dont les surprenants tubes.
On peut entrevoir les applications hallucinantes de ce genre de mécano chimique.

Si le petit boulet de C60 est extrèmement stable, plus solide que l'acier, mais chimiquement très actif car entouré d'une nuée électrique qui ne demande qu'à interagir, on pourra lui greffer toutes sortes de compléments pour lui assigner des missions prestigieuses. Doté d'anticorps spécifiques, ils pourra reconnaître des cellules cancéreuses, s'y fixer. Activé par un laser, oxygéné, il deviendra un tueur de ces mêmes cellules.
Il pourra aussi transporter, tel un blindé, une substance fragile, une hormone, un peptide, devenant un missile capable d'acheminer un médicament périssable jusqu'à un organe distant. En électronique, les tubes de carbone, dopés, pourraient former de nouveaux semi-conducteurs, ou délivrer plus rapidement les électrons, pour augmenter la vitesse des ordinateurs. Dans le domaine des matériaux, les fibres de carbone pourraient devenir plus résistantes que le diamant. L'ingénieur Albert Legendre rêve déjà d'installer ainsi un câble de carbone de 40.000 km entre le sol et un satellite en orbite géostationnaire, pour s'y rendre en ascenseur. Moins poétiques, les lubrifiants à base de fullérènes, des carburants de fusées, des batteries plus efficaces, une nouvelle chimie de l'hydrogène sont en projet.

"Ces molécules ont des propriétés proprement fascinantes, différentes de celles de tous les autres matériaux... C'est une nouvelle fenêtre ouverte sur le monde de la chimie, un autre continent", souligne Kroto.

En 1991, les publications scientifiques ont livré un ouragan d'informations, de quoi éditer une encyclopédie en 12 volumes. Avec plus de 6 publications par jour, ces travaux ont atteint "un rythme fou, qui rappelle celui des supraconducteurs", constate André Rassat, responsable du laboratoire d'activation moléculaire de l'Ecole Normale de Paris.

Et si l'on ajoute une pincée de hasard, qui sait vers quels horizons nous mèneront ces petites boulettes ? Manuel Nunez Regueiro, chercheur argentin actuellement au CNRS de Grenoble a réalisé du diamant de synthèse à partir de footballène. Accidentellement. La presse dont il disposait ne pouvait pas écraser correctement un gros échantillon de carbone. Essayant tout de même, malgré la mauvaise répartition des pressions, il eut la surprise, vers 150.000 atmosphères, d'entendre un "plop" retentir dans le labo. Inquiet, le chercheur vérifie la coûteuse presse, pour découvrir que son fullérène violacé a viré au jaunâtre transparent : du diamant polycristallin.
Une manière comme une autre de se souvenir qu'il faut parfois oser l'inutile pour trouver l'incroyable. N'est-ce pas en regardant la lumière trop sombre de certains soleils que des astronomes eurent les premiers la formidable intuition de molécules de carbone vomies par des étoiles ? Ensemençant le cosmos...



Rêve new age

automne 1993
REVE

"Bienvenue à l'Institut de la Lucidité et à son enseignement de - Lucid Dreaming (marque déposée) - . Le but de cette méthode est de vous entraîner à avoir de fréquents rêves lucides..." Les premières phrases du livre de formation que Stephen LaBerge destine à ses ouailles sont aussi limpides que l'azur qui surplombe Stanford en ce matin d'été... Car en Californie le vent vient de l'Ouest, méticuleux, déchiquetant chaque jour les brumes humides du Pacifique. Ce faisant, il effleure aussi les collines, au sud de San Francisco, et vaporise sur les campus cet air étrange et léger, cristallin, qui donne des ailes aux plus blasés.

"Le rêve lucide c'est tout simplement quand vous rêvez et que vous prenez conscience du rêve, en direct. On peut s'entraîner à faire durer cet état, et aussi apprendre à contrôler le processus du rêve, à intervenir sur les situations..."

Entre deux âges, mais définitivement doté d'une mine d'adolescent, LaBerge nous introduit à l'intérieur de son saint des saints : un minuscule laboratoire de deux pièces, situé dans la cave du bâtiment principal de la prestigieuse et très technologique université de Stanford. Le local n'est guère impressionnant. Pour l'essentiel, un cabinet noir, cocon isolé des bruits du monde, est orné d'une chaise longue. C'est là que les rêveurs s'assoupissent, enturbannés d'électrodes, pour livrer aux machines inquisitrices les détails intimes de leurs songes. Quelques écrans d'ordinateurs sont là, qui veillent et affichent les courbes des signaux électrique émis par les cerveaux, et des coupes colorées se succèdent en rafales sur les écrans, dénonçant quelles zones cérébrales sont activées...

Des travaux "secrets" sont en cours ici, concède le maître des lieux, qui visent à localiser en trois dimensions les régions du cerveau activées pendant le rêve lucide, mais aussi à explorer les divers "niveaux de conscience" que peut offrir cette pratique...

L'intérêt du rêve lucide,
du moins aux yeux de LaBerge, est double. Explorer autrement la zone interdite de l'onirisme, de ses mécanismes, pour commencer. En supposant que le rêve "éveillé" est de même nature que celui qui refuse de se laisser vivre en direct, on tiendrait là un formidable outil à visiter, à comprendre les mécanismes du rêve. L'autre avantage serait d'aborder la question : à quoi sert-il de rêver chaque nuit en moyenne deux heures durant ? Est-ce là un accessoire ou un élément essentiel de notre vie ? Un terrain où les avis sont très partagés.
Mais d'abord, peut-on être certain que l'on est bien plongé dans un rêve lucide ?

"Ce n'est pas simple, concède LaBerge. La conscience de ce que l'on est en train de faire est un phénomène complexe, et suspect. On ne peut prendre une simple affirmation, un récit de réveil pour argent comptant. Mais nous avons trouvé un procédé quasi infaillible. Nous convenons d'un code avant le sommeil, toujours le même. Et lorsque le dormeur est conscient de son rêve, il fait le signe..., en direct."

Deux mouvements des yeux, alternativement vers la droite et la gauche ont ainsi été retenus pour établir le contact entre l'Atlantide onirique de l'assoupi et les machines analysantes et scrutantes du petit labo. Essentiellement parce que des électrodes sont déjà placées près des paupières closes : les mouvements des yeux, intenses et erratiques sont en effet caractéristiques de l'une des phases du sommeil, le REM (Rapid Eyes Movements) ou sommeil paradoxal (périodes de vingt minutes en moyenne, toutes les quatre vingt dix minutes), pendant laquelle, tous les chercheurs en sont désormais convaincus, le rêve a lieu. Paradoxal car bien qu'endormi au sens habituel du terme, le cerveau est en fait biologiquement bien plus actif que lorsque nous sommes "éveillés".

Par cette technique, LaBerge a montré que l'on pouvait prendre conscience de ses rêves : les signaux convenus des mouvements oculaires sont bien sur les tracés de REM, alors que s'il y avait éveil lors de cette prise de conscience, les courbes montreraient également le sommeil s'interrompant...

Le chercheur fit de cette trouvaille le big bang de sa propre quête. Est-il possible de prendre conscience de tous ses rêves, se demande-t-il depuis dix ans ? La réponse, il en est convaincu, est oui, mille fois oui. Il suffit de se le suggérer, fortement.
"La prochaine fois que je rêverai, j'en prendrai conscience", faut-il se répéter. Il convient également de mobiliser sa conscience en état d'éveil (se dire "je suis conscient" le plus souvent possible dans la journée), et de suivre les conseils et exercices de la méthode évoquée plus haut, qui évoque celle, plus ancienne, du Dr Coué.
Une autre recommandation : investir dans une paire de lunettes "DreamLight" (marque déposée). Leurs petites pulsations lumineuses, déclenchées pendant les périodes de sommeil paradoxal, sont taillés pour être captées par le cerveau pendant les périodes de REM.

"Une lampe de chevet se mettra à clignoter, la foudre à tomber. Ce sera votre façon, en cours de rêve, de percevoir le signal émis par les lunettes, et vous prendrez conscience du rêve", pronostique LaBerge.

AJOUTS (2)
Et aucune inquiétude à avoir : tout le monde peut rêver éveillé, plus ou moins bien, souligne Stephen. Pourquoi ? Et bien tout simplement car notre conscience elle-m^me n'est qu'un rêve, me^me quand nous avons les yeux ouverts. la manière dont le creveau reconstitue le monde est un songe, aux yeux de LaBerge.
"Pourquoi voulez-vous que ce processus s'interrompe la nuit ? Le r^ve nocturne est la suite du rêve diurne, il est différent car le fonctionnement biologique du cerveau n'est pas le même pendant le sommeil, mais c'est bien pour cette raison qu'il est possible d'en prendre consience, de le visiter", insiste le chercheur
FIN AJOUTS (2)

Il en coûte 5000 francs environ, pour acquérir l'engin bricolé dans le mini-atelier de l'Institut...






Seti pas cher

automne 93

SETI
Dans son bureau qui joue les phares et surplombe un campus de Berkeley immergé dans les arbres, Stuart Bowyer déambule nerveusement. Directeur du Centre pour l'astrophysique en ultra-violets extrèmes, et père comblé d'un satellite qui récolte en ce moment des données sur des milliers d'étoiles et de galaxies, il commente la lecture d'un article paru dans la presse locale après l'annonce de sa "découverte". Un "papier" qui laisse carrément penser que la localisation de la lointaine patrie d'E.T. est réalisée...

"Non, non, nous n'avons rien trouvé, nos signaux ne sont que des candidats... Nous avons identifié cent soixante quatre signaux puissants et inconnus, qui ne correspondent pas à des étoiles répertoriées, et qu'il va nous falloir maintenant étudier, vérifier. Ils sont probablement d'origine naturelle, ou dus à des interférences, je ne crois pas un instant que nous tenions là un signal intelligent..."

Avec de petites lunettes que l'on devine vite lancée sur le nez chaque matin, le longiligne professeur a tout du scientifique plus à l'aise dans son laboratoire qu'à l'air libre, face aux turpitudes du monde des Terriens... Peut-être est-ce pour cela qu'il traverse le campus comme une fusée, au volant de sa méchante voiture de sport rouge ?

Mais pourquoi diable un "prof" renommé de Berkeley se met-il à la pêche aux Extra-Terrestres ?

"Il faut prendre des risques, faire du SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence), chercher à détecter une autre forme d'intelligence, qui j'en suis convaincu, existe, c'est notre devoir...", enchaîne Stuart, en écho à notre étonnement.
Depuis trente années, dans la foulée de Frank Drake le visionnaire, certains astronomes ornent les radio-télescopes de circuits étranges, des appareils de détection de signaux radio "artificiels". Des engins capables de différencier le vacarme "naturel" d'une étoile et celui, bien différent, d'un paysage audiovisuel à la sauce E.T. C'est l'âme même du "SETI" : un mélange d'informatique (reconnaissance du signal) et de radio (détection) chargé de déceler une poussière d'aiguille dans le gouffre du cosmos. Imaginez : par une belle nuit, l'oeil humain capte la lumière émise par quelques 3.000 étoiles. Pour avoir une idée du nombre d'étoiles présentes dans notre seule galaxie, il faut tenter de se représenter, derrière chacun de ces 3.000 points, quelques cent millions d'autres astres, invisibles car trop éloignés ! Et ce n'est là que le début de l'infernale multiplication : on estime à 20 milliards le nombre de telles galaxies présentes dans l'univers...

Face à cet infini atterrant, l'amélioration des ordinateurs a peu à peu redonné le moral aux traqueurs d'E.T.. Et il y eut même un joli feu d'artifice médiatique, le 12 octobre de l'année dernière : Avec la complicité du 500-ème anniversaire du débarquement de l'Amiral Colomb, la NASA haussait d'un ton son programme SETI, en mettant en route son MCSA (Multi Channel Spectrum Analyser). Ce gros ordinateur consacré à la détection de signaux radio-électriques non naturels, était relié à la plus sensible des oreilles de la planète : le télescope géant d'Arecibo, sept hectares de grillage d'aluminium tendus dans une incroyable cuvette naturelle, au coeur de l'île de Porto-Rico. Un couple 10.000 fois plus performant que tout ce qui avait été mis en place jusque-là...

"Le problème, c'est le temps. On ne dispose en tout que de cinq pour cent du temps d'observation d'Arecibo pour faire du SETI, ce qui ne permettra en dix ans d'écouter que dans la direction de huit cent étoiles", constate Stuart Bowyer dans un soupir.
D'où une autre idée : mettre au point de petits ordinateurs, ultra-rapides, capables de scruter des millions de fréquences, à installer derrière plusieurs gros radiotélescope de la planète. Le matériel est suffisamment transparent et léger pour pouvoir être placé derrière les expériences classiques des astronomes, et travailler en permanence. Finie, la bagarre pour obtenir des créneaux d'observation. Le Serendip 3, la machine mise au point à Berkeley par Chuck Donelli et Dan Werthimer est une petite merveille d'électronique que n'importe qu'elle autre équipe, travaillant sur les énergies des galaxies ou les jets de matière peut accepter d'héberger, et du coup, gaver de données vingt quatre heures par jour !

Résultat : en quatorze mois de travail trente millions de milliards de données ont été disséquées par ces "Moulinettes" électroniques, et cent soixante quatre signaux "anormaux" ont été repérés.

AJOUTS
Sur la carte du ciel, celle que tiennent à jour les ordinateurs du laboratoire de Berkeley, les signaux suspects forment un mini-univers de points rouges. Des îles perdues dans le silence du cosmos, retenues par la trieuse infernale, parce que leur signal était "anormal". Généralement trop puissant pour cette partie du ciel, compte tenu de ce que laissent supposer les connaissances du ciel.

"Mais vous savez, on peut très bien faire d'autres découvertes", lâche Dan Werthimer.
"Cette électronique ne coûte pas très cher, et on peut s'étonner que l'on aie pas mis systématiquement des circuits de ce type derrière chaque télescope", commente un autre astronome.
Il faut se souvenir que la supernova du siècle, observée le 24 février 1987 par Ian Shelton, a été découverte à l'occasion d'un travail que la plupart des astronomes professionnels répugnent à faire : la calibration d'un télescope, qui consiste à enregistre l'éclat de quelques étoiles, pour construire des références de travail. Fastidieux...
La machine à traquer E.T. serait-elle aussi une machine à balayer les galaxies et à courir la découverte astronomique ?... Stuart serait un cachotier malicieux ?
D'ici un an, le nouveau bébé électronique de Dan Werthimer, Serendip 4 offrira au labo de changer de registre, avec une vitesse de traitement monstrueuse, comparable à celle d'une batterie de cinquante ordinateurs géants Cray 2.
A la différence que la plaque d'électronique ne saura rien faire d'autre que de sonder 140 millions de fréquences chaque seconde et demie !
Sur l'écran de contrôle, les points rouges vont croître et se multiplier.
Le rêve peut-il habiter dans des plaques d'électronique à l'affût ?

Folie des dinosaures

Dinosaures-MANIA
juillet 1993
Fig Mag


C'est la puanteur qui a tiré Michael de son sommeil. Une haleine gluante et tiède de carnivore frôlant l'indigestion de proies avariées. Réfugié sous le petit lit en lattes de pin, Michael ne voit pas le mufle du Tyranosaure pulvériser la lampe de chevet. Il entend le bruit sourd de l'impact du crâne sur le mur, et le hurlement de rage courir sur les incisives grandes comme des bananes. Le garçon presse encore un peu plus son corps contre le plancher. Avec la certitude que dans deux secondes son coeur va se tétaniser dans sa poitrine.

"Ne pas bouger, ne pas bouger, T-rex ne voit presque rien , il ne détecte que les mouvements, comme tous les grands prédateurs". Michael se souvient de ce conseil du Pr Grant. Et pour ne pas regarder les yeux immobiles du tueur , il tourne sa tête de l'autre côté, vers la porte de sa chambre. C'est en voyant cette poignée-là tourner, qu'il comprit que pour lui, tout allait finir très vite. Qui d'autre qu'un Velociraptor pouvait être assez sournois pour ouvrir la porte du couloir ?
"Michael, Michael, tu ne dors pas ?"

Vraiment, c'était insupportable cette manie de sa mère de toujours venir fourrer son nez dans ses meilleurs jeux.
"Tu joue encore à Jurassic Park. Vraiment, tu exagères. Tu vas être épuisé demain matin... couche toi." En son fort intérieur, très loin, Michael se surprit a souhaiter que la maquette du Parasaurolophus, achevée trois jours auparavant, saute à la gorge de sa mère. Il pouvait le penser, il savait bien que cela ne se réaliserait pas...
Dès qu'il entendit la porte de la chambre parentale se refermer, il ralluma et prit sa console de jeux. Pour se défouler, il opta pour le niveau trois. Celui où les montres du Mésozoïque s'en prennent aux mammifères, et empêchent l'apparition de l'homme et des parents...

Déjà présenté au festival du film de Deauville cette semaine, avant sa sortie officielle le mois prochain, "Jurassic Park" et ses héros, le Pr Grant, Velociraptors et Tyranosaure Rex, vont investir l'imaginaire des adolescents (le film est déconseillé aux très jeunes). Et devant des millions d'yeux du XX-ème siècle, une fraction éteiente de l'histoire de la planète va se mettre à rugir en son THX-Dolby.

Jurassic Park, le film, est le happening économique et financier de la dino-maboulo-mania, pandémie mondiale...
Car si la dino-folie est une vieille coutume, notamment en Californie, où les restaurant en forme de dinosaure et les magazines exclusivement consacrés aux sauropodes disparus existent depuis belle lurette, les industriels ont misé très gros sur la roulette des engouements du public, pour achever de transformer une immodérée passion de Sapiens sapiens pour les gros lézards en une hystérie de dino-consommation.

En temps normal on parvenait à se faufiler entre les posters, les poupées, les restaurants, les pins, les dessins-animés, les savons, de manière à vivre SANS dinosaures. Ce sera désormais aussi impossible que d'empêcher un gamin de vous raconter par le menu les habitudes herbivores du cornu Triceratops. Pour éviter de se retrouver face à un Brachiosaure (sur la confiture) à l'heure du thé ou de fréquenter un bébé Dilophosaure, il faudra le hurler haut et fort. Et surligner en rouge sur la liste de courses : "produit SANS dinos". Pire, planifier ses trajets, ses repas, ses incursions dans la chambre des enfants, la cuisine, la salle de bain , aux moments SANS. Comme on demande un compartiment non-fumeur, et outre-Atlantique un soda SANS sucre (diet), il faudra exiger des espaces, des moments SANS dinos.

Mauvaise nouvelle, la guerre des nerfs commence franchement à l'avantage des dino-boulimiques. Face au succès de Jurassic Park, qui a provoquée des embouteillages sur les bretelles d'accès aux drive-in (cinémas en plein air) dès sa sortie, et remboursé son budget de production (330 millions de francs) en quelques jours, 350 autres millions ont été investis dans les objets de promotion. Tout est bon : gobelets, brosses à dents, T-shirts, cahiers, cartes téléphoniques, chaussures de jogging (pour échapper aux dents acérées du T. Rex ?), linge de maison, une armée de mille objets estampillés "Jurassic Park" a été lancée contre les derniers résistants à la dino-déferlante. La vague frappe aussi en Grande Bretagne, où le respectable "Daily Telegraph" propose désormais une rubrique "Dinosaures". Plus "moderne", des extraits du film ont été logés sur des CD-vidéo interactifs, qui permettent de se rejouer les scènes les plus saignantes de "Jurassic Park" à domicile, en dévorant à grands coups de dents un dino-hamburger (McDonald's et Burger King), et quelques morceaux des 90 tonnes de sucreries à l'effigie des Lézards fabriquées chaque jour. Bien entendu Nintendo fourbit en Californie un jeu spécial dinosaures hyper-réaliste (moins sanglant que le film). Et pour les passionnés, les vrais, les Musées d'histoire naturelle du monde entier présentent des expositions tournantes de dinosaures robotisés, qui font courir les foules et permettent à des lieux trop souvent désertés de rembourser des années de dettes accumulées.

Faut-il verser une larme sur le destin commercial des dino-héros ? Pour répondre aux attentes d'Homo sapiens business, ils doivent dégager un chiffre d'affaires de plus d'un milliard de dollars cette année. Dont les royalties iront pour une bonne part dans la poche de Matsushita, propriétaire des studios de cinéma MCA/Universal .
Il y a là comme un parfum d'injustice. Car si l'on devait trouver un bénéficiaire moral à toutes ces retombées dinomaniaques (et un responsable, par la même occasion), c'est bien Richard Owen qu'il faudrait hisser sur le dos du Brontosaure.
Si le paléontologue britannique n'est pas le premier à avoir réalisé la nature des dinosaures (c'est Gideon Mantell qui le fait en 1825), c'est bien lui qui leur déniche un petit nom tellement sympathique.

"Terrible lézard", signification de "dino-sauria", c'est déjà du marketing. Le nom du produit est à lui seul une merveille. Reste le rêve. Owen et les savants de son époque s'en chargent... Oui, ils se tenaient debout, se mouvaient rapidement... Cuvier, Buckland, Mantell débatent. La communauté scientifique s'enflamme, le public suit. Les revues montrent des dessins d'Iguanodon dans les rues de Londres, le mufle à hauteur du 6-ème étage. Horreur rétrospective et intérèt à vif : le mélange propulseur de la dinophilie existe déjà et s'enflamme spontanément. Pour le réveillon du 31 décembre 1853, Owen n'hésite pas. Avec fracas, il convie ses éminents collègues et compères à festoyer à l'intérieur d'une reconstitution en plâtre de son Iguanodon, le premier dinosaure identifié. Et dès 1854, une reconstitution maladroite mais géante du bestiau est exhibée à Crystal Palace. Si cela n'est pas du marketing de génie...

Pour la promotion de leurs travaux, les savants font peu ou prou référence au mythes les plus profondément ancrés dans la plupart des cultures. Le dinosaure, c'est le dragon qui surgit enfin des temps, pour avouer sa forme, son gabarit, sa réalité. Mélange intime d'horreur et de sympathie dans l'occident chrétien, mais aussi pour les autres cultures. En Chine, "Konglong" signifie à la fois "terrible dragon" et dinosaure. Nul besoin d'explication de texte, au troisième siècle après Jésus-Christ, Chang Qu, écrivain, rapporte : "Un dragon gravit la montagne et se présente aux portes du paradis. Il ne peut entrer. Alors il retombe vers la terre et meurt sur place". Aujourd'hui, lorsque le paysan du Sichuan exhume un fémur géant, il se tait. Il conserve précieusement ce cadeau et broie en poudre l'os du dragon.
Pour devenir fort et chanceux...

Autant que Spielberg, qui a acheté à un musée chinois le droit de baptiser une nouvelle variété de dinosaures d'un nom choisit par ses soins : NOM 'si on le retrouve-JE N'en ai pas eu le temps ici avant d'envoyer le papier)

mardi 3 juin 2008

Brèves été 1990

On connaissait déja les trains (prototypes) japonais à lévitation magnétique, voici les bateaux : la Fondation Japonaise pour l'Amélioration des Techniques Navales va faire construire par Mitsubishi Industries le premier navire à propulsion magnétique.
Le principe de fonctionnement d'un tel engin est simple. Des électro-aimants répartis dans les coques d'un catamaran exercent sur l'eau située entre les "jambes" du navire une force qui pousse le liquide à reculer, et donc le navire à avancer.
Le Yamato-1, avec ses 280 tonnes, sera en fait la première application de la magnéto-hydro-dynamique des fluides, ce qui devrait permettre à l'engin d'atteindre la modeste vitesse de huits noeuds (15 km/h).
C'est vrai, ont reconnu les ingénieurs travaillant sur ce programme, en mettant des hélices sur les moteurs diesel qui fournissent l'électricité aux aimants on atteindrait au moins 20 noeuds (37km/h). Mais ce que les japonais veulent préparer là, c'est une technologie directement adapatable aux retombées d'une éventuelle percée dans le domaine des alliages supraconducteurs à haute température. Une recherche actuellement menées dans des dizaines de laboratoires à travers le monde, et qui permettrait la mise au point d'aimants très performants pour des navires plus rapides et silencieux.

Pour ceux qui préfèrent ne pas mettre le nez hors de leur auto, par exemple l'hiver, par un honnéte moins 30 degrés C, la firme norvégienne Transrobot vient de mettre au point un automate peu banal : un robot à servir l'essence.
Il suffit de se garer à proximité de la machine, de passer sa carte de crédit par la fenêtre, et un gros bras automatique muni de palpeurs recherche l'orifice du réservoir de l'auto pour l'ouvrir et y introduire le carburant. Ce genre de robot, qui contribue à la sécurité et à la qualité de l'environnement en empèchant les vapeurs d'essence de partir dans l'atmosphère, en aspirant les vapeurs d'essence pendant le plein, demande tout de même à l'automobiliste de monter sur son réservoir un embout spécial...

Et voici les plantes "dessinées" pour les insectes. Car les plantes que les agronomes sélectionnent dans les laboratoires pour bien résister aux parasites doivent être capables d'accueillir correctement les prédateurs, les ennemis naturels de ces fléaux.
L'exemple type en est la coccinelle croqueuse de pucerons : Peter Kareiva et Robert Sahakian, de l'université Washington de Seattle ont observé que les cocinelles étaient bien plus efficaces dans leurs chasse aux pucerons quand elles se trouvaient sur des plantes bien adaptées à leurs capacités de grimpeuses. Plutôt maladroites à l'escalade, les cocinelles préfèrent les plantes avec des feuilles courtes et fermes, et sont mal à l'aise quand elles sont trop nombreuses et souples. Sur des varités végétales présentant des feuilles un peu traîtresses à leurs pattes, les cocinelles passent jusqu'à deux fois plus de temps à remonter sur les plantes, après en être malencontreusement tombées. Autant de temps perdu pour la chasse aux parasites. Ce qui a conduit les chercheurs à sélectionner génétiquement des varités de plantes bien "adaptées" à leurs maladroites prédatrices, agréables au contact des petites pattes de cocinelles.


A peine parle-t-on de futurs Super-Concordes pour rapprocher les continents chez les constructeurs aéronautiques que les opposants et les protecteurs de l'environnement fourbissent leurs arguments. Pour livrer une bataille qui ressemble étrangement à celle qui avait fait rage il y a une vingtaine d'années autour du Concorde. Pour Juan Cisneros, un chercheur espagnol travaillant en antarctique, une flotte importante (plusieurs centaines) de tels avions évoluant entre 15.000 et 25.000 mètres d'altitude constituerait une véritable agression contre la couche d'ozone qui protège la planète des ultraviolets solaires.

Connaissez-vous Midas ? Non pas le roi, mais l'astéroide, qui se promène dans notre système solaire. Cet énorme rocher, l'un des 3.500 astéroïdes recensés, nous aurait envoyé un véritable boulet de 500 kilos (à l'arrivée), au mois d'avril dernier. Un météorite qui a atterri aux Pays-Bas, trouant net le toit d'une maison de la cité d'Enschede.
Pour les astronomes de l'observatoire de Leiden, c'est l'exceptionnelle trajectoire de ce météore qui révèle sa provenance toute particulière, l'astéroide Midas. Autant dire que les scientifiques tiennent là un bon moyen d'étudier à bon compte la structure de ce très ancien matériau de notre système solaire.

On fume de moins en moins, au grand dam des planteurs de tabac. Pour pallier à cette évolution, favorable à la santé et néfaste à l'économie du secteur concerné, Shuh Sheeen, un chercheur de l'université américaine de Kentucky propose de profiter autrement de l'herbe à Nicot.
Tout simplement en extrayant les protéines contenues dans cette plante.
De précieuses molécules, qui pourraient servir dans l'alimentation, avec des effets très bénéfiques, estime ce chercheur, qui souligne que ces protéines extraites de cellules végétales sont très riches en acides aminés utiles à nos organismes. Il propose aussi d'en extraire la nicotine, qui pourrait servir comme moyen de lutte naturel contre les insectes dans les champs, les effets pesticides de cette substance étant bien établis.
De la même manière, Sheen propose d'extraire les protéines des pousses de soja, ou des betteraves. Comme il ne serait pas nécessaire d'attendre la maturation des fruits, les périodes de culture seraient plus courtes, pourraient s'adapter à des climats moins favorables, et epuiseraient moins les sols que les cultures actuelles. Assemblées sous des formes diverses, ces protéines peuvent prendre mille et un aspects alimentaires, depuis le pâté des puristes jusqu'aux imitations de viandes et de poissons...

A tous qui travaillent de nuit, les travaux de l'équipe de la Harvard Medical School devraient apporter un soulagement. Il est en effet bien connu que même après des années de veilles, les troubles des rythmes vitaux peuvent demeurer considérables, le télescopage entre la nuit et le jour n'étant jamais vraiment résolu au niveau des rythmes de l'organisme.
La solution passe par la lumière. Durant le travail, pendant toute la phase d'éveil, il faut se placer dans un flux lumineux très intense, supérieur à la normale. Directement face à une lampe si l'on est assis à un bureau, par exemple.
Par contre, quand on tente de se reposer, généralement durant la journée, il convient de se placer rigoureusement dans noir obscur... Pas de siestes dans une pièce semi-éclairée, souligne le Dr Charles Czeisler.

Si votre embonpoint est persistant, rassurez-vous. L'hypothèse génétique de l'origine de l'excédent de poids se confirme, selon une étude menée à l'université Laval de Québec.
12 paires de jumeaux confinées pendant trois mois dans une salle et sur-alimentés rigoureusement de la même manière ont montré que les vrais jumeaux grossissaient de la même manière, mais que par contre, entre deux paires de jumeaux, les prises de poids pouvaient varier du simple au triple. Ensuite, de vrais jumeaux alimentés différemment ont montré à leur tour que le mode d'alimentation jouait très peu. Même en mangeant de façon très contrastée, les écarts de poids ne se creusaient que très faiblement entre des individus génétiquement semblables. Conclusion : il faut se surveiller. Mais, si l'alimentation est correctement équilibrée, il est quasiment impossible de lutter contre une tendance à une silhouette un peu arrondie.

Brèves août 1990

Des chercheurs allemands de l'Institut Max Planck de Météorologie à Hambourg estiment que sous l'effet du réchauffement global, la surface des océans va perdre une partie de sa capacité à absorber le gaz carbonique. Une hausse des températures de surface diminuerait selon eux les échanges entre les couches profonde et froide des mers de la planète et ralentirait l'assimilation du gaz carbonique par les océans. Restant dans l'atmosphère, ce gaz aurait tendance à réchauffer encore davantage le fond de l'air, par effet de serre.


Il y a 15 millions d'années les boussoles (naturelles) se sont brutalement afollées. Le champ magnétique de la Terre s'est soudainement mis à se promener dans tous les sens, jusqu'à faire varier des boussoles naturelles, inscrites dans le rocher de plusieurs degrés par jour.
L'équipe du Centre Géologique et Géophysique de Montpellier qui a mené l'enquète dans des roches volcaniques qui se sont solidifiées pendant une telle crise, dans l'Orégon, a été surprise par les résultats. On sait en effet que le champ magnétique de la planète s'est déjà inversé (passant son pôle nord au sud et vice-versa), et celà à plusieurs reprises au cours des 170 derniers millions d'années. Mais on imaginait pas que les variations pouvaient survenir avec une telle brutalité. Un tel évènement pourrait survenir aujourd'hui et affolerait net toutes nos boussoles...


Les météorites, du moins les plus grosses, s'écrasent sur le sol. Tout le problème consiste ensuite, pour les scientifiques, à estimer la puissance de l'impact, ce qui leur permet de deviner la masse de l'objet tombé du ciel, mais aussi à localiser le débris. Car si environ 20.000 tonne de débris venus de l'espace pénetrent dans l'atmsophère chaque année, très peu parviennent au sol et encore moins (environ 1 %) sont localisés et analysés.
C'est en étudiant les enregistrement sismiques des impacts des débris du Boeing de la Pan Am qui a explosé en survolant la ville de Lockerbie, en Ecosse, en décembre 1988, que le géologue britannique Roger Musson a décidé de remédier au problème à l'échelle de la planète. Il propose qu'un réseau de détecteurs sismiques soit conscaré à la surveillance des petits chos créés par les impacts de météorites, afin d'en localiser les aterrissages et de facilter la récuparation des matériaux.

De l'or dans les océans, mais pas assez pour rouler dessus : des chercheurs britanniques ont réussi à mesurer que les océans recelent en moyenne la dose homéopathique d'1 gramme d'or pour 100 milllions de tonnes d'eau. En Méditerranée, la concentration est trois fois plus élevée.

La cinquième force a disparu. Des physiciens avaient cru distinguer dans la nature, en plus des quatre déja connues. C'est le "père" de cette fausse bonne observation, l'Américain Franck Stacey, qui a officiellement annoncé lui-même qu'il s'était trompé dans ses équations


Pourquoi les humains et les chimpanzés portent-ils de préférence leurs petits sur le flanc gauche ?
La question, posée par John Manning et Andrew Chamberlain de l'université de Liverpool a trouvé une nouvelle réponse. Ces chercheurs estiment en effet que c'est la latéralisation du cerveau qui intervient, puisque cette tendance est la même, aussi bien chez les droitiers que les gauchers. Chaque hémisphère cérébral s'occupant de fonctions différentes, la partie droite gérant notamment les informations à caractère émotionnel. Mais ce sont les capteurs de gauche, dont l'oeil , qui sont reliés à l'hemisphère cérébral droit,. Ce qui expliquerait que les mères humaines, mais aussi chimpanzés, gorilles et orang-outan portent de préférence l'enfant à gauche, là ou elles peuvent mieux le contempler avec affectivité, du coin de l'oeil gauche, mais avec leur cerveau droit.
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Brèves septembre 1990

Troublant, le regard que jette votre voyant préféré sur les lignes de votre main. Des scientifiques britanniques de la Royal Infimary de Bristol ont voulu démontrer que la lecture de ces "lignes de vie" était ridicule. Mais à leur grand étonnement, une première expérience, portant sur des cadavres, montre effectivement l'existence d'une relation entre la longueur de la fameuse "ligne de vie", mesurée par une machine, et l'âge du décès.
Sceptiques, les chercheurs estiment toutefois que leur expérience supporte difficilement les critiques sérieuses, et qu'il faudrait mener à une grande échelle statistique ce genre de travail pour établir s'il existe vraiment une relation. A moins que l'on aille lire les cartes pour en savoir davantage ?




Pour obtenir du froid mettez donc un peu de son dans votre réfrigérateur. C'est l'idée de Steven Garett, de l'Ecole Navale de Monterrey, en Californie, qui propose ce genre de système pour éviter l'emploi dans les tubulures réfrigérantes de gaz agressifs à l'encontre de la couche d'ozone de l'atmosphère.
Le principe est élémentaire. Il s'agit d'agiter très fortement un gaz inerte, en lui infligeant des vibrations sonores de très haute intensité. Bien entendu, tout cela se passe dans une chambre acoustique en miniature, totalement rigide, ce qui évitera d'assourdir toute la maisonnée lorsque ce genre de produits sera commercialisé.
Le volume sonore nécéssaire est environ celui d'une fusée au décollage, à quelques centaines de mètres du pas de tir (160 décibels). De qui compresser les molécules de gaz (échauffement), puis de les détendre (refroidissement) à un rythme élevé. Avec un échangeur de chaleur bien conçu, le premier réfrigérateur sonore, puis des climatiseurs ne devraient pas tarder à voir le jour.





Les tortues de mer naviguent sur des milliers de kms entre leurs lieux de villégiature et ceux de la reproduction. Quel système utilisent-elles pour s'orienter ?
Pour Michael Salmon, de l'université de Floride à Boca Raton, qui a étudié plusieurs espèces de tortues, c'est la direction des vagues qui pourrait aider les tortues à s'orienter, en fonction des vents dominants.
En travaillant sur des jeunes tortues à peines écloses, les chercheurs ont constaté qu'elles fuyaient la plage et nageaient toujours perpendiculairement aux vagues. Une course initiale vers leur large qui leur permet de fuir les prédateurs terrestres et les oiseaux, mais aussi de mettre en mémoire cette orientation...
Si on place les jeunes nageuses dans un bassin dont la surface est strictement plate, les petites tortues tournent en rond.
Salmon a encore montré que certaines tortues (espèce : loggerheads) utilisent aussi un système de navigation magnétique, basé sur le champ terrestre. En plaçant des tortues dans un champ inversé par rapport à celui de la Terre, il a constaté que les tortues filaient vers l'ouest, au lieu de l'est qu'elles visaient auparavant.
Michael Salmon pense que cette "imprégnation" de cet autre système de navigation se fait quand par la lumière du jour : les tortues préfèrent aller vers l'endroit dont elles ont vu venir la lumière.



Les diamants n'ont pas fini de nous surprendre. Les joyaux que crée artificiellement William Banholzer, de la General Electric à New York ont un avantage énorme : ils conduisent remarquablement bien la chaleur.
Très purs, et parfaitement homogènes ces diamants de synthèse sont obtenus en déposant de la vapeur de méthane dans une chambre sous pression. On met encore une fois sous pression, et l'on obtient des pierres de près d'un carat (0,2 grammes). Pas de quoi casser le marché de la joaillerie, puisque ces diamants là sont impropres à l'art des bijoux. Mais ils sont de remarquables futurs composants électroniques. Ces cailloux de synthèse résistent remarquablement bien aux rayons laser (1000 fois mieux que les pierres naturelles) et pourraient servir demain à évacuer la chaleur dans des systèmes utilisant de tels faisceaux ou encore soulager des composants surchauffés dans les circuits électroniques.
Mais qu'est-e qui peut bien déterminer la forme d'une fleur et de son bouton ? Une loi mathématique, estime Norbert Lacroix, de l'Université Laval de Québec, qui a présenté une communication très pointue sur le sujet à un colloque international.
Ce chercheur pense qu'il existe une loi qui pourrait rendre compte des mystères des formes et la croissance des plantes, et notamment des boutons de leurs fleurs.
Mais la chose est complexe : la croissance des boutons, en forme de courbes évolutives est un phénomène dynamique, et les équations qui restituent ce genre de phénomènes, avec des courbes complexes, sont plutôt délicates à manier, à la pointe des mathématiques actuelles. Pour le moment, le bouton de rose garde donc son mystère.

Alerte aux abeilles tueuses

Ces insectes venus d'ailleurs
Septembre 1990


Aux Etats-Unis, cela fait plusieurs années que tout le monde se prépare à la grande confrontation. Celle contre les "abeilles tueuses". Pistées depuis leur débarquement en Amérique du sud et les débuts de leur progression vers le nord, les redoutables immigrantes africaines font trembler les populations. Leur nom, à vrai dire, suffit. Pour des millions d'Américains, ce serait là l'immersion brutale dans un scénario de film d'horreur, du style "Les abeilles attaquent".

Qualifiée volontiers de "très agressive", Apis Mellifica scutella sévit depuis une trentaine d'années en Amérique du Sud et en Amérique centrale, depuis l'évasion en 1957 de 26 reines en observation dans une enceinte d'aclimatation brésilienne. Destinée à être simplement testée en laboratoire, pour renforcer les espèces européennes un peu paresseuses et peu productrices de miel sous les tropiques, cette africaine s'est répandue comme une trainée de poudre. Progressant de 300 à 500 km par an, elle a envahit tout le Brésil, colonisé la majeure partie de l'Amérique du Sud et de l'Amérique Centrale. Et aujourd'hui, elle n'est plus qu'à quelques 250 kms de la frontière du Texas.

Aux Etats-Unis, un véritable plan de lutte a été mis en place. Dès 1972, l'Académie des Sciences s'était intéressée au sujet et avait alarmé le public, qui doit se méfier de cette abeille très susceptible, mais aussi les apiculteurs, dont les ruches sont purement et simplement menacées de colonisation. Sur le front de la lutte, pour reconnaître une "tueuse" à plusieurs centaines de mètres de distance, les ingénieurs ont mis au point des systèmes informatiques de reconnaissance de battements des ailes, mais ils ont aussi demandé à l'armée de leur donner accès à des radars extrêmement précis développés dans le cadre de l'initiative de défense stratégique, la fameuse "Guerre des Etoiles", pour suivre l'évolution des essaims et pouvoir reconnaître ceux qui sont des "tueurs".

Mais au fait, ces abeilles sont-elles vraiment des tueuses ?
"Non, simplement, elles possèdent un comportement défensif très développé et réagissent plus vite, avec davantage d'énergie à tout ce qu'elles interprètent comme une agression", explique Bernard Vaissière, chargé de recherche à l'Institut National de la Recherche Agronomique. Pour ce spécialiste qui a passé huit années à étudier ces hyménoptères au Texas, elles ne méritent pas vraiment leur très médiatique qualificatif de "tueuses".

"Effectivement il y a un problème. Il y a eu un congrès en 1988 qui a réunit des scientifiques du monde entier sur le sujet, et chaque mois un bulletin donne aux Etats-Unis l'état de l'avancée géographique des abeilles", poursuit le chercheur.

Même si "scientifiquement " elle sont simplement considérées comme plus susceptibles et difficiles que les autres, les abeilles d'origine africaine provoquent une véritable panique aux Etats-Unis. Les diplômés qui sortent des universités ne sont pas très chauds pour aller s'établir au Texas, près du "front" de leur avancée. Et dès qu'un essaim de tueuses est découvert , après un transport de reine par avion ou par bateau en provenance du sud, l'alerte générale est déclenchée. En 1985, la découverte de la petite abeille au nord de Los Angeles a démarré une véritable guerre : une force spéciale a été crée, 1.2000 km carrés de terrain placés en quarantaine, toutes les ruches du district détruite, ainsi que la plupart des essaims sauvages dans un rayon de 80 km.

Pourquoi une telle panique ? Il faut dire que les histoires dramatiques, comme celle qui relate l'attaque de Robora, en Bolivie, où deux personnes sont mortes après des piqûres d'abeilles, précédent les essaims et énervent les foules.

Mais le véritable danger, pour le sud des Etats-Unis est surtout économique. Pour les apiculteurs, bien sûr, dont les ruches colonisées (par mariage génétique ou pure invasion) sont beaucoup plus difficiles à exploiter en raison de l'agressivité ambiante : on estime que les africaines réagissent trois plus vite à l'intervention humaine, et piquent dix fois plus, tout en se calmant très difficilement (elles peuvent rester excitées trente minutes, contre trois en moyenne pour une abeille tranquille).
Mais le véritable drame est celui qui guette l'agriculture. La plus grande part de la productions fruitière est au Texas pollenisée par l'abeille domestique. Une baisse de rendement de 1 % seulement, due à la prépondérance d'une abeille plus récalcitrante à ce genre de coopération , signifierait une perte sèche de 50 millions de dollars par an pour l'agriculture.

Autre fléau, ayant cette fois voyagé en sens contraire, la lucilie bouchère. Et le mot de "tueuse" parait cette fois plus approprié. Affamée de chair fraîche pour assurer sa reproduction la bouchère est une mouche répandue en Amérique, qui vient d'être détectée pour la première fois en Afrique. L'ennemie publique de tous les animaux à sang chaud des zones tropicales américaines, de l'Argentine au Texas, vient en effet de franchir l'Atlantique et de mettre le pied en Lybie. Une découverte faite par hasard, au début de 1988, et qui s'explique probablement par un passage clandestin, à la faveur d'une cargaison de viande ou de bétail sur pied entre les deux continents.

Placardé sur les murs de Tripoli, le portrait robot de " Cochliomyia hominivorax" est facile à reconstituer : un corps bleu-vert, des yeux rouges, un thorax barré de trois bandes sombres et une taille imposante de 1 à 2 cm en moyenne.
Son mode de reproduction est particulièrement efficace et meurtrier : la femelle fécondée, qui se nourrissait jusque-là de nectar de fleurs, part soudainement à la recherche d'un animal écorché, d'un nombril mal refermé, d'une plaie pour y pondre et déposer quelque milliers d'oeufs. Une fois ceux-ci éclos quelques heures plus tard, des armées de larves affamées dévorent l'animal sur pied, s'enfoncent dans ses chairs agrandissant les plaies. Un festin macabre qui attire d'autres pondeuses. Pour le boeuf, le chameau, le mouton, c'est l'horreur qui commence. Suivra l'infection, et à terme, la mort.

Atteinte la première, la Lybie a accusé cet été les Etats-Unis de lui avoir expédié l'horrible bestiole à dessein, afin que les hardes de parasites anéantissent son cheptel. Cette attaque de Kadhafi ne fait pas état de l'aide qu'avait déjà décidé Washington en expédiant à Tripoli ses meilleurs experts sur le sujet, rompant l'embargo décrété depuis 1984 à l'égard de la Lybie.
Il faut dire qu'il y a urgence pour le cheptel. Ce pays pourrait très vite devenir la tête de pont de la bouchère en Afrique. Elle pourrait ensuite s'attaquer à tout le bassin méditerranéen, y compris au sud de la France.

Déjà plusieurs milliers de têtes de bétail ont fait les frais de l'invasion. Le remède ? Le seul vraiment efficace passe par le largage dans le milieu naturel de myriades de mâles stérilisés par traitement radioactif. Largués d'avion, aidés par des insecticides, ces mouches "inutiles" peuvent très vite limiter les dégâts en saturant les femelles. A condition d'agir massivement, reconnait la FAO (organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture). Tout le problème, c'est que cette solution est coûteuse, et que le monde a en ce moment d'autres préoccupations qu'une mouche carnivore.
Sur le front des invasions sahéliennes, tout ne va pourtant pas si mal. Par exemple les criquets, l'un des fléaux les plus redoutables d'Afrique et dont les ravages avaient été considérables ces dernières années, entre 1987 et 1989, ont été stoppés.

La prolifération a été enrayée cette année au prix d'une lutte internationale acharnée sur toute la zone, depuis le Golfe persique jusqu'aux rivages de l'Atlantique et de la Méditerranée. Mais les Africains connaissent bien les criquets. Il savent que dans quelques années, les nuages riches de quelques dizaines de millions d'insectes réapparaîtront. Des essaims fabuleux, qui se forment quand la densité des criquets présents sur un même territoire dépasse un certain seuil. Des nuées de solitaires se transforment alors en redoutables bandes de "pèlerins" pouvant atteindre trois mille mètres d'altitude en vol et, à la faveur de vents favorables, aller se poser aux Caraïbes

Coup de chance pour les îles : elles sont trop humides pour ces gloutons, capables de dévorer chaque jour l'équivalent de leur poids de végétaux. Quand on sait qu'un essaim peut "peser" 100 tonnes !

Plus près de nous, en France, l'hiver clément et l'été chaud ont été particulièrement propices à quelques spectaculaires pullulations. Une marée de milliards de punaises a ainsi déferlé sur Mernel, en Ile et Vilaine le 13 septembre dernier. "Il y en avait partout, cela grouillait dans toute la maison, ils s'infiltrent sous les portes, et j'en ai trouvé jusque dans mon lit", rapporte Mme Amélie Coudrais. Les légions d'insectes gris-marron, avec des taches blanches sur les ailes ont cependant disparues au bout de quelques jours : pas assez de nourriture disponible pour toutes ces bouches.
Les scientifiques connaissent bien ce genre de pullulation, qui se produit quand les éclosions des oeufs et quand les larves sont remarquablement synchronisées par une météorologie très particulière, ou par une conjonction de facteurs favorables. Ceci dit, on ne sait pas pourquoi ce genre de manifestation ne se produit pas plus abondamment...
Le premier août dernier, un phénomène analogue s'était produit à Gy les Nonanis, près de Montargis (Loiret), mais cette fois c'étaient des petites araignées d'un centimètre qui recouvraient le sol et les murs d'un moelleux tapis. Leur cycle de vie très court en a débarrassé les habitants en quelques jours.
De ce point de vue, vivre à Venise n'a pas que des avantages. Dans la célèbre lagune particulièrement polluée et saturée de nitrates et de déchets organiques, des algues pullulent tous les étés. des végétaux qui nourrissent à leur tour des nuées de mouches capables de transformer la polychromie des palais vénitiens en une sombre tapisserie noire. Le fléau atteint de telles proportions que le train qui dessert la Cité des Doges, sur le continent ne peut parfois plus progresser : ses roues patinent sur une épaisse couche de moucherons écrasés.

Si l'homme est forcé de se battre contre de tels phénomènes ou l'irruption d'espèces dangereuses hors des régions ou elles connaissent des limitations naturelles, par la présence de prédateurs, il est aussi possible de lutter en en opposant un insecte à un autre.

C'est le principe de l'utilisation de coccinelles pour combattre le pucerons, ou la solution que propose la société Bio-Assistance-Forêt de Bugeat, en Corrèze, qui oppose au coléoptère agresseur des épicéas un autre coléoptère, qui s'en prend vigoureusement au premier.

"Le meilleur ennemi de l'insecte, c'est encore l'insecte", note à ce propos Claude Caussanel, directeur du laboratoire d'entomologie au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.
La nature nous livre de superbes exemple de telles rivalités parmi les 750.000 espèces répertoriées. Des insectes qui ne manquent d'ailleurs pas d'astuces pour s'en prendre à leurs ennemis intimes.

Parmi les plus énigmatiques, le biologiste Rémy Chauvin cite le hyménoptères paralysants. De toutes petites et bien étranges guêpes solitaires, qui pratiquent la chasse pour nourrir des petits qu'elles dissimulent dans des terriers. Pour leur fournir une proie en bon état, une sorte de garde-manger sur pattes, elles paralysent d'autres insectes et les enfouissent dans les terriers. Quand la larve éclôt au fond de son trou, elle se précipite sur la proie, et y pénètre par le trou de la piqûre paralysante infligée par une mère qu'elle ne connaîtra jamais.

C'est la localisation de cette pénétration qui permettra à la guêpe, devenue adulte, de trouver à son tour avec précision les ganglions nerveux de l'insecte qu'elle doit parasiter. Au millimètre près, c'est là qu'elle inoculera son venin. Mais le plus étrange, note Chauvin, c'est que cette précision chirurgicale, apprise dans une geste d'enfance, la guêpe devrait normalement l'oublier. Au moment de la métamorphose de la larve en insecte adulte, tout le corps se liquéfie, y compris le cerveau. Ou va donc se cacher le savoir faire acquis au fond du terrier par une larve dévorant sa première proie ? Terrifiants ou fascinants, les insectes ont décidément bien des secrets à nous livrer encore...

Brèves octobre 1990

Les insectes sont sur table d'écoute : deux chercheurs de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) ont présenté lors d'un congrès qui s'est tenu à Bordeaux des enregistrements venus d'ailleurs. Ceux des bruits que font les insectes, les vers et autre grignoteurs de graines et de fruits.
Francis Fleurat-Lessard, directeur du labo des insectes des denrées à la station Inra de Bordeaux a travaillé avec l'acousticien André-Jacques Andrieu, de l'établissement de Jouy-en- Josas. Tous deux sont partis à l'assaut des vibrations émises par les mandibules, des craquements des pattes, afin d'identifier les principales "signatures" acoustiques des charançons et autres croqueurs de récoltes.
Pour y parvenir, ils ont mis au point un micro spécial, que l'on plonge dans les silos, afin de capter les vibrations transmises aux graines, plutôt que les sons transmis par l'air.
L'analyse de ces signaux permet de différencier les espèces au travail dans les silos, mais aussi les fruits ou le bois de construction. En tout, plus d'une vingtaine d'espèces sont aujourd'hui repérées de la sorte, du capucin des grains à la teigne des fruits, au ténébrion des poulaillers, voire la huche.
Les termites, actuellement en plein essor, sont parfaitement reconnus. On commence même à travailler sur leurs codes de transmission d'information, notamment leurs signaux d'alerte semblables au tapotements des pic-verts.
On sait aussi reconnaître une larve d'un adulte. Sa "voix" n'est pas la même, ni quand il mange ou quand il se déplace simplement.
Dans les céréales, on peut détecter un insecte au kilo de grains. Une technique qui paradoxalement, permettra de diminuer l'utilisation des insecticides dans les stockages : plus besoin de vaporiser là où il n'y a aucun bruit sur la ligne...






Les plantes aux feuilles bigarrées ou marbrées sont moins efficaces pour générer de l'énergie par photosynthèse, par rapport à celles qui sont plus abondamment recouvertes des pigments verts de la chlorophylle.
Elles ont en fait un autre avantage : leur meilleure "technique" de camouflage leur permet de compenser leur moins bonne performances énergétiques.
Selon Thomas Givnish, de l'Université de Wisconsin, ce genre de camouflage permet aux plantes de se faire moins souvent "brouter" que les autres par les herbivores. Pour ce chercheur la plupart des grands herbivores, dotés d'une vision monochromatique, les taches et les décolorations des feuilles leur permettent d'échapper à la "reconnaissance de formes" du cerveau de l'animal. A la condition que ces feuillage camouflés se trouvent sur un fond sombre, comme le sol...




Des oasis dans le désert. C'est possible, grâce à des limaces mangeuses de cailloux, comme Euchondrus albulus, E. desertorum ou E. ramonenis, qui fertilisent les déserts avec de l'azote, selon Clives Jones et Moshe Shachak, deux chercheurs américains qui ont travaillé dans le désert du Néguev.
Ce sont les rejets de ces petites limaces (à peine 1 cm de long) qui contiennent de l'azote. Elles se nourrissent la nuit de lichen, contenu dans les roches sédimentaires de la région. Les limaces utilisent leur langue particulièrement abrasive pour accéder au lichen, souvent protégé par un écran de 7 mm de roche. Pendant la journée, les limaces s'abritent sous les pierres et y déposent leurs excréments.
Selon les calculs des chercheurs, cette livraison d'azote représente 11 % de l'apport annuel au sol, ce qui est loin d'être négligeable dans un désert. Mais surtout, les limaces livrent l'engrais exactement au bon endroit pour les plantes, sous les pierres, là où le racines peuvent prendre. Un emplacement ou les petites doses d'azote sont également protégées de l'action de l'érosion...

Le Q Sound envahira demain nos salons. Il s'agit d'un nouveau dispositif qui sépare les fréquences et les amplitudes sonores de façon subtile lors de la préparation de la matrice du disque, avant sa production. Capable de restituer un effet tridimensionnel particulièrement puissant et efficace, selon les inventeurs, ce procédé baptisé QSound intéresse Polygram, une filiale de Philips, qui vient de passer un accord pour l'utiliser. Principal avantage, en "fixant" certains instruments dans l'espace, lors de la reproduction sur une chaîne haute-fidélité classique, ce système pourrait libérer l'auditeur de la contrainte d'être assis bien au centre, entre ses haut-parleurs. Surtout ce procédé ne nécessitera aucun éléments complémentaire pour en profiter : tout le secret est dans l'enregistrement, pas dans l'électronique.

Un neurobiologiste de l'Université du Texas a réussi un tour de force : fusionner des cellules nerveuses de ver de terre. Une première sur des faisceaux nerveux très simples, qui risque d'ouvrir à terme de fantastiques possibilités aux neurobiologistes, en leur offrant de réparer les nerfs détruits chez l'homme.
George Bittner a trouvé une substance chimique qui oblige les cellules nerveuses sectionnées à se ressouder, en reconstituant l'enveloppe de myéline, une substance grasse nécessaire à leur fonctionnement. Il teste actuellement le produit sur les rats, et si ces bons résultats se confirment, il envisage d'ici deux annèes de passer à des expériences sur l'homme.

Brèves novembre 1990

Les lignes à haute tension ne sont pas si innocentes que cela. Les champs électromagnétiques qu'elles produisent seraient cancérigènes. C'est du moins la conclusion de deux années d'études menées par l'agence américaine de la protection de l'environnement, sur la base de données épidémiologiques. Dans son rapport, l'agence propose de classer provisoirement, en attendant des résultats de confirmation, les champs électromagnétiques associés aux lignes à haute tension comme cancérigènes, de la même manière que le sont des substances chimiques comme le DDT (insecticide) ou les PCB (liquide de refroidissement).


Certains insectes ont l'habitude de voir éclore des mâles quand les oeufs ne sont pas fécondés et des femelles quand ils le sont.. Chez les trichogrammes, petits hyménoptères parasites, les oeufs nons fécondés se transforment en femelles, sauf si les mères se nourissent d'antibiotiques.
Pourquoi ?
Des biologistes de l'université de Rochester (USA) pensent que c'est grâce à la complicité de bactéries hébergées dans le cytoplasme des cellules sexuelles que les femelles isolées pondent des femelles. Quand les antibiotiques sont là, ou quand la température dépasse trente degrés, les bactéries meurent, et les oeufs deviennent des mâles.
Dans un autre cas, entre deux espèces de guèpes Nasonia (vitripennis et giraulti), des chercheurs ont montré que ce sont encore des bactéries qui séparent les deux espèces et ne laissent apparaitre que des enfants mâles en cas de croisements. En présence d'antibiotiques, cette barrière disparait. Une piste nouvelle pour expliquer les règles parfois étranges de la différenciation des espèces au cours de l'évolution : des bactéries interviendraient directement sur les gènes des espèces vivantes pour les diversifier et les maintenir séparées.

Pourquoi la population d'albatros diminue-t-elle dramatiquement à travers le monde ? Nigel Brothers, un biologiste australien de Tasmanie pense avoir trouvé la clef du mystère. Pour lui, ce sont les hameçons des lignes de fond qui sont en cause, puisque les albatros qui suivent les navire de pêche ont le temps de les attraper et de les gober avant que les lignes ne plongent vers le grand bleu. Une mort atroce, avec des heures de souffrances pour les grands voiliers pris au piège.
Selon ses observations à bord d'un navire de pêche japonais et ses calculs, 44.000 albatros périraient de cette façon chaque année.
L'espèce la plus atteinte est le "wandering albatros", qui est aussi celle qui attrape le plus volontiers les appâts. De nouveaux types de lignes ont été essayées à bord de navires nippons, munies de banderolles afin de dissuader les albatros de s'en approcher. Ce simple système semble parfaitement fonctionner et pourrait mettre un terme à l'hécatombe.

Mythique, le rayon vert ? Pas du tout. Il s'agit là d'un phénomène tout à fait normal, visible par ceux qui veulent bien s'en donner la peine, ou qui se trouvent par hasard au bon endroit. Quel spectacle ! Les détails sont dans la revue Ciel et Espace du mois d'octobre. Mais dans les grandes lignes il suffit de se procurer un bel horizon dégagé, du style bord de mer, ou montagne bien découpée, au moment du coucher de l'astre. Déjà quand le disque de feu commence à disparaitre derrière l'horizon, ce n'est plus lui que l'on voit, mais son image, formée par réfraction dans l'atmosphère terrestre. Géométriquement l'astre est déjà couché depuis deux bonne minutes !
Il faut alors guetter le sommet du Soleil. C'est là, quand la boule rouge-orangée s'enfonce dans le paysage que le rayon vert devient visible; la lumière solaire étant découpée en franges de couleurs différentes par le prisme que forme à cet instant l'atmosphère de la Terre.

Remodeler la planète. Après Ferdinand de Lesseps, ce sont les ingénieurs japonais qui s'attaquent au projet de dompter la planète. Pour doubler le canal de Panama, ils veulent créer une autoroute à travers l'isthme de l'Amérique centrale, de Colombie au Panama. Aux deux extrémité, on trouvera des ports de chargement et de déchargement rapide des navires porte-conteneurs.
Parmi 11 autres projet de taille planètaire, il s'agirait de construire un pont sur le détroit de Gibraltar, mais aussi de mettre les déserts en culture, de contrôler les crues des fleuves asiatiques au moyen de digues, de réaliser une autoroute Europe-Asie (sur le tracé de la Route de la soie) et de produire massivement de l'électricité dans l'Himalaya.
Une association chargée de promouvoir 11 projets géants, la Global Infrastructure Fund Research Foundation of Japan a été créée par les principaux goupes industriels japonais. Pour concilier business et aménagement "productif" de la planète.

Les cordes cosmiques, que les astrophysiciens trouvaient au fond de leurs équations pour expliquer la formation de l'univers viennent d'être rencontrées. Il s'agit de ficelles plus minces qu'un atome, mais très denses et énergétiques, dont le fil peut s'étendre à travers tout l'univers. C'est en observant des images de galaxies lointaines déformées par de tels fils que Esther Hu, de l'observatoire d'Hawaii pense avoir mis en évidence cette structure étrange de notre monde.


Le poisson-éléphant est un détecteur de pollution-né, (alpty, elephant-nosed mormyrid, en anglais). Ce poisson d'eau douce tropicale est en effet pratiquement aveugle, puisqu'il réside en eaux troubles. Mais il a développé un système de navigation par ondes électriques émises près de sa queue et captés derrière sa tête. Et quand l'eau est polluée, ce signal change complètement de "signature" . Selon John Lewis, de l'Université de Londres, on pourra ainsi détecter en amont de stations de captage d'eau du mercure, du cuivre, mais aussi de l'arsenic et du phénol. L'avantage par rapport à la truite, autre poisson utilisé pour détecter les pollutions, est que l'éléphant demeure moins sensible aux variations d'oxygène. La truite demandant pour sa part de l'eau "vive". Par contre, pour ne pas déstabiliser l'éléphant tropical, l'eau doit être chauffée à 27 degrés...


Les "Hermit crabs" (Pagurus granosimanus) peuvent apprendre très rapidement à reconnaitre une nourriture toxique ou avariée. Une compétence indispensable à la survie d'une espèce qui se nourrit de tout et n'importe quoi, principalement de charognes et de déchets, en des temps ou le fond des océns se peuple de pièges toxiques rejettés par les navires et les habitants des côtes.
Ces crabes d'Amérique du nord (côte ouest) ont été surveillés par une équipe du Bates College, dans le Maine, qui a montré que le fait d'être "indisposé" était clairement associé par les crabes à la nourriture, car ils refusaient d'en reconsommer s'il s'agissait d'un met nouveau. Par contre, s'ils étaient malades après avoir consommé un produit très courant dans leur environnement (empoisonné par les chercheurs), ils n'hésitaient pas à en continuer à s'en nourrir par la suite . Comme quoi on peut être crabe et attribuer une intoxication à un accident ponctuel (comme l'intervention de l'homme ?).

10 % : c'est la quantité d'énergie nationale que la Danemark veut produire à partir du vent d'ici l'an 2000. Dans six mois une ferme de 11 éoliennes offshore sera installée par 5 mètres de fond, à plusieurs kilomètres de la côte. Un bon moyen pour avoir davantage de vent, mais aussi pour épargner aux oreilles des Danois le sifflement ravageur des éoliennes au travail...

Brèves Décembre 1990

Superbe, le papillon monarque se protège aussi de ses prédateurs potentiels en étant vénéneux. Danaus plexippus est tellement toxique que ceux qui le consomment ont toutes les chances de mourir en quelques minutes, dans des souffrances atroces...
Tous, sauf Peromyscus melanotis. Cette souris de la région mexicaine migre en hiver vers des montagnes ou viennent se reposer des hordes de monarques. John Glendinning et Licoln Browner de l'université de Floride ont étudié cela de plus près, pour s'appercevoir que les souris font un véritable festin de papillons. Très nutritif, ce plat hivernal, riche en lipides. Entre novembre et avril, ce sont des 10 million de papillons par hectare que l'on trouve dans cette région centrale du Mexique, et qui constituent des proies faciles pour les souris, en raison de leur engourdissement hivernal, par des températures inférieures à 6 degrés C.
Grâce à cet appétit protégé, la souris est capable de se reproduire même en hiver, alors que les autres espèces, pourtant très proches de cette souris, s'abstiennent. Elles ont raison, car pour elles, les papillons seraient mortels. Se nourrissant de milkweed (Asclepias), le monarque en extrait des cardenolides et des alkaloides toxiques, attaquant à la fois le système nerveux, le foie et les poumons des autres prédateurs.
Comment fait cette souris ? On l'ignore encore, mais elle évite déjà la plus forte dose de poison en ne consommant que les parties internes du papillon (moins de 10 % du corps), plus pauvres en toxiques.

Les lézards mâles, ainsi que les serpents ont deux pénis. Lequel utiliser ?
Chacun de ses pénis est relié à un testicule, l'un à droite, l'autre à gauche...
Richard Torkaz et Joseph Slowinski de l'université de Miami ont étudié le comportement du lézard Anolis carolinensis, pour découvrir que le choix du pénis à utiliser dépendait de celui dont il s'étaient servi la dernière fois, et de combien de temps s'était écoulé depuis l'accouplement précédent.
Un comportement que les chercheurs expliquent par la compétition des spermatozoïdes. Pour eux, si une femelle s'accouple avec plusieurs mâles, c'est celui qui aura délivré le plus de sperme qui aura davantage de chances de procréer. Pour être sur de délivrer une quantité importante, les mâles alternent donc les pénis s'ils copulent plusieurs fois en 24 heures. Si les accouplements sont plus espacés (72 heures dans les tests), ils se servent de préférence d'un pénis, probablement celui avec lequel ils se sentent le plus à l'aise. Effectivement, les mesures ont montré que la quantité de sperme disponible retrouvait un niveau "normal" qu'après 24 heures de repos du pénis.

Lobocraspis griseifuda se nourrit du malheur des autres? C'est banal, mais dans ce cas, c'est une image : ce papillon de nuit du sud-est asiatique boit les larmes de grands mammifères, comme des buffles d'eau (water buffle). Posé au bord des yeux, ils se nourrissent à plusieurs, comme s'ils étaient installés au bord d'un point d'eau.. Plusieurs dizaines d'espèces procèdent d'ailleurs de la même manière dans l'ensemble des pays tropicaux, avec plus ou moins de délicatesse dans l'approche de leurs hôtes. Leurs victimes ? Le bétail, les chevaux, les porcs, les tapirs, les cerfs et les éléphants, et même à l'occasion, les humains. Des préférences liées à la composition chimique des larmes de chaque espèce, mais aussi à sa réponse comportementale, acceptant ou non la présence de tels buveurs, estime Hans Bänziger, entomologue à l'université Chiang Mai de Thailande.
Le papillon introduit généralement sa trompe dans l'oeil pour l'irriter, afin de provoquer une lacrimation importante. Il est même capable d'introduire son proboscis entre les paupières closes, pendant le sommeil de la bête.
En buvant de larmes, le papillon recherche le sel, l'eau, mais aussi les protéines (albumine et globuline), voire des cellules comme les globules blancs chez des animaux malades. D'ailleurs cette stratégie est largement soupçonnée d'être à l'origine de la transmission de conjonctivites
, ainsi que d'autres maladies bactériennes et virales.



Son appétit pour les noix de cocos est inépuisable. Oryctes rhinoceros, un beau scarabée de 10 cm de long, bardé d'une trompe est un redoutable parasite pour les pays producteur de cocos. En se reproduisant 4 à 5 fois par mois, il est capable de dévaster une plantation en quelques semaines, en consommant les jeunes boutons, et la couronne des palmes. Une parade proportionnel à l'assaut pourrait venir d'un champignon, Metharrizium anisopliae (Green Muscardine Fungus). Pour protéger les plantations précieuses à la balance commerciale de leurs pays, les chercheurs philippins du centre de recherches de Davao espèrent enrayer les proliférations de l'efficace insecte. Le champignon s'attaque aux larves d'oryctes et à rien d'autre, et les décime en une douzaine de jours. Le traitement, qui consiste à épandre le champignon mêlé à de la pulpe de coco, revient deux fois moins cher que la technique des pesticides (20 francs par hectare, contre 45), tout en évitant la mise à mal de tout l'environnement local.


Les serpents de mer du Pacifique, une espèce redoutable à la morsure mortelle, préoccupe actuellement les sujets britanniques. Certains chercheurs imaginent qu'en cas de réchauffement des mers, les serpents pourraient envahir l'Atlantique et s'en prendre aux plagistes du Royaume-Uni. My Lord !


Le cosmos, c'est le chaos. Du moins jusqu'à ce que des astronomes trouvent en 1989 des regroupements, des amas de milliers de galaxies formant des "murs" géants, rangés par strates les uns derrières les autres. Pourquoi une telle organisation de concentrations galactiques dans l'univers, alors que les théories annoncent une répartition homogène de la matière dans tout l'espace ?
Pour s'y retrouver, le chercheur néerlandais Rien Van de Weygaert, de Leiden a utilisé le support mathématique du soviétique Voronoi, en découpant ce ciel en petites cellules contenant chacune une galaxie. En passant à un tel système, et en simulant son évolution à travers l'histoire de l'univers, l'astronome a pratiquement retrouvé artificiellement le paysage de notre cosmos actuel. Les meilleurs ordinateurs qui avaient jusque là fait chou blanc dans ce genre de calcul ont été ridiculisés par cette simple application de modèles mathématiques originaux, qui permettent de prévoir l'actuel rassemblement en grappes d'une matière qui était répartie de manière homogène, il y a dix milliards d'années.

Alliages

Les promesses des alliages contre nature
Vévrier 1991

Les matériaux sont plus qu'à la mode, ils traversent une authentique révolution. Insidieusement, les objets les plus ordinaires de notre environnement changent. Avec des enjeux industriels qui s'expriment en milliards de francs d'économies ou de plus-value. Qui s'aperçoit aujourd'hui que dans un radiateur automobile l'épaisseur des feuillards de cuivre a été divisée par deux en dix ans ? Que l'emploi d'aluminiums plus élaborés pour nos chères voitures a permis de réduire l'épaisseur de ce métal de 12 à 8 mm en moins de dix ans ?

Dans cet étrange devenir des matériaux, "la révolution technologique la plus importante de cette décennie", souligne Gérard Beck, responsable du pôle matériaux du CNRS, les alliages métalliques sont peut-être les plus étonnants. Voilà nos traditionnels métaux, que la main de l'homme travaille au corps depuis des millénaires, qui se retrouvent depuis quelques années à la pointe de l'actualité scientifique et industrielle.

On croyait jusqu'ici que les métaux étaient sages. Entendez par là que leur sructure, de type cristalline était immuable, du moins prévisible. Pensez-vous ! En les soumettant à des variations de températures très brutales, on réussit à en figer les atomes dans un désordre qui s'apparente à celui des liquides ! Et du coup, dans ces "verres métalliques", les propriétés des alliages sont transformées, ils acquièrent des capacités magnétiques meilleures, sont plus résistants, et plus souples. Des performances délicates à atteindre, puisqu'il s'agit tout de même de mettre en oeuvre des vitesses de refroidissement de l'ordre du million de degrés à la seconde, pour que la structure demeure désorganisée ! Saint-Gobain fabrique de cette manière des petites fibres de fonte amorphe, ultra-résistantes, que l'on injecte avec du béton dans les tuyauteries d'installations industrielles ou d'immeubles, pour les rénover.

Les alliages métalliques de nouvelle génération, il y en a de toutes sortes. D'abord les extrèmes, ceux que l'on tente de réaliser contre nature, par exemple dans les laboratoires des stations orbitales, dans l'espace, en se débarrassant des contraintes de la pesanteur. Comme lorsqu'il s'agit d'associer le zinc et le plomb, de densités différentes. Mais aujourd'hui, un alliage c'est aussi l'association d'un métal avec une couche de surface, souvent très mince, qui va modifier ses propriétés. Un "traitement de surface" qui peut être obtenu au moyen d'un bombardement par d'autres atomes. Une technique qui consiste à utiliser la violence, à implanter de force dans la structure du métal un élément étranger.

Une recette qui parait simple. On fabrique des ions, des atomes dont la charge électrique est modifiée, et on les accélère jusqu'à atteindre des milliers de kilomètres par seconde. Transformés en "micro-bombes" les ions sont projetés, injectés entre les atomes du métal récepteur. L'alliage nouveau est réalisé par implantation ionique.
Ce "viol" de la structure du métal ne se pratique toutefois que sur des épaisseurs limitées, de l'ordre de quelques dixièmes de microns (millionième de mètre). Mais les sorciers des matériaux en dégagent déjà de beaux atouts. "Sur des aciers utilisés dans des engrenages, des pignons de boîtes de vitesse, on peut gagner en longévité, multiplier par deux ou par trois la vie d'une pièce", explique Jean-Claude Desoyer, directeur du laboratoire de métallurgie physique de l'université de Poitiers.
En intensifiant suffisamment les bombardements, les chercheurs parviennent même à désorganiser suffisamment le métal récepteur pour lui imposer une mince couche de structure amorphe, aux propriétés étonnantes.

"Par l'implantation, on bouscule et on brise l'organisation des atomes. On peut ainsi arriver à l'état amorphe, qui confère des propriétés de résistances à l'usure, à la corrosion. On pourra aussi mieux plier ces alliages, ce qui permet de réaliser industriellement des cannes à pêches métalliques", précise Jacques Delafond, le responsable des recherches sur l'implantation ionique à Poitiers. Des aciers "implantés" avec de l'azote voient aussi leur durée de vie augmenter considérablement. Un exemple : les lames de rasoir. Avec un peu d'azote en surface, le tranchant est garanti dix fois plus longtemps.
Une autre direction séduisante est celle de la métallurgie des poudres. L'alliage est formé à partir de poudres métalliques diverses, que l'on comprime fortement à chaud. Une démarche qui conduit à des propriétés inconnues, en permettant, là encore la réalisation d'alliages contre nature, mais cette fois dans toute la masse d'une pièce. On peut associer des métaux avec des céramiques, chercher à combiner des métaux divers en fonctions des propriétés finales que l'on recherche. Un exemple : la réalisation de contacts électriques très résistants à l'usure, au moyen d'un alliage Cuivre-Aluminium-Oxygène, qui possède à la fois une bonne résistance mécanique et une bonne conductivité électrique. Une invention du laboratoire de Poitiers, protégée par un brevet international. A la SOCHATA-SNECMA de Chatellerault, ce sont les réacteurs que l'on régénère, en projetant à chaud des poudres métalliques sur les aubes abîmées des réacteurs.

A propos de moteurs : le réacteur M88 qui équipera le futur chasseur Rafale de Dassault pèsera 500 kg au lieu des 1.500 du moteur M53 du Mirage 2 000 (1). A performances égales, le secret de cette cure d'amaigrissement est bijou de métallurgie, un "superalliage" à base de Nickel et d'Aluminium, dont la texture même a été orientée à travers diverses opérations, de manière à être la plus efficace et la plus résistante possible. Huit équipes de recherche ont collaboré pour parvenir à ce superbe résultat. On entre ici dans le domaine des alliages conçus et "tramés" au niveau atomique en fonction de leur projet d'utilisation. Non seulement les ingénieurs ont ainsi gagné 60 degrés de température de fonctionnement du moteur, ce qui est gage d'efficacité, mais ils ont du même coup réduit le poids ! Mentionnons encore à l'occasion de cette incursion aéronautique les alliages d'aluminium et de lithium, de plus en plus utilisés pour les structures des avions, et qui tiennent tête aux matériaux composites.

Pouvant apparaître a priori comme plus traditionnelle, la technique de l'évaporation de métaux pour former des couches successives, sorte de sandwich, est elle aussi en pleine évolution. Au laboratoire de Métallurgie physique de l'Université Nancy 1 (CNRS), les associations d'un métal et d'un semi-conducteur, d'un métal et d'une terre rare, ou tout simplement de plusieurs métaux sont obtenues en chauffant, dans une enceinte sous vide, deux creusets. Dans chacun d'eux est déposé un produit à évaporer, qui va aller se déposer sur un substrat quand on l'évaporera. Chauffées par bombardement d'électrons, ces creusets façonnent par exemple de futures têtes magnétiques de magnétoscopes, plus efficaces (alliages Fer-Chromes, université d'Orsay), ou des miroirs capables de dévier des rayons X. "Le principe est simple, on tente de marier les métaux en cherchant à concilier les avantages de chacun d'entre eux avec ceux des autres, en empilant de très fines couches alternatives", explique Maurice Gerl, le vice-président de l'Université Nancy 1.

Secret de ces nouveaux alliages : la valeur ajoutée. A tel point que chaque fois qu'une nouvelle méthode d'alliage "intelligent" entre dans l'industrie, les tonnages de matière nécessaire à la fabrication d'un produit diminuent.


(1) Dossier matériaux de "Science et Technologie", numéro 15.

Brèves février 1991

Le Soleil est en panne. Le sommet de la crise annoncée, le paroxysme d'activité du cycle solaire de 11 ans, qui devait se produire en 1991 n'a pas eu lieu. C'est d'autant plus étrange après les colères de 1989, des spasmes qui avaient plongé neuf millions de personnes dans le noir au Québec en faisant "sauter les plombs" de la distribution électrique, provoqué des dizaines d'aurores boréales, et fait chuter plusieurs satellites qui se trouvaient en orbite. Munis de leurs archives, calculs à l'appui, les astronomes s'attendaient à ce que 1990 soit pire encore. L'année de tous les dangers solaires, le sommet du cycle le plus actif depuis que les colères du Soleil sont enregistrées. Attention, disaient-ils à l'adresse des cosmonautes qui séjournent dans l'espace, mais aussi des utilisateurs des fréquences radio...
Hélas, la crise annoncée, le paroxysme n'a pas eu lieu. Et sans que l'on sache pourquoi, l'astre a brutalement décidé que cela suffisait comme cela, que le cycle de 11 ans serait cette fois plus court d'une année, et qu'en guise de sommet d'activité, on se contenterait des orages magnétiques du mois de mars 1989. Ce furent tout de même les plus forts jamais provoqués par le Soleil, pour Pierre Lantos, responsable des prévisions solaires à l'observatoire de Paris-Meudon. Pour lui, c'est une leçon : "les prévisions solaires, ce n'est pas encore la météo".



Météosensibles, nous le sommes tous. Même si nos cheveux ne se dressent pas toujours sur notre tête lors des orages. L'Environmental Health Center de Dallas a étudié les mécanismes qui relient les plaintes des rhumatisants et l'humidité, l'état nerveux des hardes et la direction du vent.
Les conclusions les plus intéressantes sont celles sur les orages. L'état d'excitation qu'ils provoquent serait lié au fait que les ions positifs s'amoncellent dans l'air, lorsque des couches d'air de température différentes se rencontrent. Ces ions positifs ont des effets néfastes sur la santé et contribuent à la "tension" ambiante, s'ajoutant à celle produite par les champs électriques présents. Enfin, la pluie et les éclairs nettoient l'air de ces ions, et c'est pourquoi on se sentirait soulagé lorsque l'orage éclate.
Une variation de température brutale, elle, provoque une vasoconstriction, un reserrement des vaisseaux sanguins quand elle est la baisse, et une vasodilation à la hausse. Ce qui est synonyme de risques cardiaques et d'angoisse quand il fait brutalement froid, et de paresse du coeur et de lassitude quand le thermomètre s'emballe à la hausse .





Les termites changent le visage de l'Afrique. Tom Wood et Peter Brinn, du National Resources Institute britannique , travaillant dans une ferme du Bostwana, ont constaté que le maïs et le sorgo qu'ils testaient poussait anormalement vite. Se penchant sur le problème, ils sont découvert que les responsables étaient les termites. Les colonies du genre Odontermes du petit insecte modifient complètement le terrain, sur des kilomètres, en creusant des fossés et en érigeant des crètes. Modifiant ainsi la texture et l'irrigation des sols, ils avantagent la végétation. Les fossés, en forme de dépressions, peuvent atteindre deux mètres de profondeur, sur des kilomètres de long, et font ressembler le paysage à une vaste tôle ondulée, à une houle océanique. Le but de ces vallonnements étant probablement de maintenir les colonies au sec, sur les parties les plus élevées.
Les colonies de termites qui construisent de telles bandes de terre sont connues depuis la fin des années 70. Mais c'est la première fois qu'il est montré qu'elles sont capables de multiplier par un facteur 5 les récoltes, en favorisant l'irrigation.
Les chercheurs vont maintenant tenter d'utiliser les bonnes dispositions naturelles de ces termites pour améliorer le rendement des cultures dans la région de Kgaphamadi.

Arrachez donc une feuille à un Bursera, cet arbre d'Amérique centrale. Votre main sera immédiatement aspergée d'un jet d'aérosol, capable en tous cas de décourager les ruminants de s'attaquer à l'arbre, estime Judith Becerra, de l'Université d'Arizona.
Le cocktail chimique du Bursera contient des terpènes, des agents chimiques très désagréables, que la cassure de la feuille permet de projeter pendant 2 à 3 secondes à 15 centimètres de distance.
Pour les chenilles qui s'attaquent à ses feuilles, l'arbre a une autre défense. Dès qu'une feuille est entamée, par la blessure s'écoule un fluide, recouvrant la feuille et contenant lui aussi des terpènes.
Une seule chenille, non identifiée, semble avoir trouvé la solution. Elle bloque le système de défense, en attaquant la feuille à sa base, là où elle est rattachée à la branche. Ce qui lui permet de déconnecter le mécanisme de défense de l'arbre pour la feuille qui l'intéresse.


20 milliards de Dernière estimation en date de la population du cosmos : 20 milliards . L'univers est remplit de galaxies, bien davantage que l'on pensait jusqu'ici. A chaque fois que l'on améliore les capteurs électroniques des télescopes, ces "yeux" des astronomes que sont devenus les détecteurs électroniques, on recense de nouvelles galaxies par millions.

Brèves mars 1991

Coup de vieux pour la théorie de la matière noire. L'hypothèse selon laquelle les galaxies se formeraient dans l'univers à partir de particules sombres et froides éparpillées dans le cosmos est en pleine implosion. Surtout, cette matière noire expliquait que l'ensemble de étoiles observables sont trop légères pour rendre compte de la masse théorique de l'Univers. Les astronomes avaient alors imaginé depuis des décennies que de colossales quantités de matière sombre et invisible (car non productrice de lumière, comme les étoiles), tapissait le cosmos.
C'est cette idée qui est en train de s'effriter. Sur les dernières images prises du cosmos par des satellites spécialistes de l'infra-rouge, les astronomes se sont en fait aperçus qu'ils avaient sous-estimé le nombre d'étoiles, de galaxies, mais aussi la densité de la matière brillante. Aux oubliettes, donc, le charbon sombre de l'univers. Il se pourrait bien que cette première brèche dans la vision du cosmos ouvre la voie à quelques révoltions plus importantes encore dans les concepts cosmologiques. C'est toute le vie de l'Univers qui est en train d'être reconsidérée, sous les coups de projecteurs des nouveaux moyens d'observation.


L'élévation du plateau du Tibet et des Montagnes Rocheuses dans l'Ouest américain, il y a 40 millions d'années, aurait causé une modification radicale de la circulation atmosphérique. Et aurait permis l'apparition du climat tel que nous le connaissons aujourd'hui. Auparavant, pas de steppes, ni de toundra, ni de déserts. Sans reliefs très élevés, la Terre était soumise à un climat plus global, avec moins de constrastes, selon une publication de géologues américains.


Flottons-nous sur un océan de pétrole ? Selon l'américain Thomas Gold les entrailles de la Terre, à plus de 8.000 mètres sous le sol, sont remplies d'hydrocarbures qui ont été enfermées là lors de la formation de la planète.
Un forage suédois semble lui donner raison.

Pour éviter que les baleines ne continuent à s'échouer sur les plages, en Nouvelle-Angleterre, les techniciens locaux proposent de mouiller des bouées émettrices de signaux, ou encore de gros ballons sous-marins au large des plages en pente douce. Des obstacles qui alerteraient les baleines de la présence de la côte, en pente très douce dan cette zone.

Les poissons sont de bons vivants. Ils supportent même de se voir congelés avant de retrouver toute leur vigueur. Il est connu depuis 1912 (études menées en mer Caspienne par Bachmetief) que les poissons peuvent supporter d'être gelés pendant des laps de temps assez long, car ils sont capables de réduire doucement leur métabolisme lors d'une chute de température, pour se mettre en état de quasi-hibernation. Ils sont même dotés d'une enzyme particulière, qui leur permet cette adaptation. Ceux qui supportent le mieux l'opération sont les poissons plats, avec une grande surface de peau, ce qui leur permet de respirer, en se passant d'eau pendant quelques heures...
Les chercheurs de la Japan Airlines s sont souvenus de cette caractéristique pour leurs transports de marée entre les ports japonais et Tokyo, qui se pratique aujourd'hui dans des avions-cargos-aquariums véhiculant davantage d'eau que de poisson. Les Japonais voulant voir arriver les poissons vivants, Japan Airlines va donc tenter de généraliser l'hibernation forcée, testée avec succès sur des soles, pour réduire l'encombrement à bord des avions.

C'est la pléthore de cratères sur Vénus. Depuis que le regard de la sonde Magellan s'est posé sur la belle planète, les scientifiques ne savent plus où donner du nom. Car il faut les baptiser, tous ces nouveaux cratères. Pour rendre hommage au caractère mythique féminin de Vénus, une centaine de femmes célèbres vont voir leur nom immortalisé. De la reine ostrogoth Amalasuntha à la photographe Georgette Chapelle, tuée au Vietnam. On en cherche d'autres...

Quand deux chercheurs japonais se rencontrent, ils échangent leurs cartes de visite. Quand ils étudient les primates, ils font de même : ils recherchent le titre et le rang des individus au sen d'un groupe, estime Pamela Asquith, anthropologue à la canadienne université de Calgary. ce qui a frappé cette chercheuse, c'est que les scientifiques occidentaux, quand ils étudient le comportement des primates, y cherchent des origines génétiques ou les résultats de la sélection sexuelle.
Les Japonais, eux, privilégient les explication antropomorphique, tiennent compte des atmosphères au sein d'un groupe, et de la pression sociale. Une manière de voir qui permet aux nippons de distinguer des éléments qui échappent aux occidentaux. Ils accordent ainsi une grande importance au respect de la famille chez les singes, et l'évitement de l'inceste.
Cela tient également de la culture japonaise, et des tendances spirituelles de ce peuple, qui place les animaux à l'égal de l'homme face aux Dieux. le plus frappant, selon Asquith, c'est que les Japonais retirent des textes des publications internationales qu'ils font des interprétations et des observations qu'ils savent par avance choquante pour les chercheurs occidentaux. ces éléments sont par contre présents dans les versions japonaises des textes.

Chiron n'a pas finit de nous réserver des surprises. Les astronomes de l'Université d'Arizona pensent aujourd'hui que cet objet de type cométaire qui traîne entre les orbites de Saturne et d'Uranus est deux fois plus gros que ce que l'on pensait (372 km de diamètre au lieu de 180), mais réfléchit très peu de lumière.

Elles s'appellent Paepalanthus, Velloziaceae, Gomphera. Elles ont superbes et quasiment exclusives, pour bon nombre, de la savane brésilienne en altitude. Elles sont menacées de disparition par l'exploitation intensive de leur beauté à des fins commerciales; Elles font de très beau bouquets, soi-disant immortels...

Primula vulgaris, la primevère commune, a un souci. Si elle constitue un bel exemple de pollinisation croisée entre des fleurs mâles et femelles, en comptant sur les insectes pour sa production, il en existe une variété auto-fécondable, (fleurs mixtes) mais qui se reproduit difficilement et demeure rare. Comment cela peut-il être, mon cher Watson,, alors que normalement cette primevère-là devrait avoir envahit nos prés ?
En fait, des biologistes britanniques pensent avoir trouvé la solution. Paradoxalement, cette plante n'a pas de succès car elle est trop fertile, estime le biologiste Mark Boyd (Open University).
Une capacité à fabriquer des graines qui en fait, épuise la plante et condamne les semences à être de petite taille. Hors les autres primevères, sexuées, si elles produisent moins de graines, fabriquent des semences de plus grand taille. Et c'est là que se fait la différence. Les grosses graines ont une efficacité de croissance et de transformation en plantes beaucoup plus importante que les petites. CQFD, mo n cher Georges.

On a enfin trouvé la plus brillantes des étoiles du moins dans notre galaxie. VI Cygni N° 12 se trouve dans la constellation du Cygne, et émet un million de fois plus de lumière que notre Soleil. Si elle était proche comme Alpha du Centaure, l'étoile la plus voisine de notre système solaire, on la verrait grosse comme la Lune dans notre ciel.


Les racines cherchent la chaleur. C'est une expérience de Marie-Claude Fortin, de la station de recherche canadienne d'Harrow, dans l'Ontario. Normalement, dans un milieu homogène, les racines poussent droit, en suivant les lignes imposées par la gravitation. mais si l'on place une source de chaleur dans le sol, on s'aperçoit que la croissance se fait en direction de celle-ci.Les racines peuvent ainsi détecter des écarts de 0,05 degrés, ce qui n'est pas mal. Mas la plus grande sensibilité des racines s'exerce vers 15°C. A partir de 32 degrés ambiant, les racines ne répondent plus aux écarts de température.
Ce mécanisme semble être destiné à maintenir les racines dans une zone proche de la surface, où sont présents les nutriments. Si la plante descendait trop bas, elle sortirait souvent des régions du sol riches en éléments nutritifs.
Comment des écarts de température aussi faibles sont-ils repérés par les cellules vivantes ? C'est la question. La réponse, elle, n'est pas connue, mais les chercheurs pensent à des mécanismes de détection du degré de mobilité des graisses dans les membranes cellulaires, qui indiquerait de quel côté se trouve la chaleur.

C'est bien connu, que les chenilles Riodinidae et Lycanidae entrent souvent en coopération avec de nombreuses espèce de fourmis. les chenilles secrètent un cocktail de protéines et de sucres pour les fourmis, qui en échangent protègent les chenilles contre les guèpes.
Philip DeVries, entomologiste à l'Université du Texas, a découvert que les chenilles hurlent pour prévenir les fourmis quand les guèpes arrivent. Un cri d'alarme qui a été enregistré en posant des micros ultra-sensibles sous les pieds des chenilles, dans le chemin qu'elles empruntaient. Il semble que le signal sonore, qui une fois amplifié évoque un roulement de tambour, provoque des vibrations dans les feuilles et les branches, ce qui alerte les fourmis.

mercredi 21 mai 2008

Avalanches

Mars 1991

Soixante dix tonnes d'explosif. C'est la quantité moyenne de dynamite que font parler chaque hiver les pisteurs et autre artificiers sur les pentes enneigées des montagnes françaises. Pour déclencher par onde de choc, préventivement, les départs d'avalanches qui menacent les pistes, et parfois les vallées bâties. Si l'on compte une moyenne de 2,5 kilos employés par détonation, on assiste ainsi chaque hiver à 28.000 emplois d'explosifs dans nos blanches montagnes. Un chiffre considérable, qui traduit la préoccupation croissante de "sécuriser" des domaines skiables de plus en plus gigantesques. Car les massifs français, qui représentent près du tiers du domaine skiable mondial, prennent des allures titanesques avec plus de 1 100 kilomètres carrés de pistes et plus de 6 millions de skieurs annuels, dont un million d'étrangers. Malgré toutes les précautions prises, il se produit une quarantaine d'accidents avalanches par an, avec le triste résultat de 20 à 30 décès.
Dans les grandes stations dont la réputation est en jeu, c'est l'inflation à la sécurité. Non seulement on balise et on ferme de plus en plus facilement des pistes au moindre risque de déclenchement de coulée, mais les artificiers et leurs assistants enchaînent des nombres impressionnants d'"actions temporaires actives", comme on désigne techniquement ces feux d'artifice de neige.

Concrètement, cela consiste encore la plupart du temps pour les pisteurs-artificiers à partir avant l'aube, vers 4 ou 5 heures du matin, pour rejoindre les pentes à traiter. Pour gagner des points soigneusement repérés et identifiés, pas toujours facile d'accès, et balancer en contrebas, au bout d'une corde, la charge explosive. Parmi les victimes d'avalanches, on compte ainsi des artificiers. Le plus souvent en raison du départ plus important que prévu de l'avalanche, qui suprend les techniciens les plus chevronnés (et ce qui interdit en principe le déclenchement des avalanches au-dessus de zones construites). Plus rarement en raison d'un accident d'explosif. Pour contourner ces risques, mais aussi pour pouvoir traiter davantage de couloirs à avalanches avant que les premiers fanatiques de poudreuse ne se soient élancés dans la griserie des pistes, les techniciens innovent. Ils tentent de mettre au point de nouvelles méthodes pour débarasser la montagne de sa neige instable, mais aussi de nouvelles astuces techniques.

La grande solution, inventée en France par le Cemagref, et devenue déjà relativement classique, consiste à installer un câble qui passe en surplomb des zones de départ d'avalanches. On envoie des charges explosives, suspensues à ce câble, et on peut traiter plusieurs couloirs d'avalanches simultanément. Mais le Catex est un sytème coûteux (300.000 francs par kilomètre installé) qui peut s'avérer dangereux. Il arrive que les charges, soumises au chocs du transport sur ce mini-téléphérique, à l'humidité, n'explosent pas. Les explosifs amorcés sont alors particulièrement redoutables.

Une solution qui paraissait d'avenir dans les années 70, le canon, ou plus exactement le propulseur de flèches explosives, a aujourd'hui perdu beucoup de partisans : les flèches de deux mètres de longeur qui doivent se ficher dans le mantea neigeux ont du mal à grimper des dénivellées importantes en étant propulés par de l'azote comprimé dans le canon. Ce qui oblige les artificiers à prendre des risques en venant se placer en contrebas de la zone des départs d'avalanche. Et le système est en définitive relativement coûteux.

Plus simple, et très efficace, le bombardement. "Certaines stations augmentent simplement la cadence des tirs en utilisant l'hélicoptère", explique François Rapin, de la division nivologie du Cemagref (centre de recherche sur le matériel agricole) de Grenoble. Depuis deux ans, le contrôle strict des activités d'artificiers dans la montagne a en effet dérogé, pour les hélicoptères et des équipages entraînés, à la rêgle de toujours rendre un explosif éventuellement non détonné accessible, de manière à pouvoir le récupérer. Une manière de rendre possible le "bombardement" intensif des sites de départ d'avalanche, simplement en jetant la dynamite amorcée depuis l'appareil. Pour assurer une plus grande sécurité, les amorces de ces charges sont doublées, "pour éviter que l'explosion n'ait pas lieu, et qu'un montagnard puisse ramasser une charge dangereuse", précise François Rapin. C'est cher (l'heure d'hélicoptère est à plus de 7.000 francs), mais très efficace. Certaines stations parviennent ainsi à provoquer 50 explosions par heure !

Une autre innovation, toute récente, risque cette fois de rencontrer un succès aussi important. Renonçant cette fois à toute utilisation d'explosif, le Gaz-Ex de la société Schippers présente en outre l'avantage d'être télecommandé. Il s'agit tout bonnement d'un gros tube (de 1,5 mètre cube de volume), ancré sur un bloc de béton, orienté face à la pente, et alimenté par de l'oxygène et du propane en bouteilles (déposées dans un abri pendant l'été). On commande à distance (par radio ou câble) le remplissage du tube, puis la mise à feu du mélange. L'explosion est alors particulièrement efficace pour déstabiliser le manteau de neige. Le seul inconvénient du système est celui du prix : un seul tube, en fonction de la complexité du site, peut coûter entre 200.000 et 400.000 francs, et ne pourra jamais faire partir les mini-avalanches que sur un seul couloir. Pour une protection complète, il faudrait multiplier les tubes par le nombre de réservoirs à valanches

A la veille des Jeux Olympiques d'Albertville, il importe aux responsables de la sécurité avalanches des massifs de renforcer encore leurs efforts. Des mesures particulières de sécurité ont ainsi été prises sur les sites olympiques, indique-t-on au Comité d'Organisation, comme sur la face de Bellevarde, qui surplombe Val d'Isère. Mais aussi sur les routes qui mènent aux stations. ce sont la plupart du temps des mesures "passives", comme les tunnels de protection, les rateaux de fixation de la neige sur les pentes. Pour éviter de voir des milliers de spectateurs bloqués dans une station par simple coupure de la route d'accès par une coulée.

Brèves avril 1991

ANNEAUX
Dans le passé, la Terre elle a du posséder des anneaux, à la manière de Saturne, pense Kaare Rasmussen, du Musée National de Copenhague. Ses études statistiques sur les élements historiques relatant les passages de météorites depuis 800 avant J.-C.lui font dire qu'à certaines périodes les objets errants de l'espace ont formé des anneaux autour de la Terre. Et ce genre de captures peuvent très bien se reproduire à nouveau, selon lui.

COURANT
Les courant électriques du sous-sol font frémir les géologues australiens. Ils viennent de mettre la main sur un courant de plus de 6.000 km de longueur, entre 15 et 45 km de profondeur. Très faible, ce courant induit par le champ magnétique terrestre constitue un élément de plus pour comprendre la formation des continents, les mouvements de notre sous-sol et ses surprises électriques.

QUARK
Plus dense que le quark, l'actuelle "ultime" brique qui forme les particules elles-mêmes, cela n'existe pas. A tel point qu'un groupe de chercheurs norvégiens, à l'université de Trondheim, pense que des étoiles pourraient êre faites de tels quarks. Ce qui rendrait certaines d'entre elles plus lourdes que ce qu'on pensait jusqu'ici, et expliquerait la fameuse "masse manquante" entre le poids théorique de l'univers et celui que l'on observe en comptant les étoiles. La chasse au quark stellaire est ouverte...

SEISMES
Les séismes, désormais, se traquent depuis l'espace. Avec le futur satellite SEISM, que les géophysiciens français ont proposé au CNES, ils seront en mesure, à la fin de la décennie, de repérer depuis une orbite basse les perturbations du champ électromagnétique terrestre liées aux épicentres des séismes. Une constatation qui avait été fait par hasard avec d'autres satellites, et qui permettra demain, peut-être de prévoir certains d'entre eux

COUP DE FOUDRE
C'est beau, mais cela s'épingle difficilement sur un sapin de Noël. La foudre en boule a été reproduite artificiellement dans le laboratoire japonais de l'université Waseda à Tokyo, en provoquant des décharges de plasma (gaz très chaud, ionisé) à l'aide de puissantes émissions de micro-ondes.

PURIFIER
De petites graines, des semences qui ressemblent à des "chickpeas" (en anglais ds le texte) pourraient devenir un moyen économique de débarrasser l'eau des régions tropicales de bon nombre de parasites, bactéries et virus.
Les graines de Moringa Oleifera (horseradish tree), commun en Afrique, Asie et Indonésie, contiennent des protéines qui forcent les particules contenues dans l'eau à coaguler . Avec cette augmentation de masse, elles précipitent au fond du réservoir ou de la mare.
Cette pratique était déjà connue dans certaines ethnies africaines, mais les chercheurs britanniques de Leicester University veulent la répandre à une très large échelle.

IMPITOYABLES
La compétition commence avant la naissance. James Michaelson, du centre anti-cancéreux de Boston pense que dans un embryon de mammifère, les cellules sont déjà en compétition entre elles pour constituer les organes. Une guerre avant la naissance. Et ce sont les cellules qui correspondent le mieux au "programme" et aux compétences demandées qui survivent. Les autres, les briques mal fabriquées, sont éliminées.

Brèves mai 1991

Terre Sauvage

DAUPHINS
Selon des chercheurs espagnols (Alex Aguilar, univ Barcelone), c'est la tiédeur relative des deux derniers hivers en Méditerrannée qui est à l'origine de l'hécatombe parmi les dauphins (plus de 500 cadavres retrouvés en Espagne). Pour ce spécialiste, cette température trop haute et le manque de pluies ont fait baisser les stocks de nourriture a disposition des cétacés. Les dauphins auraient alors consommé leurs réserves de graisses, ce qui les aurait intoxiqué aux PCB (polychlorobiphényls), subtance toxique qui se concentre dans les tissus adipeux. Des virus et d'autres malades habituelles auraient fait le reste sur ces individus ainsi affaiblis.

REMEDES NATURELS
L'institut de Hong-Kong pour les Biotechnologies vient de s'associer à la firme pharmaceutique américaine Syntex et à l'Académie des Sciences de Chine pour un grand oeuvre à l'échelle de ce pays : la recherche, dans les remèdes traditionnels à base de plantes, des substances actives.
Tous les composés des mixtures de soins traditionnelsseront ainsi analysés, testés et évalués, pour voir s'ils peuvent être introduits dans la pharmacopée contemporaine et industrielle. Une démarche qui vise à explorer les plantes, mais aussi les champignons et les micro-organismes associés, qui sont souvent eux-mêmes capables de produire des substances actives en se nourissant des plantes ou des champignons. Il faut notamment tenir compte de la manière de "préparer" les médicaments traditionnels. Une enquète complexe, mais qui devrait livrer aux chimistes de nombreuses nouvelles pistes , car la Chine jouit d'une diversité de la flore qui a été relativement peu mise à profit jusqu'ici par les chercheurs de molécules actives.

BIOINSPIRATION
Toujours à l'affut des astuces de la nature, les industriels en veulent davantage. Les voici, aux Etats-Unis, qui veulent s'inspirer des structures, comme celles des piquants d'oursin, mais aussi des composés chimiques des coquilles d'huitres, des noix de pécan, ou de la plie.
Le secret de la résitance du piquant d'oursin est étonnant. Réalisé dans un matérieu très fragile, la calcite, il est incroyablement solide. Une résitance due à la présende proteines souples entre les fragments de calcite. Tout début de cassure se trouve donc très vite stopée par ces joints souples. Une astuce qui pourrait inspirer les ingénieurs des l'aéronautique et de la métallurgie.
La coquille d'huitre, elle, contient de l'acide polyaspartique, une molécule qui detient le pouvoir de relier fortement les cristaux de carbonate de calcium. Son usage intéresse les industriels, qui veulent s'en servir pour éviter les dépots de calaire à l'interieur des tuyaux, des pompes et des vannes, sans polluer l'eau.
La plie résiste remarquablement au froid, dans de l'eau atteungant moins deux degrés C, elle est à peine incommodée. Et cela grâce à un antigel naturel, un polypeptide qui empêche les cristaux de glace de se construire. Un antigel écolgique et particulièremente efficace, qui remplacerait avantageusement le sel, par exemple, dans les systèmes anti-froid industriels.
Les coquilles de noix de pécan, pour leur part, pourraient être mélanées à des matières plastique, dont elles améliorent la tenue, tout en les rendant partiellement biodégradables.

RADIOACTIVITE
En Norvège, on veut purifier les brebis et les vaches. Du moins les débarasser des élements radioactifs qui ont pu aboutir dans leur organisme à la faveur de l'accident nucléaire de Tchernobyl.
La technique consiste à faire ingérer aux ovins du bleu de Prusse en comprimés une substance qui se lie très facilement au césium, pour l'emporter dans son transit intestinal cette substance radioactive (césium 137), hors de l'animal.
La technique devrait être adoptée rapidement par les zones agricoles d'Ukraine et de Biélorussie qui ont éte touchées de plein fouet par le nuage radioactif, et dont les herbages ont été fortement entachés de césium 137. C'est en broutant que les animaux ingérent la substance, qui se fixe dans leur organisme, s'y concentre, et pollue le lait, mais aussi la viande, et risque d'entrainer à terme des maladies génétiques.

CANNIBALES
Le cannibalisme a toujours fasciné les hommes. Peut-être au point de leur faire prendre un certain nombre de vessies pour des lanternes. Le plus troublant, pense l'anthropologue britannique William Aren, c'est que par exemple les conquistadors pensaient ques les Aztèques étaient cannibales, mais que les Indiens pensaient excatement la même chose de leurs envahisseurs espagnols.
Par ailleurs, estime Aren, bon nombre de restes, d'ossements retrouvés et interprétés comme ayant été produits par des pratiques anthropohages de la part des Néanderthaliens ou d'autres hominidés sont constestables. Comme les récits parfois "passionnés" des explorateurs, colonisateurs et autres missionnaires. Fortement constesté par d'autres chercheurs, les propos d'Aren ont le mérite de poser, une fois de plus une simple question : sommes nous bien certains que notre regard sur les autres et même sur nos ancètres est aussi proche de l'objectivité qu'il devrait l'être ?

MALARIA
Une herbe chinoise, le Qinghaosu (Artemisia annua) sera-t-il le remède du deuxième millénaire contre la malaria ? Elle est en tous cas déjà depuis 2.000 ans le médicament des Chinois pour lutter contre le paludisme. Les premiers essais sur des volontaires occidentaux vont commencer aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. Si les tests sont positifs, cette nouvelle arme ne sera pas de trop pour lutter contre une maladie en pleine recrudescence sous les tropiques, de plus en plus résistante à la quinine.

Simuler le cerveau (Jean-Pierre Changeux)

Simuler le cerveau pour le comprendre
mai 1991


Ils sont environ cent milliards par tête, et on va en parler ce matin entre chercheurs et militaires. Les neurones intéressent l'armée. Dans le cadre des journées "Science et Défense", qui se déroulent mardi et mercredi à Paris, les sciences du cerveau font l'objet d'une série de communications par des chercheurs provenant de laboratoires dont certaines activités sont financées par la Délégation Générale à l'Armement (DGA). Parmi les centres d'intèrêt des militaires en matière de cerveau : l'ergonomie cognitive. Des connaissances intimes sur nos neurones, qui permettront demain de concevoir des machines, des systèmes pouvant être utilisés en tenant compte de la manière de travailler du cerveau humain. Améliorant du coup le confort, la sécurité et l'efficacité du combattant, mais aussi des civils, qui bénéficieront à terme tout autant de ces recherches de base.
Une question clef surgit : pourra-t-on demain faire fonctionner un ordinateur comme un cerveau humain ? Jusqu'ici, le cerveau était souvent considéré comme une "boîte noire", dont on connaissait un peu les entrées et les sorties, mais très mal le fonctionnement.

Depuis quelques années, des laboratoires de plus en plus nombreux se lancent dans cette voie, et tentent de déterminer comment les divers "étages" du cerveau fonctionnent. Ils en appellent à de nouvelles caméras (à positons), pour scruter sans les défaire les entrailles de nos lobes cérébraux, mais aussi à la "modélisation", la reconstitution dans un ordinateur des règles qui gouvernent la vie des neurones. Un travail difficile, puisqu'une fonction comme la parole, ou la reconnaissance des traits met en oeuvre des parties très différentes du cerveau. Et que les mécanismes qui interviennent dans un réflexe pour vous empêcher de recevoir une goutte d'eau dans l'oeil et ceux impliqués dans la prise de décision d'un capitaine d'industrie ne mettent pas en jeu les mêmes "niveaux" cérébraux.

Malgré ces difficultés, Jean-Pierre Changeux, académicien, professeur au Collège de France, directeur d'un laboratoire de recherche (CNRS-Institut Pasteur) est optimiste. Il présente à "Science et Défense" le travail qu'il mène avec Stanislas Dehaene (INSERM-CNRS) sur la modélisation de fonctions cognitives du cortex pré-frontal. "J'estime que comprendre les bases neurales de la cognition est désormais un problème abordable scientifiquement, et nous proposons des modèles, précisément pour établir un lien entre la manière dont les neurones sont organisés et les fonctions cognitives qui sont remplies".
Pas facile pourtant. Pour mettre en relation la structure, la façon dont cette boule de cent milliards de neurones est organisée, avec les fonctions qu'elle remplit, il faudra du temps et de la sueur. Un travail théorique, en pleine effervescence à travers le monde, qui mobilise des chercheurs venant de tous les horizons : physique, mathématique, informatique, intelligence artificielle, sciences de l'ingénieur, psychologie.

Parmi les performances déjà réalisées, il faut mentionner le fait de pouvoir prendre en compte, au sein d'un réseau artificiel de neurones, des interactions avec l'environnement, le monde extérieur. C'est important, car les scientifiques sont aujourd'hui convaincus que le cerveau se façonne tout au long de la vie de l'individu, avec une forte influence de l'environnement, dans un échange permanent avec le milieu culturel, familial et social.
Mais il faut bien avouer que pour l'heure, le fonctionnement de ces machines, réseaux modélisés, reste rudimentaire, et ne présente que des "analogies naïves avec les performances humaines", concède Changeux. Alors, même si les "reproductions neuronales" simulées par des machines savent déjà aujourd'hui apprendre à lire l'anglais (Net Talk, qui tient compte de ses erreurs pour progresser), et si les prochaines générations d'ordinateurs neuronaux, conçues dès le départ pour respecter une architecture comparable à celle des cellules nerveuses, devraient faire des merveilles, il reste à définir le niveau de fonction où ces modèles doivent fonctionner.

Les chercheurs distinguent actuellement plusieurs "niveaux " dans l'organisation du cerveau. Il y a tout d'abord les fonctions très simples, les "circuits élémentaires", généralement des schémas d'action fixe. Du type : "mes sourcils se froncent quand je sens une mauvaise odeur". Ce sont des circuits que l'on retrouve chez la mouche par exemple, dans le réflexe de décollage d'urgence. Quelques neurones montés en "logique câblée" y suffisent. Dans certains laboratoires de robotique, comme au Mobot Lab du Masachussetts Institute of Technology de Boston, les chercheurs mettent sur pattes des "insectes-robots" de ce type, dont les circuits électroniques très simples et très spécialisés s'inspirent des réseaux neuronaux des fourmis ou des abeilles.

A un niveau plus élevé, le "groupe de neurones", constitué en assemblée de plusieurs centaines ou milliers de cellules. Chaque neurone "vote" en faveur d'un élément "codé" de la tâche à accomplir, le résultat global donnant lieu à un ordre ou une représentation. Les règles du codage sont inconnues, mais nous voila à l'étage de la représentation symbolique, de l'entendement (les idées a priori), de la synthèse d'éléments provenant de l'extérieur et de l'intérieur (sensations).
Enfin, à l'étage encore supérieur, voici la raison, la réflexion. Des assemblées de neurones associées dans différents sites du cerveau remplissent les tâches complexes de la connaissance, de la décision, de la stratégie.

Dans leur démarche, Changeux et Dehaene simulent sur ordinateur des fonctions caractéristiques d'une petite et essentielle région du cerveau, le cortex pré-frontal, lié aux architectures de la raison, estiment-ils.

"Le réseau informatique dont il est question doit être capable de sélectionner par l'expérience parmi plusieurs règles qui associent, dans une tâche d'apprentissage, des traits définis d'un objet, par exemple couleur et forme" explique Changeux. Pour tester ce genre de compétence chez l'homme, on dispose de jeux de cartes (de Wisconsin) avec des familles de motifs par forme et couleurs. Le sujet testé doit découvrir la "règle" avec laquelle on lui présente les cartes, s'apercevoir quand elle change, etc....

Les sujets qui ont une lésion pré-frontale, et les personnes âgées réussissent plus difficilement à ce test que les autres. Par contre une machine respectant l'architecture neuronale et capable de passer ce test a été conçue par nos deux chercheurs. En mesure de se souvenir, de raisonner, de tirer bénéfice de l'expérience passée, elle constitue une belle avancée. "Mais nous sommes encore bien loin de la raison humaine !" s'exclame Changeux.

Brèves Juin 1991

TAILLE
En étudiant la taille du corps, la distribution géographique et l'abondance de 147 espèces d'oiseaux, Sean Nee, du département de zoologie de l'Univ d'Oxford a confirmé que plus les oiseaux sont grands, moins ils sont nombreux, les deux chiffres étant corrélés par un coefficient négatif de 0,75.
Un coefficient qui varie cependant avec les espèces, et notamment chez les groupes importants d'oiseaux de taille modeste, dont la variation est moins forte. Ce qui signifierait, selon les chercheurs britanniques, que les oiseaux membres d'un groupe important utilisent et répartissent mieux l'énergie disponible pour se nourrir. Mais à la question : "vaut-il mieux, dans un tel groupe, être un petit ou un gros individu ?" la réponse, d'un point de vue énergétique, semble tout de même demeurer "plutôt un gros".

HUMIDES
Des plantes aquatiques à racines profondes, Victoria amazonica, survivent en ayant les pieds submergés par l'eau. Comment ? En se servant d'un système de pompe à chaleur pour améliorer la fourniture en oxygène de leurs racines.
Les racines de ces plantes ont des conduites spéciales pour acheminer jusqu'à elles l'oxygène, mais elles sont parfois à plus de 4 mètres de distance des feuilles. Pour améliorer la circulation, elles se servent d'un système de ventilation, explique Wolfgang Grosse, botaniste à l'Univ de Cologne.
Ce sont les feuilles qui jouent le rôle de ventilateur, en utilisant un phénomène physique : la thermo-osmose. Les feuilles sont en effet dotées de minuscules pores entre leurs tissus de photosynthèse et les autres. Comme les température à l'intérieur de la feuille et à l'extérieur sont en permanence différentes de près de deux degrés C, les pores créent un effet de sur-pression à l'intérieur de la feuille, ce qui permet de forcer la circulation de l'oxygène à l'intérieur de la plante. A une telle pression, que l'air ainsi forcé sort parfois en traversant les racines, ce qui fait de ces plantes aquatiques des aérateurs de marais.

TELESCOPE
C'est le plus profond regard au monde. Le télescope européen de l'ESO, le NTT (New Technology Telescope à La Silla, au Chili. En visant une région du ciel ou l'on ne connaissait rien, dans la constellation des sextants , on a découvert une dizaine de galaxies (jusqu'à la magnitude 29).

METHANE
Le méthane qu'émettent les rizières en Chine, et plus généralement en Asie contribuerait bien davantage à l'effet de serre qu'on ne le pensait jusque-là. Des études menées conjointement par les Américains et les Chinois à TuZu, dans la province du Szechwan montrent en effet que les plantations chinoise émettent entre quatre à dix fois davantage de méthane que les rizières américaines ou européennes.
Cette différence, que l'on peut imputer aux conditions même de la culture, et aux circonstances climatiques qui favorisent une plus grande activité des micro-organismes locaux associés à ces zones humides, amène les scientifiques à revoir leurs prévisions d'évolution de l'effet de serre atmosphérique. Si la gaz carbonique est aujourd'hui considéré comme le premier gant responsable du réchauffement de l'atmosphère, le méthane pourrait dans les décennies à venir lui voler la vedette. Ca gaz est 25 fois plus absorbant de rayonnements infra-rouges solaires que le CO2, et sa production mondiale est en croissance plus rapide que celle du CO2 industriel. Ceci sous l'effet de la démographie humaine, et de l'augmentation associée des activités agricoles et avicoles impliquant des fermentations émetrices de méthane.

NEUTRINOS
Sous nos pieds, la Terre impénétrable. Des chercheurs japonais ont une idée, pour observer les entrailles de la planète et comprendre la géologie profonde : capter les antineutrinos, des particules qu'émet toujours le noyau terrestre, pour faire une sorte de "radiographie" de la planète. Seul problème, on ne sait guère comment intercepter d'aussi insaisissables particules dans de détecteurs...

ELLE TOURNE
La surveillance de la rotation de notre vieille planète : une jeune discipline en plein essor. Soumises à des vices de fabrication et des caprices sur son orbite annuelle autour du Soleil, notre planète est, depuis 1988, sous la haute surveillance d'un réseau international d'une soixantaine de stations, qui visent des satellites artificiels ou la Lune avec des rayons laser pour se positionner. Dérive du pôle, précessions, nutation, autant de phénomènes causés par le déplacement des eaux à la surface de la Terre, sous l'effet de sa rotation et de l'attraction du Soleil et de la Lune. Egalement induites par des déformations du noyau liquide et du manteau, le sous-sol fluide de notre planète, qui provoque à la surface des déformations de près de 50 cm d'amplitude. Sans oublier, l'atmosphère, qui se déforme avec les saisons et fait qu'en août, la Terre tourne un peu plus vite qu'en janvier. Résultat, la durée du jour varie, s'allonge de 0, 0024 seconde par siècle, et du coup, la Lune accélère et s'éloigne...


MANTE
La mante religieuse, célèbre parce qu'elle est conduite à décapiter son mâle pour pouvoir procréer, est en outre dotée d'une centrale de détection anti-radars hyperfréquences à faire pâlir les avions de chasse modernes.
Le neurobiologiste américain David Yager, de l'Univ du Maryneland a étudié le système d'écoute des ultra-sons des mantes mâles. Celui-ci leur sert principalement à détecter l'approche de chauves-souris en chasse, pour se mettre en position de combat en moins d'un dixième de seconde. L'insecte entame alors une série d'acrobaties aériennes, de freinages, de virages serrés destinés à semer l'agresseur. Mais les vrilles, loopings, piqués et autres accélérations sont adaptées à la proximité du danger, toujours détectés par le système de mesure des ultra-sons. Une tragégie arienne brillante, qui assure à la mante une bonne probabilité d'échapper à son prédateur. Une manoeuvre "extrème" est même prévue, quand la vitesse supérieure de la chauve-souris (9 mètres/seconde) est sur le point de lui donner l'avantage sur sa proie (4 mètres/seconde, mais capacités évolutives supérieures). A ce moment-là,l mante tente un "crash-landing", se laissant brutalement tomber au sol. Elle de fortes chances d'y survivre, moyennant quelques bosses, mais la chauve-souris, elle, ne peut suivre la manoeuvre.

MOUCHES
Chez les drosophiles, les mâles "battent la mesure", grâce à leurs ailes, pour charmer les femelles. Et entre deux espèces, le rythme de la chanson varie. Des chercheurs anglais et américains qui ont travaillé sur ces chants de séduction ont mis en évidence un gène "métronome", qui conditionne le rythme de l'hymne nuptial. On a même pu modifier par manipulation génétique le rythme, le faire perdre à certaines mouches, ou le rendre à d'autres.
Le plus intéressant sera de savoir si la nature et la variation de ce chant influe sur l'apparition de nouvelles variétés de drosophiles (mécanisme de différenciation des espèces), et pourquoi il est lié au rythme circadien (sur 24 heures) de la mouche.

SEXE A PLUMES
Les paonnes aiment les paons avec de belles et grandes roues. Cela, on le savait déjà. Mais comment, et de combien ? Une étude détaillée de MM Petrie et Halliday, tous deux britanniques, vient enfin de préciser le mécanisme de séduction par la roue.
Sur dix mâles présentés à des femelles, un seul assurait 36 % des accouplements, et deux ne s'accouplaient jamais. L'heureux élu était celui aux plumes les plus colorées. Mais quel est l'intérèt pour l'espèce ? Car si les femelles sélectionnent les mâles aux plus belles plumes, rien ne certifie que ce seront les meilleurs reproducteurs, ou de bons associés pour nourrir la famille. L'hypothèse serait que les couleurs et la taille des plumes ont un effet déclencheur sur le potentiel reproductif de la femelle, et favoriserait un plus grand nombre de fertilisations. Augmentant ainsi les chances de survie des individus les plus motivants sexuellement. Bref, on ne sait toujours pas relier la beauté du ramage avec l'efficacité génétique de la sélection. Un siècle après Darwin, le mystère demeure, et les paons continuent de faire la roue...

Quand les machines vous reconnaissent

Au doigt, à l'oeil et à la voix...
Juillet 1991 (Les Echos)


C'est inévitable, dans tout film d'anticipation qui se respecte il faut montrer patte blanche. Et quand on dit patte, ce n'est ni d'une banale carte d'identité ni d'un badge quelconque dont il s'agit. Non, de "2001 l'Odyssée de l'espace" à bien d'autres polars orbitaux, en passant par les derniers exploits nucléaires de James Bond, le héros aboutit toujours devant une porte, ou un terminal informatique pour lequel toute formule d'accueil se résume à l'essentiel : "Identification".
Selon le degré d'imagination de l'auteur ou la fortune des producteurs, il ne reste alors au héros qu'à laisser son oeil se faire fouiller par un rayon infra-rouge (relevé des vaisseaux rétiniens), poser sa main contre une plaque de verre (analyse des contours de la main et des doigts), ou à prendre son meilleur timbre pour s'écrier "Astronaute Cooper. Nasa. Mot de passe Nashville-Tennesse". Et généralement la porte interdite s'ouvre, ou l'écran du terminal de communication s'orne du minois d'une charmante hôtesse de synthèse qui prend la direction des opérations.

Sans le savoir, vous avez donc déjà vu des terminaux de reconnaissance biométrique au travail. Dans la vie quotidienne il faudra attendre encore un peu avant de se faire identifier par une machine à tous les coins de rue. Pour l'instant, les prix des systèmes (plus de 100.000 francs pour ceux qui sont estimés vraiment sûrs) empêchent leur arrivée en masse. Mais plusieurs milliers de ces installations ont déjà été réalisées à travers le monde, chez les consommateurs de haute sécurité : militaires, services de renseignement, laboratoires à zones d'accès limité. Les technologies les plus répandues étant celles de la mémorisation de la géométrie de l'arbre rétinien, le vaisseau sanguin qui irrigue le fond de l'oeil. L'image est obtenue par un scanner optique à infra-rouge, qui lit en quelques fractions de seconde l'image de votre rétine, pendant que vous contemplez paisiblement une cible optique. Un ordinateur (type PC) la compare ensuite à celle stockée en mémoire. Près d'un millier de ces dispositifs ont déjà été installés aux Etats-Unis, notamment par la société Eyedentify. La fiabilité est presque totale, mais l'opération est lourde, trop pour se voir appliquée à des centaines de personnes au passage d'une enceinte. Autre méthode, aux allures plus classiques, les empreintes digitales. Lues par un terminal électronique et comparées à celles enregistrées dans une carte que le candidat à la reconnaissance doit introduire dans la machine. C'est ce que propose la firme américaine Identitix. C'est plus souple, plus rapide, moins cher mais moins fiable : le système est "ouvert" (on est porteur d'une information mémorisée dans une carte), ce qui prête le flanc à la fraude.

La technique présente l'avantage de pouvoir gérer des flux importants de personnes. On peut donc installer de tels dispositifs à l'entrée de grandes administrations, d'immeubles, comme ceux de centres militaires, de recherches, de banques.
Variante au genre digital, la reconnaissance des formes de la main, éprouvée par Mitsubishi, qui diminue les coûts, augmente encore le débit des personnes, et baisse un peu la garde de la sécurité.

"Tout dépend du niveau de sécurité que l'on recherche, et du nombre de personnes à vérifier", explique Michel Tantet, responsable recherche sur la sécurité électronique chez Fichet-Bauche.

Finalement l'idéal ne serait-il pas d'être reconnu par une machine se passant de contact physique, à la simple écoute de sa voix, éventuellement assortie d'un mot de passe ? L'empreinte d'identité vocale suscite aujourd'hui bien des recherches. L'enjeu est énorme. Il s'agit à terme, de pouvoir authentifier à coup sûr l'auteur d'une phrase, d'un mot. Comme on sait aujourd'hui reconnaître une empreinte digitale ou génétique. Mais le système présenterait l'avantage de la souplesse totale. Pour accéder à distance à des banques de données informatiques, s'identifier au téléphone pour des services de télé-achat, accéder à des services divers sans avoir à transporter en permanence avec soi une douzaine de cartes et de badges accréditifs. Mais c'est particulièrement ardu, car la voix est une information fluctuante et éphémère. "C'est plus difficile qu'avec le fond de l'oeil ou une empreinte, car presque tout est variable", explique Jean-Sylvain Lienard, chercheur au Laboratoire d'Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l'Ingénieur d'Orsay (LIMSI). Certes, personne ne parle comme vous. Mais quelle mode d'analyse utiliser pour le savoir ? La simple comparaison des profils des fréquences vocales, pratiquée dès la fin des années 70, est largement insuffisante. Un mot est rarement prononcé deux fois de suite de la même manière, ce qui empêche de trop "serrer" les critères d'identification. Par contre, si l'on est trop tolérant, un bon imitateur (ou une bande magnétique) parviendra à induire la machine en erreur. Bien entendu, un dispositif de reconnaissance simple sera suffisant si l'on veut mettre une sécurité de bas niveau sur une entrée à faible protection, ou ordonner à une porte de s'ouvrir lorsque l'on arrive les bras encombrés d'objets. L'inventive Martine Kempf s'est rendue célèbre en 1985 pour ses prouesses en la matière, avec son Katalvox, qui permettait de commander des fonctions à la voix. de nombreuses applications ont été depuis réalisées, que ce soit dans l'automobile, l'aide logistique aux handicapés, ou les chambres d'hôpital dont les portes, fenêtres et volets s'ouvrent ou se déroulent à la voix . Mais quelqu'un qui souhaite pénétrer dans le local saura vite contourner un tel appareil, a priori incapable d'effectuer un contrôle d'identité vocale.

Pourtant les chercheurs ne désespèrent pas de mettre au point des algorithmes, des méthodes de sélection d'échantillons vocaux pour offrir à leur électronique la possibilité de savoir qui parle. Un domaine qui intéresse bien naturellement les autorités de police, qui aimeraient déjà disposer d'une machine à mettre des noms sur des enregistrements magnétiques. Un appel d'offre a déjà été lancé en ce sens.

Dans l'état actuel des techniques, il est exclu de reconnaître formellement la voix de quelqu'un, enregistrée sur bande magnétique. Souvent l'enregistrement a été réalisé au moment de l'action, de façon à peine préméditée, "sur le vif", au moyen d'un magnétophone de mauvaise qualité, parfois au téléphone (répondeur-enregistreur), avec des bruits de fond, et dans des conditions de stress du locuteur. Sans parler du truc bien connu du "mouchoir devant la bouche" que pratiquent volontiers maîtres chanteurs. "Quand on demande à des suspects de lire pour comparaison vocale un texte, on peut rarement compter sur leur bonne volonté à utiliser le même ton qu'au moment de l'action. Et de toute manière, la situation ne présentant pas le même niveau de stress, le résultat sera souvent très différent", souligne Bernard Prouts, responsable de l'activité traitement de la parole chez Vecsys. Ce qui n'empêche pas les autorités de police de consulter régulièrement les experts sur le sujet. Les scientifiques sont très partagés sur l'intérêt de la démarche, certains, dans le cadre d'une sorte de moratoire, ont pour le moment carrément refusé de travailler dans cette voie.

Aux Etats-Unis, la société Sensimetrics de Cambridge (Massachusetts) vient pour sa part d'annoncer une curieuse prouesse, qui pourrait constituer une percée. Les chercheurs assurent avoir identifié parmi les discours de guerre de Winston Churchill des textes qui avaient été enregistré en studio par un acteur-imitateur, Norman Shelley. Une innocente mascarade destinée à enregistrer a posteriori des discours qui avaient été prononcés en l'absence de micros. Churchill avait autre chose à faire. Une astuce dont personne ne s'était aperçu, et que l'acteur avait confessé juste avant de décéder. Pour parvenir à ce résultat, les ingénieurs ont mis au point une technique qui reconnait la manière dont le Premier ministre britannique associait les formants, les résonances de fréquences de sa voix, pour obtenir des sons. Il suffit de disposer d'un bon enregistrement de la voix de quelqu'un pour façonner cette empreinte vocale. Son intérêt est à première vue de rester constante chez un individu, ce qui permet de reconnaître quelqu'un même si le texte prononcé ou l'intonation changent.

Brèves janvier 1991

NINO
Attention, El Nino arrive. Les eaux du Pacifique sud, avec 1,5 degrés de plus que la normale l'automne dernier sont en train de se réchauffer, ce qui pourrait signifier que le fameux phénomène climatique est en cours de démarrage. Les spécialistes du centre du climat de Washington estiment que la variation climatique se déclenchera cet hiver, mettant en place les habituelles perturbations pour toute l'année 1991. Survenant tous les deux à sept ans, le renversement des courants maritimes et aériens provoque le réchauffement des eaux en surface, la formation de masses nuageuses plus importantes, des pluies violentes en Amérique du Sud et dans le sud-ouest des Etats-Unis, ainsi que des saisons particulièrement sèches en Australie et dans le sud-est asiatique. Ce cortège de conséquences est aussi à l'origine des migrations des poissons et des mauvaises saisons des pêcheurs péruviens, qui lui ont donné son nom d'El Nino.

YEUX CLOS
Quand vous voyez un fauve cligner des paupières lentement, ou un lion le yeux fermés, dort-il vraiment. Pas en captivité , en tous cas, car Mircea Pfleiderre, du zoo d'Innsbruck, a longuement étudié cette fausse somnolence et estime que les fauves ferment les yeux pour éviter le stress. Un moyen de fuir, selon lui, et d'éviter de voir les visiteurs, et de se dire, un peu comme les enfants : "si je ne les vois pas, ils ne me voient pas".

PELICANS
Les embryons des pelicans peuvent communiquer avec leurs parents, selon Roger Evans, de l'université de Manitoba, qui a étudié le pelican blanc (Pelecanus erythrorhynchus). Si les bébés ont trop chaud ou trop froid, ils s'agitent et crient à l'intérier des oeufs jusqu'à ce que l'adulte réagisse. Les pélicans ont en genéral deux oeufs, qu'ils gardent au chaud sur leurs pattes, bien irriguées de sang. Et les parents surveillent de près la température des oeufs. Les ennuis surviennent quand le premier des deux petits commence à briser sa coquille. Il accapare alors toute l'attention de la mère, et comme la sortie peut prendre deux jours entiers, l'autre oeuf, abandonné à lui-même, court tous les dangers pendant ce temps-là. Du moins risque-t-il un coup de chaud sous le soleil, on un refroidissement, si le fond de l'air est frais.
C'est oublier que le petit, déjà, sait crier. Plus il a froid (ou chaud), plus il va crier fort et avec un rythme rapide). La réponse des parents est en général très rapide, ils reprennent l'oeuf sur leurs pattes pour le réchauffer à la température idéale...

CARBONE
La chimie contre l'effet de serre; Les premier projets fous pour se débarrasser du gaz carbonique en excès dans l'atmosphère, et limiter le réchauffement de la planète par effet de serre, prévoyaient d'ensemencer la plancton de l'Antarctique, de la doper pour qu'il puisse absorber davantage de carbone.
Les chimistes japonais de l'Institut de Technologie de Tokyo proposent carrément un composé cuivré, glouton de carbone.
Le produit donne à un liquide une belle couleur bleue profonde, qui vire brutalement au vert dès qu'il est mis en présence da gaz carbonique.
Pas la peine de rêver. Il faudrait des quantités astronomiques de ce produit pour résorber le carbone en excès, et le remède serait pire que le mal, puisque la pollution pourrait continuer, sans sanction.
Par contre la découverte est très intéressante pour étudier et tenter de comprendre l'un des mécanismes les plus mystérieux du monde vivant : la photosynthèse végétale.

GUPPY
Joli petit poisson ne veut pas se laisser manger. Le guppy, Poecilia reticulata, adapte son comportement sexuel à celui de ses prédateurs.
Ce poisson bien connu dans les aquariums va en effet adapter sa stratégie de reproduction à la façon dont ses ennemis préférés aiment le manger.
Si les prédateurs s'attaquent aux petits, les femelles vont se mettre à avoir des portées nombreuses. Tandis que s'ils préfèrent croquer les adultes, les mères vont mettre au monde moins de petits, mais les bichonner davantage pour qu'ils deviennent plus forts, de meilleurs nageurs, capables de s'esquiver plus efficacement.
Cette étude de l'université de Californie, à Riverside, a duré plus de 11 années et a aussi établit que ces comportements étaient mémorisé génétiquement, mais que les poissons étaient capables de changer de stratégie quand leurs prédateurs changeaient. ce qui n'arrive évidemment pas très souvent en milieu naturel, mais très volontiers en laboratoire, sous les yeux de chercheurs curieux.

METAUX
20.000 fortunes sous les mers : un nouveau type de de fond océaniques a été découverte au large de Tonga par les chercheurs de l'Ifremer, dans des régions où les sources d'eau chaude sous-marines sont nombreuses. Surtout ces fonds, à 1.880 mètres sous la surface, sont riches de métaux comme le cuivre ou le zinc, mais aussi d'or et d'argent, à des teneurs comparables aux mines terrestres.

ETOURNEAUX
Les étourneaux sansonnets ont des talents cachés. Ces oiseaux utilisent des plantes comme pesticides, selon le biologiste Larry Clark, du centre chimique Monell, à Philadelphie.
Les oiseaux choisissent certaines plantes pour leur nid, afin de contrôler la présence de parasites suceur de sang, comme les "fowl mites"
On a mesuré que ces parasites se reproduisaient à une telle vitesse et pouvaient atteindre un tel nombre dans un nid que des oisillons pouvaient perdre jusqu'à 10 % de leur sang chaque jour sous les assauts de ces voraces.
Pour combattre cette vermine, les étourneaux utilisent du feuillage verte et frais. La preuve ? Quand les chercheurs retirent ces feuillages des nids, le nombre des parasites passait de quelques milliers à près d'un million par nid. Le feuilles les plus efficaces ? celles des plants de carottes, et les "fleabanes".

SEISMES
Des alertes pour les séismes : une étude approfondie des tremblements de terre californiens du dernier siècle a montré que chacun de séismes majeurs de 1868, de 1906 et de 1989 avait été précédé de "précurseurs" pendant une dizaine d'années, après une période de calme sismique.

Brèves juin 1990

Intrus
Comment se faire un nid douillet au coeur d'une fourmilière ? En se faisant passer pour une fourmi. C'est du moins ce que pratique la guêpe brésilienne Orasema, qui squatte allègrement les pouponnières des fourmis "fire ants", ou Solenopsis invicta.
D'habitude, cette efficace guerrière ne se laisse guère abuser. Mais elle ne peut pas grand chose contre la guèpe, notent les chercheurs américain du Département de l'Agriculture qui ont étudié ces moeurs particulières à Gainsville, en Floride
Agées à peine d'un jour, les larves tout juste écloses de la guêpe, issues d'oeuf déposés sur des feuilles, sont capable de s'accrocher sur le dos d'ouvrières passant faire leur récolte. C'est ainsi véhiculées qu'elles pénétrent dans l'enceinte de la fourmilière, ou elles sont ensuite tolérées car elles ont la capacité de s'imbiber complètement des odeurs de fourmis qu'elles chevauchent. C'est une particularité remarquable, car chez ces fourmis, chaque société a une odeur différente et les mélanges qui composent le code olfactif de reconnaissance sont des cocktails très complexes. De fourmi en fourmi, elles aboutissent dans la nursery, ou elles prennent la place d'une larve de fourmi. Là elles attendent de se transformer en guêpe complète, et dévorent quelques fourmis juvéniles avant de s'envoler...

Polaire
L'étoile polaire est un phare. Mais saviez-vous que comme tout phare, elle clignote. Plus précisément, sa luminosité est soumise à une période, d'environ une semaine. Sur cette durée, sa luminosité baisse de près de 50 %, puis redevient maximale. Et cela depuis 40.000 ans au moins.
Mais cela va changer : au cours des 10 prochaines années, cet objet céleste instable va se transformer en un feu fixe, selon les astronomes de Vancouver, en Colombie Britannique.
En fait, on sait maintenant que ce genre d'étoile se gonfle et se dégonfle alternativement, sous l'effet de l'énergie qu'elle amasse dans ses entrailles, et qui doit se dissiper dans l'espace. Ces étoiles variables se stabilisent quand la couche d'hélium qui alimente cet effet énergétique s'enfonce plus profondément dans les entrailles de l'astre, sous l'effet de la dynamique interne de cette gigantesque réaction thermonucléaire.
Un phénomène superbe, qui, outre le fait qu'il concerne l'étoile la plus populaire de l'hémisphère nord, conforte également les astronomes dans de nombreuses hypothèses concernant la vie et l'évolution des astres. C'est une occasion unique d'observer un tel événement à une distance sommes toutes "raisonnable".
Surtout, l'observation d'étoiles variables dans les galaxies lointaines donne aux chercheurs l'occasion de préciser encore le distances qui les séparent de nous.

Chimpanzés
Les chimpanzés se soignent. Du moins mâchent-ils des feuilles et des plantes qui ont des effets particuliers sur leurs organismes, signalent Paul Newton d'Oxford, et Toshida Nasida, de l'université de Kyoto.
Entre autres plantes, les chimpanzés tanzaniens cueillent en effet consciencieusement des feuilles d'Aspilia et de Lippia plicata. Toutes deux sont utilisées par les indigènes locaux pour leurs propriétés excitantes.
Les primates prennent les feuilles une à une et les massent entre la langue et le palais. Puis ils avalent la feuille entière....
Selon les chercheurs, il est amusant de noter que la pratique animale pour tirer le suc des feuilles est très semblable à celle des humains, qui les travaillent de la même manière. Mais en outre, les singes usent de ces substances le matin, alors qu'ils se nourrissent en général dans l'après-midi. On pourrait y voir une sorte de café, pour se mettre en train....


Criquets
Des chercheurs américains et soviétiques d'accord pour mettre des technologies militaire au service du civil : Peter Franken (univ Arizona) et Vladilan Letokhov (Institut de spectroscopie d'URSS) veulent utiliser les satellites pour repérer les bandes de criquets et les moments où ils deviennent grégaires. Mais ils comptent également se servir des lasers de puissance, embarqués à bord d'avions, pour éliminer les criquets en plein vol.

Seismes
Les séismes n'ont pas que des effets immédiats, ils minent aussi les terrains où ils ont sévit. En agitant le sol dans tous le sens et avec une intensité importante, ils parviennent à séparer les sols meubles, à les tasser, ce qui isole les roches plus dures et provoque l'apparition de monticules, de concentrations à des endroits où la terre vibre différemment.
S'interrogeant sur une structure géologique récente et inexpliquée dans l'Etat de Washington, les bosses de Mima, les chercheurs pensent aujourd'hui que ces sont les séismes qui en sont responsables.
Situés près de la ville d'Olympie, ces formations ont trois mètres de haut et une trentaine de mètre de diamètre. Et on en compte des milliers, réparties de façon homogène dans les terrains de graviers.
Andrew Berg, du bureau des mines de Spokane, pense que c'est le séisme lié à l'éruption du Mont Saint Helens qui les aurait engendrées voici 10 ans, en concentrant les matériaux à des noeuds de vibrations, là ou le sol tremblait moins, par la structure même des ondes de choc qui parvenaient dans cette région.

Rats frères
Les analyses génétiques menées sur les rats nus "naked mole rats" sont étonnantes. Elles montrent que ces animaux sociaux sont très proches les uns des autres, comme s'ils étaient consanguins depuis au moins 60 générations.
Christopher Faulknes, de l'Institut de Zoologie de Londres, souligne qu'une telle ressemblance entre les mammifères est tout à fait extraordinaire, et c'est pour obtenir le même résultat, qu'il faudrait apparier des souris ou des rongeurs pendant 60 générations; "C'est un peu comme s'ils étaient des clones" indique-t-il.
Ce qui intéresse les scientifiques, c'est le line qui pourrait exister entre cette proximité biologique des individus et leur fonctionnement social. Ces rats vivent en colonies d'une centaine d'individus en Afrique de l'Est.
La reproduction est assurée par une femelle dominante, qui joue le rôle de reine, éventuellement assistée d'une ou deux consoeurs.
Le plus surprenant, c'est que les rats qui deviennent des ouvriers chargés de creuser les tunnels, ou des soldats chargés de les défendre contre les prédateurs renoncent à leur sexualité. Une stratégie illogique, sauf si on admet qu'ils sont "conscients" d'une certaine manière de leur ressemblance génétique, l'altruisme devenant dès lors une stratégie efficace pour assurer la survie de leurs propres gènes, puisqu'ils sont identiques.
Un point laisse cependant encore les chercheurs sur leur faim. Comment de telles colonies, extrémement fragiles face à une simple maladie, puisque tous les individus sont semblables et peu résistants au mêmes attaques, ont pu survivre aussi bien à travers les âges. D'autant plus que leur manque de diversité génétique devrait normalement les limiter à une adaptation très lente à l'évolution de leur environnement quand on sait que les différentes colonies de rats n'ont pratiquement pas de contacts entre elles.

Infanticides
Les animaux infanticides ne sont pas rares, mais le plus souvent ce sont les mâles qui sont les auteurs de ces actes.
Un biologiste espagnol, José Veiga, du Museum des sciences Naturelles de Madrid a étudié le moineau domestique (Passer domesticus) sous cet aspect et s'est aperçu que que les mâles aussi bien que les femelles se livraient à l'infanticide, en jetant les oisillons hors du nid.
Selon lui, les deux sexes ont des raisons différentes de s'attaquer ainsi aux petits, mais toujours quand ils sont en période biologique de reproduction.
les mâles s'attaquent aux petits pour libérer la femelle de cette charge, et la rendre disponible pour de nouveaux accouplements. D'ailleurs la plupart du temps, ce sont les mâles ayant perdu leur femelle qui s'y livreraient.
Du côté des femelles, le comportement semble conduit par la volonté de la femelle que le mâle s'occupe des rejetons de son propre nid en les nourrissant plus efficacement. Ce sont essentiellement les compagnes de mâles polygames qui s'attaqueraient ainsi à la portée que le mâle entretien avec d'autres femelles.
Les mâles anxieux sont plus attirants. Du moins pour les perdrix (partridge) grises femelles (Perdix perdix), estime Jens Dahlgren, de l'université suédoise de Lund.
Ce chercheur a mené toute une batterie d'expériences pour tenter de savoir ce que les perdrix , monogames, préfèrent chez les mâles. Une question d'autant plus intéressante que ces dames ont l'habitude de changer de partenaires plusieurs fois, et cela rapidement au début de leur vie de reproductrices, pour ensuite s'accoupler de manière durable à un seul partenaire.
N'ayant trouvé aucun caractère physique évident qui justifie le choix des perdix femelles quant à leur mâle, il s'est intéressé à la "vigilance" en tant que critère. Cette manière de se comporter des mâles est visible, reconnaissable à la façon dont ils dressent leur nuque et examinent les alentours avec une fréquence supérieure à leurs congénères.
Le chercheur pense que les femelles choisissent des mâles attentifs, qui surveillent bien les alentours, car cela leur permet de baisser la tête plus souvent vers le sol pour picorer, et donc de mieux se nourrir, garantissant par là un meilleur avenir à une progéniture plus nombreuse. Une portée qui sera également mieux gardée par ce mâle veilleur.

jeudi 6 mars 2008

Rien que des chiffres

Juillet 1991


Si vous souffrez du coude ou de l'épaule à trop taquiner la balle, reprenez espoir : le chercheur américain Franck Katch, de l'université du Massachusetts étudie une raquette dont le manche ne comporte que six facettes, au lieu de huit.
La différence est dans la prise. Du coup le poignet, le coude et l'épaule sont mieux alignés, les muscles plus décontractés, la frappe plus puissante. Et le risque de tennis elbow s'en trouverait largement réduit.

D'accord, les tours de bureaux du quartier de la Défense ne sont pas toutes très belles à contempler. Mais de là à faire fuir les employés des sociétés qui y ont élu domicile ! C'est pourtant le résultat d'une étude de l'INSERM, qui montre que dans une entreprise venant de s'installer à la Défense, l'absentéisme atteignait 24,5 jours par employé et par an, contre 16,9 auparavant, quand le siège social était à Neuilly sur Seine, à quelques centaine de mètres de là...


12 millions d'années. C'est le sursis de la Méditerrannée. L'inéluctable mouvement est en marche : à la vitesse d'un centimètre par an, le continent africain grimpe vers le nord et se rapproche de l'Europe. Le détroit de Gibraltar commencera par se refermer, puis la mer se réduira comme une flaque. Découpées en petits lacs, la Méditerranée deviendra un chapelet de mers mortes et s'évaporera.


100 kilomètres. C'est l'autonomie des voitures à hydrogène qu'a présenté la firme automobile Daimler-Benz. Pas de problème de pollution pour ces véhicules dont les échappements ne crachent pratiquement que de la vapeur d'eau... Par contre, l'autonomie est encore trop modeste .



Dix minutes toutes les heures. C'est la dose pour "réveiller" des comateux, que des médecins Japonais livrent aux chocs. De petites électrodes implantées dans le cerveau délivrent de mini-électrochocs à ceux qui sont "ailleurs", pour solliciter les centres nerveux. Au département de neurochirurgie de l'Université Nihon, sur huit comateux, trois patients ont pu être éveillés ainsi et retourner chez eux.

2 microns, c'est peu. Mais il parait que le son est de cristal. La firme japonaise Kenwood s'est associée avec une société productrice de diamants industriels, la Namiki Precision Jewel Company, pour produire des hauts-parleurs de meilleure qualité sonore. Le secret : quelques carats de diamant synthétique, pour rigidifier les membranes des hauts-parleurs. L'idéal serait d'ailleurs une membrane tout en diamant... Tiens, c'est trop cher.

Deux divise toujours la distance entre la flèche lachée par un archer et la cible. Donc la flèche n'atteint jamais la cible. C'est le vieux paradoxe de Zénon, du nom du philosophe grec.
Dans l'expérience que viennent de mener des chercheurs américains de l'Institut de Métrologie de Boulder, la comparaison entre des atomes observés et ceux qui ne l'étaient pas a montré que la matière contemplée ne manifestait plus les bouleversements auxquels elle aurait du se livrer. Du coup les physiciens ont baptisé cela l'effet Zénon quantique.


8 noeuds (15 km/h). C'est la très modeste vitesse que doit atteindre le premier navire à propulsion magnétique, que prépare la Fondation Japonaise pour l'Amélioration des Techniques Navales.
Le principe de fonctionnement est simple. Des électro-aimants répartis dans les coques du catamaran exercent sur l'eau située entre les "jambes" du navire une force qui pousse le liquide à reculer, et donc le navire à avancer. Le Yamato-1, avec ses 280 tonnes, sera en fait la première application de la magnéto-hydro-dynamique des fluides. Ce que les ingénieurs japonais veulent préparer là, c'est une technologie directement adapatable aux retombées d'une percée dans le domaine des alliages supraconducteurs. Il faut parfois savoir se hâter lentement...

3.000 lignes par image : c'est la résolution exceptionnelle d'un nouveau système vidéo haute définition , qui doit permettre aux professionnels de transformer des images film en vidéo et vice-versa sans perte de définition. Est-ce la réconciliation de la vidéo et du cinéma ? La société Kodak l'espère, qui propose un nouvel appareil, qui permet de transformer une image film en image vidéo de haute définition, en conservant la plupart des qualités de l'image originelle, puis de la travailler, de la nettoyer, de lui ajouter des effets spéciaux grâce à l'électronique. Quitte, si on le désire, de revenir à l'image film pour la projection en salle.


Quatre. C'est encore et toujours le chiffre officiel. Si la cinquième force a fait couler beucou d'encre, elle disparait de la scène scientifique en empruntant la porte de derrière. Cette force que des physiciens avaient cru distinguer dans la nature aurait faiblement repoussé des corps placés à très courte distance les uns des autres. Surtout, elle aurait contredit les lois d'Einstein et de Newton. Très scientifiquement, c'est le "père" de cette fausse bonne observation, l'Américain Franck Stacey, qui a officiellement annoncé qu'il s'était trompé dans ses équations, en en tenant pas compte des configurations du terrain ou avaient eu lieu ses expériences. Bravo pour l'honnèteté.

Il y a 15 millions d'années, la planète a perdu le Nord. L'équipe du Centre Géologique et Géophysique de Montpellier qui a mené l'enquète dans des roches volcaniques qui se sont solidifiées pendant une telle crise, dans l'Orégon, a été surprise par les résultats. Le champ magnétique de la planète s'est inversé (passant son pôle nord au sud et vice-versa), et cela à plusieurs reprises au cours des 170 derniers millions d'années. Mais les scientifiques ne se doutaient pas que les variations pouvaient survenir avec une telle brutalité..

0,06 millionième de seconde. En étudiant les conséquence du séisme de magnitude 8,2 qui s'est produit en mai 1989 dans les îles Macquaries, des chercheurs de la NASA ont calculé que la durée du jour avait diminué de 0,06 millionième de seconde. Le temps d'un clignement d'oeil... Heureusement, d'autres séismes ont l'effet contraire et ralongent nos journées en ralentissant la rotation de la planète.


Quoi de plus angoissant que de boire de l'eau dans un pays à l'hygiène incertaine ? Pour répondre à cette préoccupation tournant à l'obsession chez les voyageurs américains, Accuventure, société de Portland, dans l'Oregon, propose une paille à filtre de charbon actif. Quand on aspire l'eau du marigot, on épure. L'eau perd son chlore, la rouille, les pesticides, les moisissures, les détergents, l'alcool, l'essence et 147 autres polluants. Une paille permet de s'assurer de la potabilité de 160 litres, en aspirant très fort, quand même.



Une idée lumineuse : recycler l'énergie que gaspillent les lampes. Cette sage application du principe d'économie est faite par General Electric, aux Etats-Unis, en mettant au point des lampes à incandescence qui recyclent les 80 % d'énergie que perd une lampe par rayonnement infra-rouge. Seuls 20 % d'énergie servent en fait dans les ampoules classiques à produire des rayons lumineux visibles pour notre oeil.


Le mercure est-il dangereux quand il est utilisé en dentisterie ? Le risque d'intoxication est "peu probable". C'est la conclusion d'une étude sur ce délicat problème à la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg-INSERM. Les mesures lors des travaux de pose et de dépose d'un amalgame ont montré que les chiffres restaient inférieurs au seuil de toxicité fixé par l'Organisation Mondiale de la Santé (500 microgrammes par mètre cube). Une fois durcis, les amalgames constitués de près de 50 % de ce métal lourd sont très stable et ne posent plus de problème.

Amateurs de poissons, les Japonais les veulent frais, vivants, toujours plus frétillants. Mais de là à voir un poisson raide gelé qui se ramollit, puis commence à s'agiter dans son assiette... Cette technique qui consiste à "ressusciter" les soles, gelées pendant 5 à 10 heures, le temps de leur transport par avion, a été mise au point par Japan Airlines. La compagnie va tenter de généraliser l'hibernation forcée pour réduire l'encombrement à bord : un poisson vivant a plus besoin de 20 fois son poids en eau pour survivre à bord, entre les zones de pêche et Tokyo. Congelé, on peut le serrer comme une sardine

Qui aurait 60 kg de plutonium ? Ce "poison" nucléaire, extrèmement toxique et radioactif est produit dans les centrales nucléaires. La NASA, elle, s'en sert comme source d'énergie à bord des sondes d'exploration, comme la mission Cassini vers Saturne et le rendez-vous avec une comète (mission CRAFT). Ces deux sondes doivent décoller en 1995 et 96, si la NASA trouve les 60 kg nécéssaires. Problème : les Etats-Unis sont en manque de ce déchet..


Cent fois moins d'eau pour éteindre le feu. C'est l'atou