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mercredi 3 mars 2010

Fabre/4/La cigale scandaleuse

Les années de Fabre (1823-1915)

Cigale : la scandaleuse est une diva

Comme souvent dans le midi tout commence avec la chaleur du solstice d'été. Par légions alors soudain elles percent des orifices gros comme le pouce dans les terres assoiffées. Les cheminées qui se découvrent sont crépies de l'intérieur. D'un mélange de terre et d'urine. Dans ces manoirs les larves attendaient le cagnard et la fin des coups de mistral. Ayant passé quatre années sous terre elles pouvaient patienter quelques heures encore afin d'assurer tout le succès à leur apothéose.

C'est le moment. La lumière est là le ciel dégagé. Les bataillons de nymphes sortent de terre et se font alpinistes. Thym, ronce, aubépine, peu importe, pourvu que la verticalité soit totale. Agrippée à son support la bête dès lors ne lâchera plus prise. Le temps que se déchire, dans la jouvence solaire, l'enveloppe qui la serre.

Cela se déchire. Vert tendre l'insecte paraît. La décortication est laborieuse. Une gymnaste agitée ne ferait pas pire, attachée à sa barre. On commence par le thorax puis on libère la tête, la carapace, les ailes. Reste l'abdomen englué dans le fourreau. L'animal se retrouve la tête en bas, suspendu par la défroque, arrimé à son rameau. Une lutte s'engage avec des coups de reins. Finalement, l'adulte est déshabillé. Il ne bouge plus. Sa vieille tunique à ses pattes, il s'agrippe à la tige.Sous les ardeurs du soleil, le vert tendre, le jaune fragile se rembrunissent. A l'intérieur des téguments la chimie de la vie bouillonne. Encore une heure ou deux et tout sera dit. Grimpée larve à neuf heures, la cigale à midi s'envole.

Alors, dès l'entame de l'été, au pays des oliviers on mesure les mots de La Fontaine. L'ampleur de ce "tout" dans "La cigale ayant chanté tout l'été". Car il faut l'avoir entendu, ce chant. Ceux qui auront tenté d'écrire quelques lignes ou de commettre une sieste en compagnie de l'un des ces fameux "cacan" savent son endurance et sa puissance. Pas moyen de lui mettre une sourdine ! Par tous les démons comment ce modeste animal peut-il produire tel vacarme ?

La question obséda Fabre.

Ses investigations, sur les diverses espèces de la campagne d'Orange furent les premières à expliquer de façon complète et juste l'organe bruiteur des Cicada. Il était question de miroirs d'église, de couvercles. Fabre montre assez facilement que ce ne sont là que des organes de résonance. Non la production du son est localisée sous une bosse dorsale noire (C. plebeia) que la cigale porte entre ses deux ailes postérieures. Deux membranes blanches, dures, et bombées sont là. Sous la pression de muscles puissants, elles se déforment en produisant un bruit de cliquet, un peu comme ces lames d'acier que les enfants déforment entre les doigts pour faire le bruit de clic-clac. Surtout, chez certaines espèces où les organes du système de résonance sont simplifié, la cavité ventrale, la caisse d'écho dédiée à la puissance du son est énorme. Chez le cacan, la cigale de l'orme, elle atteint les deux tiers du volume ventral. Du vide, pour offrir à l'animal plus rudimentaire une trompette de ventriloque.

A quoi sert ce boucan ? Fabre, irrité, n'a pas trouvé la réponse à cette question. Il a même constaté que la Cigale est quasiment sourde aux explosions. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne perçoit pas les vibrations produites par le vacarme, par le truchement de son corps, par exemple. Le son peut faire fuir des espèces concurrentes, établir une synchronisation au sein de l'espèce, intimider des prédateurs. Même si l'on ne voit aucune femelle accourir sous l'effet du chant, comme le déplore l'entomologiste.

Fatigué par ces étés de couinements, Fabre tient pourtant à réparer une injustice. La diva des restanques n'est pas l'imprévoyante de La Fontaine. Au contraire, lorsque de son rostre elle perce l'écorce pour boire, les autres accourent, dont les fourmis, qui viennent profiter de l'aubaine. C'est donc elle qui rassasie les petites agitées...

Mais à propos, peut-on s'en rassasier ?

Pour les grecs de jadis, Aristote le Stagire le dit, la larve de cigale (tettigomettra) était un met délicieux. A consommer de préférence juste avant la rupture de l'enveloppe de la juvénile, au moment ou celle-ci va prendre sa forme définitive, auraient précisé les paysans au précepteur d'Alexandre.

Dans les ardeurs solaires d'un matin de juillet, l'homme de Sérignan expédie donc sa maisonnée chasser dans la garrigue. Et le soir, à la table familiale : festin. Courageuse petite famille : "A l'unanimité, c'est reconnu mangeable... Mais c'est coriace en diable, pauvre de suc, un vrai morceau de parchemin à mâcher".

Conclusion de Fabre : les paysans grecs se sont gaussés d'Aristote. A moins que notre acharné ne soit mauvais cuisinier ?

mardi 2 mars 2010

Fabre/2/Le Scarabée

surtitre Série d'été

Sur titre Les étonnants insectes de Jean-Henri Fabre, entomologiste

titre. 2. Scarabée, le bandit manchot

sous-titre Les comportement que l'on prête aux insectes sont souvent inspirés de ceux que nous nous connaissons. Un exemple avec la coopération entre scarabées, dénoncée et démasquée par Fabre, et qui recouvre en fait une féroce compétition.

Patrice LANOY

C'est une de ces belles journées de printemps, comme on aimerait en mettre en réserve dans le panier de la vie. Le mistral est là, qui ondule la Provence à grande bouffées. Et dans une sente, entre thyms et aubépines un étrange convoi chemine. C'est une pomme, non une boule brunâtre, qui avance dans la poussière. On regarde. Il y a cortège. Un énergumène, petit diable noir s'agite, et pousse sa balle immense, trois fois plus haute. D'ailleurs il s'en tire avec les honneurs, le fébrile. C'est un bousier. Oui mais le plus grand, le plus noble. Le Scarabée sacré. Celui que les Egyptiens de l'antiquité soupçonnaient de charrier le monde...

Lui ne s'émeut guère de tout cela. Il a la tête à sa boule de fiente, qui roule. Dans une incroyable position, la tête en bas, ses pattes arrières vers le ciel, posées sur la sphère, et ses pattes de devant qui s'arc-boutent sur le sol, il pilote. Et sa vitesse de croisière est impressionnante.

Surgit sa copie, un cousin. Un autre petit colosse, à l'armure noire et moirée. Eh, collègue, un coup de main ? Lui aussi va se mettre à pousser la boule. La même. Merci. Ils sont deux maintenant. Et d'ailleurs ils montent un raidillon difficile, l'un bloquant la boule dès que l'autre fatigue. C'est chouette la nature, le royaume de l'entraide...

C'est ce que pensaient au siècle dernier les spécialistes de ces insectes, qui souvent avaient assisté à de telles scènes. Jean-Henri Fabre, lui, est sceptique. Prêter un comportement humain, comme l'entraide, à des insectes ? A vérifier. En enquêteur de terrain, Fabre va passer des semaines, des mois, à contempler les petits pousseurs de bouse. Allant jusqu'à quémander alentour du crottin pour le besoin de ses expériences ("....cueillir honteusement, à la dérobée, dans un cornet de papier, l'offrande qu'un mulet passant déposait...") Grâce à ses observations, nous savons ce qui se passe entre les deux sacrés hapogastres, après....

Le propriétaire du ballon, toujours reste à la même place. Tête en bas, moteur en marche arrière, il pousse sur les bras. L'autre virevolte. Il s'éloigne, revient, fait mine de pousser un peu. Eh je participe, quoi.... Puis lorsqu'il fatigue, d'un bond grimpe sur la boule, rentre ses pattes sous sa cuirasse et fait le mort. Carrément se laisse rouler avec le reste, passant même sous la roue au hasard des avancés. Sa faisant carrosser comme s'il était partie de cette matière mobile. Vous parlez d'une aide... Un poids mort, oui.

Arrive la fin du parcours. Le chauffeur a cessé de conduire, il souffle à peine et tâte le sol de ses antennes. C'est un joli coin, non ?

Il creuse. De ses pattes avant bien plates, dépourvues de tarses (ce qui en fait, comme tous ceux de son espèce, un manchot), il creuse encore. Un large trou, à la mesure de la pomme. L'autre, le pseudo-assistant, le voyeur, le contemple, bien installé à proximité de la précieuse sphère. Le trou s'agrandit. De plus en plus, le propriétaire reste longuement au fond. Le travail le retient. Soudain, n'y tenant plus, pas vu pas pris, l'autre prend la poudre d'escampette. Avec le butin, c'est entendu. A toute vapeur il pousse et roule, mettant le plus de vent possible entre lui et le terrassier.

Plusieurs mètres ont été parcourus avant que le mineur ne remonte vers la surface. Hola ! Il faut croire que la chose le surprend à peine. Il n'hésite pas. Le voilà qui file, reniflant à peine la piste, et retrouve la trace du maraud. Un sprint effréné, et il le rejoint. L'autre, voyant le nuage arriver a compris. Et avant d'être rejoint il a déjà quitté la position du voleur-pousseur pour celle, plus innocente, du comparse-sauveur qui peine à bloquer cette satanée boule, qui d'un coup, est partie rouler dans la pente. Si je n'avais pas été là...

Le quasi-volé garde son calme. Et de concert, les deux reconduisent ensemble la pomme vers la galerie. Ils vont s'enfermer ensemble dans le terrier, et déguster la friandise, de longues journées durant.

Parfois, les choses tournent au pugilat, dès la confection de la boule commencée, près des offrandes des mulets ou des moutons. Question de rapport de forces, suggère Fabre. Si l'un des deux se sent plus fort, il attaque. Si les deux protagonistes sont de force équivalente, et le sentent, ils évitent le conflit de cette manière.... Mais en matière d'association, il n faut pas rêver.

Autre étonnement de l'homme de Sérignan. Meme abondamment pourvu de bouses, en captivité, rassasiés, les scarabées continuent à afficher ce comportement de bandits...

sign. P.L.

Note : Cette série d'article est inspirée des "Souvenirs entomologiques", dans l'édition Laffont-Bouquins. On pourra aussi lire le livre d'Yves Delange, "Fabre, l'homme qui aimait les insectes" (Ed Champion-Slatkine). Pour les passionnés la visite de l'Harmas, la maison-musée de Fabre à Sérignan, près d'Orange, s'impose.

prochain article : la chirurgie du Sphex

Fabre/1/Le Capricorne

surtitre Série d'été :

Sur titre Les étonnants insectes de Jean-Henri Fabre, entomologiste

titre. 1. L'enfer du Capricorne

sous-titre La larve de ce coléoptère, vorace habitant des entrailles des arbres, est capable de préparer, d'instinct, le chemin vers la liberté qu'empruntera sa forme adulte. Oui mais comment

texte

Capricorne est un creuseur de fond. Un forçat enchaîné à son festin de bois. Trois ans durant, aveugle, sourd, sans odorat, "ce bout d'intestin qui rampe", comme le dépeint Fabre dévore, grignote au coeur des arbres. Rien ne résiste aux bouchées de la larve obstinée, pas même les plus durs, ces chênes qui s'abattent parfois, sous un orage d'été, découvrant un entremêlis tunneliers.

Car son tunnel, ce boyau qui fait des loopings au fond du bois et qu'il rebouche de ses excréments, est à la fois aliment et maison. "Vivre et couvert", dit Fabre. Et il s'en porte bien, le mou taraudeur, puisqu'a force des bouchées qu'inflige sa mandibule noire, sorte de cuiller à bord tranchant, il accumule la graisse dans son enveloppe blanchâtre.

Mais Cerambyx miles (Capricorne du chêne) est aussi porteur d'un mystère. Comment un tel écervelé fait-il pour accomplir tout ce cirque ? Car manège il y a : l'intestin aveugle va, un beau jour, cesser de se gaver du coeur juteux de l'arbre. Sous l'effet de quel signal biochimique, de quelle horloge interne, ou de quelle modification de la sève ? Peu importe. Toujours est-il qu'alors le vorace abruti met le cap vers l'écorce. Parvenu à fleur d'air, au risque de se faire happer par un pic qui piquerait par là ("qui ferait régal de la succulente andouillette"), il prépare une petite fenêtre, une sorte de porte un peu camouflée. Son ouverture faite, il s'en retourne un peu plus profond et prépare cette fois avec un soin maniaque sa chambre. Un lieu douillet où il pourra réaliser sa nymphose, sa transformation en imago rigide et à longues antennes.

Des années durant, Fabre fait débiter par les bûcherons de sa Provence les plus vieux arbres, les plus malades, et recueille larves et coléoptères. Des mois il les enferme dans de petites boîtes de chêne, de bambou, pour tester leur capacité à percer. En déduit que c'est bien la larve qui prépare la sortie, et non l'imago, incapable de tarauder. Il note mille choses. Que la chambre de la nymphe, menacée par les prédateurs maraudeurs a son orifice clos d'un composite, un sandwich de trois matériaux : à l'extérieur des débris ligneux, du bois haché. Puis un opercule minéral, un couvercle d'un seul tenant, fait de pâte calcaire et d'un ciment organique, qui prête à cette pilule la résistance du roc. On peut s'étonner au passage que l'estomac de la larve soit capable, à un moment de son existence, de changer de régime, et de sécréter un tel opercule. Fabre répond que de nombreux insectes, comme le Sphex ou les Scolies sont capables de prouesses chimiques de cet acabit, et usinent par exemple la laque dont il enduisent leur cocon.

Enfin le précieux couvercle comporte parfois, sur sa face intérieure, une couche de copeaux.

La chambre de la nymphe est totalement adaptée au cours des événements : un ellipsoïde aplati, de dix centimètres de long et de deux à trois centimètres de large dans les deux directions, au centre. Une forme et une taille qui permettront à l'animal adulte de manoeuvrer pour abattre la porte et gagner la sortie préparée dans l'écorce.

Fabre observe en détail jusqu'au revêtement de feutre de bois que l'animal méticuleux dispose sur les parois, probablement pour protéger sa future et fragile enveloppe de nymphe. Toujours la larve "s'endort" la tête vers la porte de sortie. C'est une question de vie ou de mort. Devenu coléoptère, avec son exosquelette rigide et encombrant, la bête ne pourrait plus se retourner. Incapable de se ruer vers la porte pour la faire sauter, l'animal serait perdu, emmuré dans son trou. Mais comment le sait-il ? Comment un être aussi simple et isolé de ses frères peut-il deviner tant de choses ? Aujourd'hui c'est une fausse question. Fabre la pose avec l'intelligence de son temps. Il répond par l'instinct, par l'inné, à l'heure ou l'on débat des idées de Darwin et de Lamarck. Mais sait bien, mille détails le prouvent, que ce sujet là reste à explorer. Et s'il opte bien sûr pour le comportement inné, il reste en retrait sur l'explication évolutionniste ou finaliste. Soigneusement.

Plutôt que de réagir en homme de système, voulant à tout prix faire entrer les faits dans un modèle théorique Fabre scrute, accumule les détails, combat les idées fausses -et elles ne manquent pas- sur le comportement des insectes. L'époque est en déficit d'observation. Les systémistes débattent souvent au-dessus d'abîmes de vide. Du comportement animal, on n'a que des ignorances. Quant à Fabre, on peut le soupçonner d'espèrer saisir dans les dédales des galeries d'un animal, au détour d'une compétence d'une cigale, un élément nouveau, inclassable ou signifiant. Observer, donc. C'est son obsession, et il déploie des trésor d'énergie et d'imagination pour cela. A l'Harmas, sa maison de Sérignan, un enfant qui lui signale un Sphex (guêpe parasite) traînant sa proie suffit à le faire surgir de son bureau, loupe à la main, pour aller observer, même s'il a déjà vu ce spectacle des dizaines de fois... Ne sait-on jamais ?

La semaine prochaine : La bataille des scarabées

Note : Cette série d'article est inspirée des "Souvenirs entomologiques", dans l'édition Laffont-Bouquins. On pourra aussi lire le livre d'Yves Delange, "Fabre, l'homme qui aimait les insectes" (Ed Champion-Slatkine). Pour les passionnés la visite de l'Harmas, la maison-musée de Fabre à Sérignan, près d'Orange, s'impose.

dimanche 24 janvier 2010

N'ipmrote qoui

Aoccdrnig to a rscheearch at Cmabrigde Uinervtisy, it dseno't mtaetr in waht oerdr the ltteres in a wrod are, the olny iproamtnt tihng is taht the frsit and lsat ltteer be in the rghit pclae. Tihs is bcuseae the huamn mnid deos not raed ervey lteter by istlef, but the wrod as a wlohe. If you can raed tihs, psot it to your wall. Olny 55% of plepoe can.

(merci Viviane)

mercredi 23 décembre 2009

Nouvel an : Galilée s'envole





Emouvante, étonnante trace manuscrite. Toutes époques confondues.

Doté de son propre télescope, Galileo Galilei relève entre la fin décembre 1609 et février 1610, dans le ciel de Padoue, le mouvement des satellites de Jupiter. Il est le premier à l'observer et à comprendre ce qui se meut sous ses yeux.



Galilée détermine qu'il tient là une preuve de la circulation des astres autour d'autre chose que la Terre. (Aristarque de Samos, Copernic,... )



Cette notion de "preuve" appliquée à un objet "insaisissable" et venant corrober un préalable conceptuel (théorie) signe la naissance de la forme de pensée que nous pratiquons encore aujourd'hui sous le nom de "science".




Jupiter est parfaitement visible haut dans le ciel, même à Paris, en ce moment. Comment se tromper ? Il s'agit du seul astre, en dehors de la lune, que l'on distingue dans le ciel pollué de nos cités. Avec une bonne paire de jumelles vous découvrirez les satellites mieux que Galilée...

Deux films remarquables (en anglais) sur Galilée, et sans Claude Allègre en piètre et joufflu figurant...





jeudi 10 décembre 2009

jeudi 3 décembre 2009

Femmes "fécondées" par des singes

L'autre soir, sur Arte, la science soviétique, et notamment les expériences d'hybridation chimpanzés-humains.

Sous Staline, un certain nombre de femmes "volontaires" furent ainsi inséminées avec de la semence de chimpanzé.

L'Institut Pasteur de l'époque, du moins son directeur, considérait cela d'un oeil favorable. Il est vrai que ce siècle à peine achevé nous a proposé bien des atrocités (peut-être pas le pires, d'un point de vue qualitatif. Par exemple les expériences sur des vagabonds capturés au hasard des chemins semblaient assez banales à la Renaissance)

Ce qui me déroute est l'amplitude avec laquelle notre "morale" évolue au gré des époques, des contraintes, des circonstances. En fait à peu près tout semble envisageable. Il est à peine nécessaire d'invoquer ou de mettre en scène un "intérêt supérieur".

Frisson rétrospectif et méfiance prospective.

mardi 1 décembre 2009

Marcher sur l'eau




Comment marcher sur un liquide (non-newtonien)
source = SSAFT

lundi 6 octobre 2008

Montagnier et Sinoussi Nobel

1994 (Archives)

Je republie cet article-entretien avec Luc Montagnier, en hommage au prix Nobel de médecine 2008 qui distingue aujourd'hui les travaux des chercheurs français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier sur le sida ainsi que ceux de l'Allemand Harald zur Hausen dans un autre domaine, le cancer de l'utérus

Dix ans après la découverte du virus du sida, Luc Montagnier publiait chez Odile Jacob "Des virus et des hommes". Le récit de sa croisade de médecin-chercheur, du parcours de la maladie, ses espoirs face au mal du siècle.

Cet entretien fut réalisé dans sa résidence, au sud de Paris


"Vous avez de la chance, j'ai pu dormir un peu, je suis reposé ". Nous sommes un dimanche. A vingt minutes de Paris et de son laboratoire Luc Montagnier a déployé sourire et transats sur la pelouse qu'il vient de tondre. Un moment-oasis dans l'agenda d'un homme plus sollicité qu'un ministre. Les derniers remous tièdes de l'été font chahuter les arbres sentinelles, tandis que le découvreur du virus du sida évoque quelques souvenirs. Son arrivée à l'Institut Pasteur...

"Ce qui m'a vraiment ému, c'est l'annexe de Garches... La petite bâtisse où Pasteur est mort, dans cette chambre modeste. A l'Institut le culte de Pasteur est un peu trop caricatural et frise parfois la bigoterie, mais le personnage est fascinant par bien des aspects... Par son sens des réalités, par exemple. Il ne perdait jamais de vue les applications potentielles de ses recherches. Son culot aussi. Entre nous, il a eu de la chance que ses premiers essais de vaccination fonctionnent. Aurions-nous une telle audace aujourd'hui ?"

D'humeur buissonnière, l'oeil pétillant de complicité, Montagnier élargit un instant le cercle de ses mots et confie quelques affections. Ce qui le fascine ? Le vivant. L'exceptionnelle continuité du monde animé, avec ses mécanismes les plus minuscules, les molécules, leurs outils à l'échelles des chaînes d'atomes. Mais aussi les objets les plus complexes, les organes les plus finis. Quelle loi préside à cette organisation de la matière ?

On retrouve ici les compagnons de vie de Montagnier, les virus, aux marges du vivant et de l'inanimé.
"On peut aujourd'hui accélérer, produire leur évolution en éprouvette, pour observer quelles mutations peuvent survenir..., lesquelles s'adaptent, et tout cela en quelques heures... Cela s'applique aussi aux médicaments, des peptides, qui sélectionnent leur composants et leur forme, par le jeu des sélections...

Pourra-t-on ainsi, par le jeu des hasards nécessaires produire demain en laboratoire des médicaments qui n'existent pas dans la nature et que notre esprit aurait lui aussi négligé de concevoir ? Peut-être...
C'est dans la chambre de cette maison sémaphore, à l'orée d'une mer d'arbres, que les nuits du chercheur voient déferler cohortes de doutes, de questions, quelques lucioles d'espoirs aussi.
"Je suis en manque de sommeil depuis des années, alors chaque fois que je ferme l'oeil, les cauchemars me tendent leurs bras. Je passe le moins de temps possible en leur compagnie....".

Le plus souvent, étendu, les yeux ouverts, le médecin réfléchit. Prépare les questions qu'il va soumettre à ses collaborateurs, aux responsables de recherches de son département de virologie, et se demande s'il faudrait oser d'autres pistes, plus audacieuses encore. A quelles flammes se forge un personnage ?
Parfois, tout de même, le sommeil gagne. Un mince rempart de repos. Entre la lecture d'articles scientifiques, qui l'amène jusqu'au coeur de la nuit, et le travail difficile, qu'il retarde pour mieux en venir à bout sous les lueurs de l'aube.
Dans son livre, Luc Montagnier révèle quelques fragments de sa vie. Ceux qui l'ont, pour l'essentiel, construit. Son enfance, avec un accident qui laisse quelques empreintes, et la disparition de ce grand-père emporté par le cancer, qui l'aiguillera en douleur vers la médecine.

Mais c'est comprendre et savoir qui anime déjà l'adolescent de Châtellerault. Bien entendu, il engloutit son Jules Vernes et grignote toutes les expériences amusantes qui lui passent sous la main, derrière les épaules de son expert-comptable de père, bricoleur amoureux de progrès. C'est tout juste la fin de la guerre. Dans la cave-laboratoire de la nouvelle maison (la précédente a été bombardée), c'est un voyage extraordinaire : piles électriques au sodium, laboratoire de chimie, mélanges explosifs...

A seize ans, et deux bacs en poche, Montagnier (pas assez forcené en labeur mathématique pour devenir physicien) se lance à la fois sur les sentiers de la science naturelle et de la médecine. Pour se reconnaître, sept ans plus tard, en cet assistant de biologie moléculaire, à la Fondation Curie de Paris. Avant d'opter encore, en 1957. Mais cette fois, ça y est, c'est pour la virologie, et la rencontre d'un maître, Raymond Latarjet...

"C'est en 1982 que le sida commence à retenir mon attention de chercheur.... l'agent responsable pourrait être un virus..."
Que vient faire le hasard ici ? Tout, peut-être.
C'est Paul Prunet, directeur scientifique de l'Institut Pasteur Production, qui pilote Montagnier vers cette recherche. Par une simple question : regarder si un rétrovirus, vecteur du sida, pourrait être présent dans le sang dont se sert le laboratoire pour préparer des vaccins. Une excellente et précoce question, à l'origine de la création de l'équipe Montagnier, Chermann, Barré-Sinoussi.

L'histoire de la découverte du virus restera entachée d'une polémique scientifique. Celle occasionnée par une contamination des cultures virales du laboratoire américain de Robert Gallo, le concurrent de Montagnier. Un virus communiqué par les français, selon les habitudes de la recherche internationale, et que Gallo baptise d'un autre nom, dans la logique de ses travaux à lui.

La polémique est aujourd'hui close, à l'avantage exclusif des Français.
Gallo a-t-il "volé" le virus français ? Le pasteurien n'a pas d'atomes crochus avec l'Américain. Les tempéraments des deux personnages sont à l'opposé, et Montagnier relate dans son récit une rencontre glaciale avec Gallo, chez un ami commun... La question fait souffler une brise glacée sur le regard du virologue.
"Je n'ai pas de raison de douter de la thèse présentée par Gallo, qui est celle d'une contamination de laboratoire". Avec un regret toutefois : "Si l'administration française avait été convaincue plus rapidement par le travail de notre équipe, on aurait pu gagner des mois sur la mise au point de tests de dépistage..."
Aujourd'hui, on en est-on ? Un vaccin reste-t-il concevable ?
"Oui, définitivement... C'est difficile, certes. Par exemple, la piste la plus avancée, celle des anticorps neutralisant, semble vouée à l'échec, car les anticorps reconnaissent une partie extrêmement variable du virus.
Plus prometteuse, mais aussi plus complexe, une autre stratégie consiste à mettre en oeuvre des anticorps qui s'en prennent à des parties conservées du virus. Ou encore à provoquer une immunité des cellules contre le virus, avant son intrusion. C'est plus complexe, et pose le problème éthique de l'essai de ces vaccins.
Là encore, l'espoir pourrait venir de voies plus originales, qui passent par une expérience de terrain.
"Sur ce point nous comptons beaucoup sur l'Afrique. Dans des pays où l'incidence de la maladie est forte vous avez parfois dix pour cent des gens infectés. Les probabilités que les gens rencontrent le virus sont très grandes. Or on constate précisément que tous ne s'infectent pas. Un certain nombre ont probablement une résistance immunitaire naturelle, qu'il faut étudier et comprendre..."
En attendant le vaccin partiel ou total, les chercheurs tentent toutes les portes thérapeutiques. Comme les association entre divers antiviraux qui agissent sur différentes étapes de la réplication du virus.
"A mon sens, il faut une approche thérapeutique globale. Associer des anti-oxydants, des antibiotiques, restaurer l'immunité cellulaire qui permet la survie à long terme. Tout ceci dans l'esprit de bloquer l'évolution vers la maladie, bien entendu".
Une autre approche, ce sera demain, lorsque l'on connaîtra bien ces divers moyens de lutte, d'utiliser massivement ces médicaments.

"L'objectif étant, en quelques semaines de traitement choc, de faire sortir les virus présents dans les cellules à l'état latent, puis de les coincer par un traitement antiviral, pour éradiquer l'infection."
C'est ce type de stratégie que Luc Montagnier souhaite faire étudier dans les centres de recherche clinique qu'il met en place, dans la cadre de sa Fondation, et avec le soutien financier de la soirée contre le sida.
Ici le chercheur couvert d'honneurs, habitué aux joutes scientifiques autour des thèmes les plus discutés avoue sa sensibilité devant les ravages de la maladie.
Des patients amis ont été emportés...
"Je suis enragé de cela. C'est à la fois très dur, et une formidable motivation..." Celle du médecin ? "Oui, pas seulement... J'ai imaginé faire venir des séropositifs dans mon service, pour qu'ils rencontrent des chercheurs, mais je ne sais pas comment faire. Mais pour moi c'est clair, la motivation est là. L'urgence, pour que demain des gens bien portants puissent raconter au passé : j'ai eu le sida. Il faut lever le nez de sa paillasse, penser aux malades... Je me souvient de tous les noms des premiers patients. Ce n'est pas facile à vivre".
Depuis plus d'un an, le chercheur se bat aussi dans les couloirs et les antichambres lambrissées pour faire vivre sa Fondation, avec le soutien de l'Unesco. Les fruits de ce labeur à porte-documents mûrissent.

L'installation de trois centres de recherche clinique est en bonne voie. Il y a celui de l'hôpital Saint Joseph à Paris, un autre à Abidjan, et encore un autre aux Etats-Unis à San Diego.
Cela ne suffit pas au médecin ennemi du temps. Trois millions de malades, dix sept millions de séropositifs. C'est assez pour trransformer l'oxygène de l'air en énergie, à chaque instant.
"C'est vrai, j'ai sacrifié beaucoup de choses à cette lutte, mais que pouvais-je faire d'autre ? Il reste tant à essayer..."
Comme ces rencontres inédites avec d'autres chercheurs. Montagnier organise à Venise les 8 et 9 octobre prochain une réunion d'un genre inédit. Destinée à ouvrir un dialogue entre physiciens et biologistes.
Les prions, la maladie d'Alzheimer, peut-être dans le sida, les nucléations, un phénomène physique, intervient... Le vieillissement aussi, est concerné. Une réalité qui, aux yeux du pasteurien, montre bien que "pour avancer sur le sida, il faut bouger sur le plan des connaissances intimes de la vie elle-même".

Ce dimanche, le traqueur de virus consacre quelques heures de liberté à préfacer une biographie de Pasteur. Ce qui le frappe au détour du récit, c'est la manière dont vivait l'homme, séparé de la société, détestant les mondanités, réfugié dans son ultime cercle de famille.

Alors qu'en même temps, il pensait aux applications industrielles et sociales de ses travaux.
"Il était isolé, mais proche du monde réel, entouré de médecins, ressentait très violemment les problèmes de la société. Le sida aurait été de son époque, je suis certain que Pasteur s'y serait intéressé".

samedi 20 septembre 2008

Le mal de l'altitude

Octobre 1991

Les alpinistes sont des noyés. A 5.500 mètres d'altitude, il ne disposent plus que de la moitié de l'oxygène présent au niveau de la mer, et à 8.800, on descend à un tiers. Cuisante privation : 60 % des amateurs de trekking ou d'alpinisme souffrent du mal des montagne (migraines, nausées, insomnie, fatigue) et 20 % sont atteints au point de risquer l'oedème pulmonaire ou cérébral s'ils insistent. Plusieurs dizaines de fois par saison, il faut dans l'Himalaya les redescendre en urgence, ou les enfermer dans des caissons pressurisés pour que leur état s'améliore. Chaque année, certains insistent, et au bout du malaise rencontrent la mort. Etonnant, les derniers 20 % grimpent comme des cabris, sans le moindre malaise.
Les montagnes sont devenues un laboratoire pour les chercheurs. Pour nos corps acclimatés au niveau zéro, le manque d'air en altitude revient à débarquer sur un monde inconnu, à y bouleverser les habitudes de l'organisme. "L'oxygène, c'est la vie, et des quantités de systèmes de régulation agissent vigoureusement pour compenser les effets de l'hypoxie". Le Pr. Jean-Paul Richalet, responsable de l'Association pour la Recherche en Physiologie de l'Environnement, à l'instar de ses confrères italiens, est un habitué des cimes. Bardé de matériel, il court chaque année dans l'Himalaya, sur le Mont Blanc ou dans les Andes pour prendre le pouls des volontaires qui se prètent à l'exercice, leur prélever des tissus. Utilité ? Mettre le doigt sur les agents biochimiques qui interviennent dans l'adaptation au manque d'oxygène. Au programme, les chémorécepteurs. De petits détecteurs placés dans des vaisseaux sanguins, qui signalent le manque d'oxygène dans le sang et commandent le rythme cardiaque (adrénaline). S'ils sont trop sensibles, le mal des montagnes s'installe plus rapidement, et l'apparition d'oedèmes pulmonaires devient possible. La compréhension de cette régulation, et la mise au point de substances pharmaceutiques pour la contrôler pourrait bénéficier aux amateurs de montagne (on peut aussi être malade dans une station de ski ou sur une montagne à vaches), mais concernerait aussi les insuffisants respiratoires (bronchites) ou circulatoires, voire les candidats aux infarctus.
De manière plus fondamentale, on tente dans la pyramide himalayenne de comprendre comment le corps s'adapte. Pourquoi, par exemple, une limitation du rythme cardiaque s'installe-t-elle ? Le rythme le plus élevé que peut atteindre un alpiniste décroît au fur et à mesure qu'il monte. Comme si le coeur voulait en "garder sous le pied", conserver une réserve en limitant sa dépense en énergie, pour ne pas risquer l'infarctus. Intéressant pour tous ceux qui ont un coeur qui accélère trop vite, ou irrégulièrement.
L'atout de la pyramide c'est encore de pouvoir comparer notre métabolisme avec celui des sherpas. Les indigènes, bien adaptés à l'altitude, ne fabriquent pas de globules rouges en surnombre quand ils grimpent. Les occidentaux, au contraire, en ajoutent des quantités pour mieux véhiculer l'oxygène. Le plus surprenant, c'est que les habitants des Andes, qui vivent confortablement à plus de 4.000 mètres secrètent eux aussi des globules rouges dès qu'ils montent. Contrairement aux Népalais. Pourquoi ? La piste génétique est étudiée de près. Demeure le mystère du poids. Les muscles fondent à haute altitude comme neige au soleil, et les grimpeurs laissent 5 à 10 kg sur les pentes, essentiellement par perte d'apétit. Une clef pour accéder aux arcanes de la régulation du poids par les enzymes et les hormones.
Dans un autre domaine, on tente aussi de démasquer les responsables des troubles du sommeil. Insomniaques, les alpinistes fourniront peut-être des indices pour identifier les facteurs qui commandent les apnées nocturnes. A travers le monde, des milliers de dormeurs oublient de respirer pendant des secondes entières, et se réveillent en permanence, par réflexe. Plongeurs de la nuit, ils sont condamnés à porter des appareils respiratoires pour dormir sans danger. Leurs cauchemars trouveront-ils leur solution sur le toit du monde ?

De Gennes, prix Nobel

Décembre 1991

Avec son inusable allure de jeune homme enthousiaste et un peu gauche, Pierre-Gilles de Gennes est venu à Stockholm en solitaire, recevoir le prix Nobel. Anne-Marie, sa femme, est à Orsay, derrière les fourneaux de son "Boudin Sauvage" de restaurant. "Toute cette effervescence est assez lourde à porter, nous n'avons pas envie d'en rajouter", dit-elle. Le "clan" de Gennes, avec ses trois enfants et ses sept petits-enfants fêtera donc le Nobel au retour, bien sagement. "Bien sûr nous sommes heureux, mais nous continuons notre vie comme avant".
Couronné pour ses "coups de balais", spécialiste de la clarification, Pierre-Gilles de Gennes, prix Nobel de physique 1991 possède l'intelligence de la discrétion. Même quand on lui répète qu'après 21 ans, la France est en manque de Nobel de physique, et qu'on lui tend tous les micros pour qu'il dise ce qu'il pense du Monde, il répond qu'il n'a guère le temps de faire de l'esbrouffe, encore moins les qualités pour jouer les oracles. Une évasion qui n'est pas faiblesse, mais sérénité. Tout Nobel qu'il soit, de Gennes entend préserver de l'énergie pour ses travaux. Il en est capable, il l'a déjà prouvé. D'autres que lui auraient déjà laissé mourir la flamme de la recherche sous la multiplication des responsabilités et l'étouffoir des honneurs : directeur de l'Ecole de Physique et de Chimie de la ville de Paris, professeur au Collège de France, membre de l'Académie des Sciences et de plusieurs académies étrangères, etc... Il assume, et à 59 ans continue de pelleter le charbon, de mettre les mains "dans le cambouis" comme un étudiant. Se passionnant pour les problèmes complexes que la physique ne sait pas prendre en compte. A coup de déjeuners familiaux écourtés, de dimanches sacrifiés, il avance, reconstitue les puzzles de la difficulté. "Jusqu'à ce que l'image de la solution s'impose, évidente". Merci, pourrait lui dire l'industrie : magnétisme, supraconducteurs, cristaux liquides, colles, polymères, on ne compte plus les domaines où les équations de de Gennes ont permis de travailler sérieusement, au lieu de faire de l'a peu près. "Des fruits mûrs que j'ai su cueillir au bon moment" s'excuse-t-il. Encore faut-il reconnaitre une poire d'une pomme, ce qui en sciences est l'apanage des meilleurs. Un éclectisme et une intuition stupéfiants, qui lui ont valu le redoutable surnom de "Newton". Même le comité Nobel, dans son communiqué, use de cette comparaison. Autant gêné par cette marée d'honneurs qu'il l'a toujours été par cette grande taille qui lui fait dépasser les foules d'une tête, ce brillant timide trouve à son gabarit un seul avantage : les enjambées. Il ne marche pas. Il court, vole et sème le temps. Depuis son premier laboratoire, jusqu'aux amphitéatres où il enseigne, il a toujours avalé les marches par quatre, essouflé ses interlocuteurs. On le qualifie de surdoué ? Il refuse le qualificatif, et rétorque par des conférences sur ses erreurs dont raffollent les étudiants. Outre sa clarté de vision, ce chercheur a su créer des équipes, s'entourer des plus affamés de science. "C'est à eux, et à mes maîtres que je dois tout" dit-il. Des craintes ? Une seule. "Que la récompense m'entraîne sur la pente savonneuse des médias, à parler de ce que je ne connaîs pas..."

Saga des algues "tueuses"

Décembre 1991

"Tenez, goutez". Avec un sourire narquois Alexandre Meinesz, responsable du laboratoire d'environnement litoral de Nice, me tend une éprouvette bourrée de feuilles graciles. "A faible dose il n'y a pas d'inconvénient, mais crachez la, ensuite". Je machonne donc, un minuscule fragment de Caulerpa Taxifolia. Une minute plus tard, le picotement de la toxine est là, qui gagne langue et palais. "Alors, vous comprenez, quand certains racontent que cette algue est tellement innofensive que l'on pourrait la consommer en salade, je bondis..." Alexandre Meinesz s'époumone depuis 1989 à alerter les autorités sur les dangers de cette algue : "Il faut agir et vite, l'algue se répand exponentiellement, et tout le littoral est menacé".
Un avis tempéré par les organismes publics de recherche, dont les chercheurs hésitaient jusqu'ici à mettre en oeuvre un programme d'études.
Pour Meisnez, le débat scientifique ne doit pas inhiber l'action. A quelques encablures des plages d'or, un drame sous-marin est peut-être en train de se nouer. Chercheurs et plongeurs du cru, à chaque fois qu'ils retournent au fond sont médusés par l'extension de la "gangrène verte". De vastes prairies sous-marines se forment, couleur vert printemps. Trop belles pour être honnètes ? Aucun animal ne vient spontanément se nourir de ces herbages-là. "Les oursins que nous avons mis en présence de caulerpes, avec le professeur Boudouresque (laboratoire d'écologie de Marseille), ont préféré manger la peinture des aquariums, le plastique des tuyaux, puis se laisser mourir plutôt que de consommer les algues", raconte Meisnez. Plus résistants à la toxine, des poissons comme les saupes peuvent se laisser aller à brouter, s'ils ne trouvent rien d'autre. En devenant eux-mêmes toxiques. Le problème, c'est cette algue croit et se multiplie à toute vitesse, voyage au gré des courants, s'adapte à tous les reliefs, s'immisce jusqu'à étouffer les autres algues. Déjà à Monaco, au Cap Martin, à Agay, dans la rade de Toulon, la tache fluorescente croise ses feuilles avec les grandes nourrisseuses de la mer, les posidonies. Et si celles-ci disparaissaient ? "Ce serait une catastrophe majeure, bien supérieure à une marée noire", soupire Meneisz.
De quels abysses a surgit cette créature ? Du Pacifique. Là-bas, l'algue folle se trouve endiguée par un milieu concurrentiel. Les espèces s'y battent entre elles à coup de toxines" Ici, en Méditerrannée, une guerrière aussi lourdement équipée est tout à fait déplacée. Les espèces indigènes sont sans défense et "on ne voit pas très bien ce qui pourrait l'arrèter", s'inquiète Meinesz.
Reste le mystère du transport. Comment une algue des lagons a-t-elle pu élire domicile au pied des falaises de la Principauté ? Probablement par le truchement de l'aquarium de Monaco, estime le chercheur, puisque comme dans bon nombre d'endroits, elle y servait de fond décoratif. C'est du moins devant cet établissement qu'elle a été repérée, dès 1989, entre 5 et 35 mètres de fond. "On ne peut en vouloir à personne, qui aurait pu imaginer que cette algue d'eau chaude (25 degrés) s'adapterait aussi bien aux eaux froides (18 degrés) de notre région", se demande un chercheur. Une redoutable première, qui pose déjà le problème de l'éradication. Plusieurs voies sont envisagés, chimiques, biologiques, en important des prédateurs du Pacifique, ou par simple arrachage, par une armée de plongeurs munis de suceuses... Une guerre verte dans le grand bleu.

Asimov

Avril 1992

Les seuls vrais robots sont les siens. Ils nous font rire, soumettent notre cerveau biologique à la torture logique, et paraissent se transformer en meurtriers pervers, dans des roman plus noirs que les entrailles du cosmos.

Dans son dernier rêve, Isaac Asimov a-t-il été victime à son tour d'une de ces créatures de métal déprogrammée par un ennemi d'enfance revenu d'une autre planète ? On ne saura jamais. Le maître des songes robotiques et galactiques s'est éteint à l'âge de 72 ans, victime d'une crise cardiaque. Sa plume, depuis plus de 40 ans, a fait veiller tard dans la nuit des millions d'écoliers, d'étudiants en sciences, mais aussi de parents de cette Terre. A travers "Fondation" (Denoël) et le cycle de "Trantor" (J'ai Lu), et les "Robots" (J'ai Lu), ils embarquaient pour des voyages intersidéraux à la dimension des "space operas" d'Asimov. Gagnant les Empires où se joue le destin de milliers de planètes, l'avenir de confédérations titanesques, ou plus modestement le devenir d'un personnage écrasé par toute cette mécanique. Ou alors, à travers des nouvelles croustillantes ("Histoires mystérieuses", Denoël), Asimov nous entraîne dans l'univers caché de la science, fracassant les vitrines du réel le temps d'une cordée sur les parois de son imaginaire. Tout y est possible. Les canes pondent des oeufs d'or, les pierres parlent. A condition de partir d'une base rationnelle (l'occasion d'expliquer un peu de chimie et de physique) et d'accepter les règles d'un auteur qui adorait bousculer et surprendre ses "chers confrères" scientifiques.

Un mélange de provocation et d'adulation du progrès qui faisait la force de cet écrivain imbu de lui-même (il a rédigé sa propre biographie). La science, nous répètent ses romans, permettra un jour le voyage intersidéral à travers l'infini de l'espace. Pour faire quoi ? Bâtir une fédération de planètes libres, évidemment. Avec une constitution calquée sur celle de quelques provinces terriennes. Comment s'appelle déjà ce texte, qui clôt "Tyrann" (J'ai Lu) ? A oui, la Constitution des Etats-Unis. Un coup de laser sur le décalage entre nos mythes et l'état réel de nos sociétés.

Dieu, liberté et économie de marché : le bouillonnant Asimov n'oubliera jamais ses convictions. Un profil forgé par ses origines russes (né dans la banlieue de Smolensk, en 1920), son immigration aux Etats-Unis à trois ans, et surtout la découverte du rêve américain, prolongé par la "Nouvelle Frontière" de l'espace. Avec une production de plus de 500 livres durant sa carrière (plus de dix par an), l'immigré devenu professeur de biochimie à l'université de Boston a bâti une galaxie à la mesure de son angoisse d'écrire, à la vitesse de la lumière. Ce qui n'empêchait pas l'écrivain couvert de prix de rester cloîtré chez lui, de refuser l'avion, et les interviews. Sauf pour parler de la conquête de l'espace, dans le Figaro Magazine du 22 juillet1989. Au rythme de dix heures de labeur par jour, le "Good Doctor", comme le désignent ses fans, touchait à tout : nouvelles, romans, articles, livres de vulgarisation scientifique pour jeunes, pour adultes, cours pour étudiants. Un guide de la Bible, aussi.

Des ballons pour Mars ?

Mai 1992

La créature s'ébroue, en danger mortel sous l'aube naissante. Une brassée d'air évente ses replis livides. Feulement d'un parachute que l'on rudoie. Va-t-elle crever là ? Expirer sous les ruades du vent ? A ses pieds, dans la plaine de Chryse, le cobra de métal est coincé entre les rochers. Il la retient, piège mortel. Le soleil est trop haut, bientôt sa peau va éclater. Elle tire, tire encore. Jusqu'à ce tourbillon improbable, miséricorde de poussière, qui la libère. Dans un ciel blanc d'étoiles, la méduse de mylar s'élève enfin. Emportant son boulet de titane et d'électronique.

"Elle décolle". Au centre de contrôle de Toulouse, les ingénieurs sont atteints d'un rire nerveux. Le stress s'évacue. A l'instant, les écrans des ordinateurs viennent de s'éveiller pour offrir des centaines de données. Les imprimantes crépitent, livrent les renseignements atmosphériques : température, pression, vitesse du vent. Signe que le ballon vient de quitter le sol martien pour un nouveau vol. A la clef, une journée entière de survol de la planète rouge. Avec sa fournée de trouvailles et de découvertes.

"Non, ce n'est pas un rêve. Le ballon que nous préparons sera effectiment un être étrange, s'envolant le jour pour survoler Mars et se posant la nuit, pour ausculter le sol et les entrailles de la planète, à l'aide des instruments contenus dans sa queue". Christian Tarrieu, responsable du projet des ballons martiens, au Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) de Toulouse, vit depuis quatre ans aux heures de cette créature de fiction. En fait il est l'heureux père de deux monstres hybrides. Deux jumeaux, ballons et serpents à la fois, puisque la mission sera doublée, pour plus de sûreté. Des créatures de vent et de technologie, qui jongleront en 1997 avec les lois martiennes pour nous livrer le maximum de renseignements sur ce monde secret et quasiment inconnu. "Ils sont prèts à être réalisés, les études sont quasiment terminées", poursuit l'ingénieur. En fait, le vrai problème pour les explorateurs gonflables du CNES est aujourd'hui de s'assurer de la partance de leur train spatial pour Mars. Les difficultés économiques et politiques de la CEI ont évidemment précipité les organismes spatiaux de l'ex-URSS dans une série de turbulences et d'incertitudes. Et le maître d'oeuvre de l'opération demande à ses partenaires étrangers de mettre la main à la poche pour assurer la survie de l'opération. Cela paraît probable. Les scientifiques sont optimistes et c'est toujours à bord de fusées Proton que les ballons français doivent décoller vers Mars, en 1996.

L'idée est de Jacques Blamont. Cette "figure" du CNES, depuis trente ans court les colloques et les réunions de travail avec des dessins de ballons pleins la tête. Pour ce fils spirituel de Pilâtre de Rosier, le ballon est l'arme absolue pour explorer les planètes dotées de la moindre parcelle d'atmosphère. Infiniment moins cher qu'un véhicule tout-terrain, capable de changer d'altitude et de franchir des barres montagneuses, l'aérostat peut aussi emporter une palette d'outils scientifiques sur des distances considérables.
La preuve en a été faite en 1985 dans l'atmosphère de Vénus, quand les sondes soviétiques Vega y gonflèrent les deux premier ballons d'exploration atmosphérique, d'inspiration française. Le bilan, fut toutefois mitigé. "Parce que les Soviétiques n'avaient pas tenu compte de tous nos conseils", commente un chercheur français.

Cette fois, pour Mars, les ingénieurs du CNES et de Zodiac peaufinent des ballons qui vont au bout de leurs idées.

"Le problème n'est pas simple car s'il est vrai que Mars a une atmosphère, elle nous est très mal connue, et y envoyer voguer des ballons demande quelques décisions délicates", souligne Christian Tarrieu.
Pour commencer, les chercheurs de la Nasa, de l'Institut de Sciences Spatiales de Moscou (IKI) et du CNES ont demandé à des superordinateurs de digérer toutes les données connues sur ce monde hostile, pour établir des cartes météorologiques de la planète rouge. Ils n'ont pas été déçus. Dans ce monde de glace, les températures oscillent entre moins 50 et moins 100 degrés C, et les vents saturés de poussières rouges atteignent aisément 70 km/h, quand ils ne déferlent pas en tornades de 200 km/h ! Envoyer des baudruches de 45 mètres de hauteur et 12 mètres de diamètre gonflées à l'hélium se promener dans cette ambiance, entre des reliefs qui peuvent dépasser 20 km d'altitude, demande pour le moins d'adapter les coutumes de l'aérostation.
A commencer par le matériau, puisque les ballons terrestres réalisés en polyéthylène craqueraient sous le seul effet du froid. On a donc opté pour le Mylar, un film plastique translucide de DuPont de Nemours, dont l'épaisseur de 6 millièmes de millimètres a été calculée pour réduire le poids et l'encombrement du balon. Cette matière, dont on a testé le dépliage sans rupture sous un viaduc, a aussi été longuement étudiée pour pouvoir se réchauffer sous le soleil. C'est ce "chauffage" naturel par les infra-rouges qui provoquera la dilatation de l'hélium le jour, et le décollage matinal de notre ballon-lézard, pour un vol entre 2 et 4 km d'altitude. Le soir, avec le rafraichissement apporté par l'ombre, le ballon se dégonfle et se pose en douceur.

Ce n'est pas tout. Pliée, la baudruche devra tenir dans un "camembert" de 35 cm de hauteur, d'où elle sera finalement extraite par un système de fils cassants, qui lui permettront de se gonfler à la seule vitesse idéale pour éviter sa rupture : 300 secondes.

Car évidemment, le gonflement par l'hélium des ballons aura lieu pendant la descente des sondes martiennes vers le sol. Un scénario que l'on imagine d'une aisance inouïe, verouillé au quart de seconde.
Les créatures sont éveillées vers 10.000 d'altitude. Sorties de leurs cocons, elles se boursouflent en quelques minutes, toujours sous la protection des parachutes qui freinent la descente de leurs mères. L'opération terminée, les bouteilles vides sont larguées, et la chute continue, dans le sillage d'un bouclier de protection. Quand celui-ci percute le sol, au bout d'un filin de 400 mètres, le cordon ombilical se rompt. Chaque bulle est alors libre. De sa nacelle elle déploie encore le "guiderope", cette queue de titane de 7 mètres de long, qui trainera sur le sol la nuit. Un appendice reptilien fait d'une vingtaine de cylindres reliés par des cardans, et qui sera soumis à toutes les embardées du ballon, à des chocs extrèmement violents contre les rochers. Bardé d'équipements scientifiques, d'une électronique réchauffée par des piles, et notamment d'un radar capabe de fouiller le sol martien à un km de profondeur, cet ustensile "renifleur" permettra peut-être enfin de savoir combien il y a d'eau sur Mars.

C'est le grand mystère de notre cousine pourpre. Car on subodore que jadis, une atmosphère chaude et moite faisait ruisseler des torrents clairs sur les montagnes. Les indices ? Des traces de rivières, d'érosion, de canyons que l'on croirait terrestres. Ou est passée cette eau ? Evaporée, peut-être, en partie. Mais aussi enfouie, gelée, pense-t-on. Formant avec la poussière un pergélisol, un soc gelé à moins 60 degrés en moyenne.

Le radar du guiderope permettra peut-être d'étudier cette eau. Et de savoir si un jour, des projets délirants comme d'aller "ensemencer" la planète rouge pourraient se réaliser.

Dans le doute, nos sondes martiennes seront soigneusement stérilisées avant le décollage. Histoire d'éviter toute contamination sauvage de ce sol inviolé par des virus ou des germes terriens. On ne sait jamais. Avouez que le comble serait de découvrir dans quelques décennies que une vie malencontreusement importée par les hommes, aux alentours de l'an 2.000.

Sciences et sports

Juin 1992

"J'ai un secret. Je cours 60 km par jour". Info ou intox ? Stratèges, à l'instar du coureur de fond et recordman britannique David Bedford, les champions passent leur vie à livrer les canulars les plus énormes sur leurs entraînements. Histoire de brouiller les cartes et les esprits des musclés d'en face, de les déstabiliser et de les orienter vers de mauvaises solutions. La science du sport est devenue une denrée stratégique, que l'on protège et que l'on manipule. Car la victoire, si elle est toujours aussi belle, se prépare désormais dans des stades-laboratoires, où les chercheurs règnent en alchimistes sur les coulisses de l'exploit.

"C'est vrai. On ne dit pas tout. Mais de toute manière, les autres sont en général bien renseigné, les choses finissent par se savoir. Parfois on arrive simplement à garder de l'avance, le temps de rafler quelques victoires." Eric Jousselin, responsable de l'équipe médicale de l'Institut National du Sport et de l'Education Physique (INSEP), ménage pourtant les athlètes : "le sportif reste un homme et non un sujet de laboratoire, on ne peut pas tester n'importe quoi sur lui". Sage résolution. Alors on teste souvent les améliorations techniques et les astuces d'entraînement sur les juniors. Mais les coureurs sont des têtes brulées, trop souvent prêts à croire et à faire n'importe quoi pour gagner. "Pour eux, si un adversaire gagne, c'est qu'il a un truc. Ils remettent rarement en cause leurs aptitudes et leur entraînement, mais cherchent du côté du matériel, des astuces de préparation physique, voire du dopage". Parmi les fausses rumeurs les plus mémorables, celle de l'équipe de France d'escrime, sur une photographie, en train de simuler des assauts au fond d'une piscine. Pour faire croire à des entraînements en apnée.Totalement bidon.

A côté de nous, Bruno Thibou respire toujours. Avec son tuyau dans la bouche et sa pince à linge sur le nez, ce jeune espoir n'a pas l'air à la fête. La sueur ruisselle sur ses cuisses et cicatrices de cycliste : il a de fortes chances d'aller à Barcelone, pour l'épreuve sur route des Jeux Olympiques. Pour l'instant, les techniciens de l'INSEP lui font un "VO2 max". Ils mesurent la capacité de sa machine énergétique à dévorer de l'oxygène.

C'est devenu la marotte des physiologistes du sport de la fin des années 80. On ne rencontrera pas un sportif de haut niveau qui n'ait galopé sur le tapis roulant, pédalé sur le vélo de salle, nagé contre un courant artificiel avec le fameux embout entre les lèvres. Sous l'effort, la machine humaine absorbe une quantité d'oxygène qui correspond à sa puissance maximale. En mesurant ce chiffre clef, véritable donnée biologique des champions, les chercheurs savent combien d'oxygène peut se rendre dans les muscles, pour y brûler des sucres, et y produire de l'effort. Si on lui demande de faire mieux que ce palier naturel, les muscles du sportif répondront à la demande. Mais pas pour longtemps. L'athlète pénètre dans un autre monde, sans oxygène, où ses fibres travaillent en apnée. Les sucres, incomplètement brûlés, y deviennent de l'acide lactique, qui s'accumule dans les tissus et le sang. Une logique biochimique qui va progressivement enrayer la belle machine avec les sables de la fatigue.

Pour progresser, il faut connaître le VO2 maximum, mais aussi l'effort auquel il correspond. Et en faisant travailler le sportif à ce niveau-là, par paliers, en surveillant l'acide lactique au moyen de petites prises de sang, on peut obtenir des améliorations étonnantes des performances.
Pour mieux connaître cette machine humaine, on dose encore les hormones, on pose sur les sportifs des capteurs cardiaques. "Certains les gardent tout le temps, quasiment 24 heures sur 24", note Eric Jousselin. Sur l'écran d'une petite montre reliées à un harnais pectoral, les cyclistes peuvent voir à quel rythme bat leur coeur lors d'une montée d'une côte. Ils constatent l'effet d'un changement de braquet, ou d'un démarrage, et s'octroient quelques plages de travail au-delà de leur rythme maximum, gérant comme des rentiers leur capital fatigue.

Mais attention, les surprises sont là. Il faut tenir compte du stress, comme sur une grille de départ de Formule 1, où les rythme cardiaques s'enflamment à plus de 150 pulsations, sous le seul effet de l'angoisse. Ou des synergies, comme en aviron, où le coeur d'un barreur immobile bat à l'unisson de ceux de ses rameurs, en pleine galère.

La chaudière musculaire est désormais connectée à des ordinateurs qui la surveillent, la diagnostiquent et l'entraînent. Les engins de musculature la jaugent et l'astreignent au bon effort. Mais dans le domaine de l'exécution du geste, obsession des bio-mécaniciens, la performance demeure une notion floue. "On peut visualiser et comprendre comment un athlète prend ses appuis quand il lance son disque, et corriger des pertes latérales d'effort, mais il est quasiment impossible de lui dire si son épaule travaille bien dans les trois dimensions, à ce moment-là", constate Régis Mollard, de la faculté de médecine Paris V et chercheur au CNRS.

On peut heureusement définir les grandes lignes des bons gestes techniques. Un démarrage de sprinter, par exemple, est filmé en cinéma stroboscopique, analysé par ordinateur. "En plaçant des détecteurs d'efforts dans les pistes d'athlétisme (pour les prises d'appuis), on pourrait mieux former les juniors, améliorer leurs performances très tôt", demande Mollard.

Au plus haut niveau, les gourous des laboratoires augmentent ainsi peu à peu leur ascendant sur des entraîneurs jaloux Les escrimeurs disposent de l'ARVIMEX, qui mesure leur temps de réaction par rapport à un signal de cible à toucher, et trahit la précision du geste. Chez les tireur à l'arc, c'est un laser qui mesure l'écart à la cible et des accéléromètres placés sur l'arc qui indiquent pourquoi la cible a été manquée. Et en boxe, tennis de table, ou en tir, une micro-caméra fixée sur la tête du sportif montre à l'entraîneur si son poulain regarde de travers son adversaire, la balle ou la cible. Tiens ? On s'est aperçu au passage que les très bons athlètes écoutent parfois bien peu leurs entraîneurs, inventent leur propre technique.

Finalement les entraîneurs préfèrent encore voir les chercheurs transpirer sur le matériel. Plus faciles à gérer, ces améliorations ont grignoté les fractions de seconde au fil des ans. Sans parler des histoires de pédales que Jeannie Longo entretient avec sa fédération, on se souvient que Bernard Hinault et Laurent Fignon eurent raison d'insister pour déballer les premiers vélos aérodynamiques qu'avaient sculpté des chercheurs un peu obsédés du vent. Un sérieux coup de poussette aérodynamique pour gagner : une minute dans un contre la montre ! Ce n'est pas Francesco Moser, recordman de l'heure à vélo, qui dira le contraire, du haut de son bicycle lenticulé et profilé à la Mad Max. Mais tout cela risque de plafonner. Comment imaginer que des perches encore plus raides, propulsives et puissantes à la fois puissent être moulées, alors que ce qui limite l'usage de ces outils hyper-techniques est précisément la capacité des athlètes à fléchir des brins aussi raides que des poteaux ? Au ras du Tartan, un revêtement qui fait courir très vite, si l'on a gagné 300 grammes en 20 ans sur les chaussures, il est difficile de concevoir un autre bond de cette importance. Mais même si la science ne peut plus faire gagner qu'une poignée de secondes, aucun athlète ne les refusera au passage.

"Ceux qui vivent sont ceux qui luttent", a constaté Hugo. Et on peut compter sur les laboratoires pour aider les athlètes à transpirer.


Encadré
le poids du mental
"Il est plus facile de jouer en compétition contre un ennemi que contre un ami", estime le docteur Pierre Talbot, médecin chef de la Fédération Française de Tennis. Mais vouloir "tuer" l'autre peut être dangereux, voire négatif en matière de performances sportives. "Il faut certes une bonne dose de volonté, mais un athlète trop excité risque de manquer de clairvoyance", explique Philippe Fleurance, chercheur en psychologie à l'Institut National Supérieur d'Education Physique (INSEP). A titre d'exemple, un tireur à la carabine est capable de diminuer son rythme cardiaque, pour se mettre dans une sorte d'état second de concentration calme, où ses performances sont meilleures. Par contre un nageur immobile sur son plot de départ va augmenter sa fréquence jusqu'à 140 pulsations par minute, pour préparer son corps à la violence de l'effort qu'il va accomplir !


Pilotes : la technique fait plier l'homme
Image du dernier Grand Prix de Monaco. Epuisé, lessivé, Mansell est soutenu comme un bébé par des "gros bras" de son équipe. Dans aucun autre sport les hommes ne sont soumis à autant de tortures. Dans une courbe serrée, un pilote de formule un encaisse 3 à 4 G latéraux, avant de réaccélerer, et d'en reprendre 2 ou 3 autres, bien en face. "Il n'y a qu'a voir la musculature du cou, qui contrebalance la force qui s'exerce sur la tête à chaque virage pour comprendre que durant une course, chaque pilote soulève au total 10 tonnes d'un côté de son casque et quatre tonnes de l'autre", estime le docteur Charles-Yves Guezenec, du Centre d'études et de recherches de médecine aérospatiale. Le coeur, moteur des pilotes, bat en moyenne à 140 pulsations par minute, avec des pointes à 190. C'est dans les virages serrés, sans visibilité, qu'il accélère le plus. Cela correspond à un coup de stress, juste après un petit calme provoqué par une "apnée", le pilote ayant cessé de respirer au freinage précédent. Pire. Durant ce même freinage, les 2 à 3 G ont fait descendre un litre de sang dans les jambes. Ce n'est pas le voile noir, le cerveau est alimenté, mais le coeur besogne dur pour faire revenir la pression. Pour les chercheurs, les pilotes devraient, comme dans les chasseurs, porter des pantalons anti-G légèrement gonflés pour éviter ces coups de pompes.

Illusions d'optique

Septembre 1992

Ne retournez pas trop vite votre magazine. Ces images à l'envers ne constituent pas une erreur de mise en page. Nous vous convions ici à vivre à une expérience visuelle, qui va vous distraire tout en vous faisant visiter des méandres obscurs du cerveau. Un voyage vers un monde un peu troublant, où les repères de notre vision sont culbutés comme de vulgaires quilles sur la piste un peu savonnée des habitudes.

Vous êtes prêt ? Commencez par examiner ces deux visages présentés à l'envers. Ils vous rappellent probablement quelqu'un. Un personnage cathodique que nous fréquentons abondamment, pour la plupart d'entre nous. Mais si, regardez bien.... Ces yeux pimpants, ce sourire.... D'ailleurs, c'est étrange, parmi les deux figures, il semble qu'il soit plus facile de reconnaître l'une d'entre elles. Celle de FFFFgauche peut-être ?

Vous y êtes ? Bien. Maintenant, retournez la page. Brusquement.
Pouah ! Quel est ce Martien, cet "alien" hideux que personne ne souhaiterait recontrer au coin d'un bois ? Le visage de Jean-Pierre Foucault aurait-il été malmené ?

A peine. Oeil pour oeil, dent pour dent, seuls la bouche et les yeux ont été inversés, ce qui suffit à notre cerveau pour se faire duper et classer ce visage comme celui d'un monstre ! Un phénomène d'autant plus fascinant qu'il ne se produit que dans un sens, celui de l'endroit (pour les contours du visage), alors que d'après notre bons sens, cela devrait être le cas à l'endroit comme à l'envers ! Mais non, le visage truqué présenté à l'envers paraît obstinément normal, et grâce aux quelques traits manipulés, on se surprend même à le préférer ainsi, car il est plus facile à identifier que son voisin orginal. Quelle tempête souffle donc sur nos neurones ?

Nous remercions d'abord le sourant propriétaire des traits de s'être amicalement prêté à notre démonstration et à la sérieuse déformation d'image qu'ont entraînés quelques coups de ciseaux. Cette expérience a été concue par Peter Thompson, du département de psychologie de l'Université d'York, en Grande-Bretagne. "L'idéal étant d'avoir quelqu'un de très connu...", nous a précisé le chercheur. Merci, donc, à l'animateur, forcément vedette !

On s'en doute, cette petite farce de laboratoire n'a pas seulement des mérites récréatifs. Elle utilise, dans son fonctionnement, quelques découvertes fondamentales sur la manière dont le cerveau gère les informations visuelles. Une branche très dynamique de la "psychologie cognitive", qui tente par exemple de répondre à une question d'apperence anodine : "Comment lisons-nous le visage d'autrui ?".
C'est un lieu commun que de dire que pour un Provencal tous les Camerounais ou tous les Bengali se ressemblent. Hors de ses références habituelles, le système de reconnaissance visuelle est perdu, et mettra un certain temps à s'habituer, à augmenter son savoir-faire. Les éleveurs de chiens deviennent ainsi capables de discerner infailliblement des centaines de "visages" chez leurs amis à quatre pattes, là ou tout un chacun est incapable de voir autre chose qu'une meute.

C'est quand il est bébé que l'homme apprend à utiliser ses circuits à décoder et identifier le visage de l'autre, peu à peu, en commençant par ceux de ses parents. "Mais la manière dont le cerveau traite cette information va se perfectionner progressivement, pour atteindre une performance maximale avec les visages familiers vers l'âge adulte", note Raymond Bruyer, neuropsychologue à l'Université de Louvain, et auteur de "La reconnaissance des visages", Ed Delachaux et Niestlé. Pas si simple, pourtant. Les enfants, on l'a constaté, n'analysent pas les visages comme les adultes. Ils observent trait par trait, au scanner. Ce qui les amène souvent à se tromper lorsque quelqu'un change de coupe de cheveux, de vêtements, ou de parure. Puis, vers l'âge de 10-11 ans, ils changent de technique, pour adopter celle, plus globale et efficace, (mais aussi plus rigide) des adultes.

Le secret de notre système de reconnaissance, c'est de juger sur pièces. Un visage sera mieux analysé si des schémas globaux déjà engrangés dans le cerveau sont respectés. Mieux vaut que la bouche se trouve entre le nez et le menton. Un exemple, dans un domaine proche. Il est plus rapide de trouver le S dans le mot "VISAGE", qui un sens, que dans l'ensemble de lettres "GASIVE", note Raymond Bruyer.

Et ce qui frappe, c'est l'incroyable conformisme des neurones dans ce domaine. D'abord, il y a une hiérarchie. Chez l'Européen, les traits les plus importants sont par ordre décroissant : la chevelure, les yeux et la bouche (chez un Africain, les cheveux sont secondaires). Pas étonnant qu'il vaille mieux éviter d'être chauve... Mais que le visage soit déjà connu ou non redistribue encore un peu davantage les cartes : yeux, nez et bouche sont très importants sur des visages connus, mais se retrouvent à égalité avec les informations de contour (cheveux, menton) dans le cas de visages inconnus (travaux du Pr Ellis à York). Pour la plus grande efficacité du test, il nous a donc fallu choisir un personnage archi-connu, quasiment familier.

Autre surprises des chercheurs : l'exploration du visage ne se fait pas, comme notre bon sens pourrait nous amener à le croire, du haut vers le bas, comme sur une page. Car dans un visage présenté comme ici à l'envers, les cheveux gardent leur importance, qu'ils soient en haut ou en bas de l'image. Nos neurones se moquent, dans ce cas, de l'envers. Ils observent trait par trait, et rectifient d'eux-même le sens de l'image.

Etonnant. Présentation à l'envers et à l'endroit d'un visage, et seulement d'un visage, modifient complètement la manière dont le cerveau fonctionne. Comme s'il passait d'un mode "global" et rapide à l'endroit, à une analyse plus détaillée et morcellée à l'envers. Essayez donc de contempler les autres photos de ce magazine à l'envers. Tout paraitra facilement reconnaissable, les avions, les maisons, les chateaux. Tout, sauf l'identité des visages. Pour Justine Sergent, qui travaille au Canada, dans un visage présenté à l'endroit, il y a interaction des traits lors de la reconnaissance. La face devient un tableau dont tous les composants renvoient l'un à l'autre, et s'influencent, dans une globalité que construit notre cerveau. Par contre, dans un visage présenté à l'envers, chaque trait est analysé et identifié séparément, passé au scanner, à la manière d'un objet (avion, bateau, etc...), et le cerveau tente de reconstruire l'image à l'endroit. Ce qui conduit tout droit à un paradoxe. Présenté à l'envers, un visage connu supporte comme ici de grandes altérations et sera tout de même identifié, car ses traits sont analysés séparément. Par contre, à l'endroit la reconnaissance globale devient une ornière pour notre regard. La moindre modification des traits principaux entraînera une non-reconnaissance, allant jusqu'à déclencher la panique du phénomène d'horreur, comme ici.

Dans la jungle de notre cerveau, tout se passe donc comme si un enchaînement de neurones hautement performants était tout entier dédié à la reconnaissance explicite des visages familiers. Peut-être pour améliorer la reconnaissance de leurs expressions, ou éviter de se faire berner par quelques sosies. N'est-ce pas, Monsieur Foucault ?

Georges Charpak prix Nobel

Octobre 1992

Un geste de la main ordonne une méche blanche comme la lune de janvier. Les yeux sont bleu, mais les paupières restent closes, souvent, pour tenter d'oublier les rumeurs de l'univers médiatique. "Je surfe sur la vague des sollicitations, et pour tout vous avouer, je ne serai pas mécontent de retomber sur le sable, quand toute cette excitation sera un peu calmée".

"Georges, tu es trop gentil, cesse de dire oui à tout le monde". Dominique, la femme, gronde et veille au grain. Faisant front, tentant de protéger son Nobel de mari dans ce marathon public dont le comité suédois a donné le départ, un mercredi d'octobre. Pour la condition physique de ce jeune homme de 68 ans, l'annonce ne pouvait pas plus mal tomber. Georges Charpak venait de passer plusieurs nuits blanches à surveiller et à règler un détecteur, au CERN de Genève, le temple des physiciens européens des particules. "Plus jamais, disait-il, c'est trop dur". Et puis dans la matinée est arrivé ce coup de téléphone. Une blague ? Les premiers journalistes, déjà, confirmèrent... Ce qu'il a ressenti sur le coup ? "Dix minutes d'ivresse pendant lesquelles j'ai vu défiler ma vie, les visages de ceux qui m'ont aimé et rendu tout cela possible. Ma femme, mes enfants... Ce que je vais pouvoir faire maintenant, pour les aider un peu".
Car ce Nobel sera utile : dans la famille Charpak, les causes à défendre ne manquent pas. Dernier exemple en date, Nathalie. Pédiatre à Bogota, la fille de Georges travaille depuis 5 ans à faire connaître dans le monde une méthode originale de soutien aux bébés prématurés, sans couveuses : la méthode kangourou. Les mères colombiennes portent leurs bébés sur le ventre, 24 heures par jour, jusqu'au terme théorique de la grossesse. Une méthode qui, outre le renforcement du lien maternel qu'elle procure, pourrait sauver des milliers de prématurés si elle était généralisée dans les pays en voie de développement.
Nouvelle sonnerie de téléphone dans l'appartement parisien. Cette fois, c'est le journal des Polonais de France. "Je ne peux tout de même pas leur refuser... Moi aussi je suis venu de Pologne..." Le ton est las, mais Georges Charpak s'avoue seulement désolé de ne pouvoir répondre mieux à toutes les demandes, de n'avoir plus l'esprit aussi clair qu'il le faudrait....

Un instant, la silhouette un peu voûtée évoque un Kessel aux abois. Un colosse aux pieds d'argile, une âme de diamant. Violence du contraste entre la robustesse de l'homme et une sensibilité aux autres qui étonne, à chaque détour de phrase. L'individu est lui-même une antenne. Un détecteur qui capte les gens, leurs intelligences, leurs affections. Comme les instruments qu'il forge dans son laboratoire enregistrent les passages fulgurants des particules fondatrices de notre monde.

Sous le vent de la vie, sous l'effet combiné du temps et d'une lucidité trempée dans l'épreuve du réel, le petit immigré polonais est resté sauvage. Mais il est aussi devenu plaque sensible. "Probablement parce que mes parents, mais aussi ceux qui m'entourent m'ont aidé, m'ont entouré de leur affection. Chez moi on a parfois manqué de confort, mais jamais de soutien".

De cette écoute quasi-maniaque des autres est né un moteur. Un gros engin au rythme patient qui a fait de lui un chercheur de premier plan, et le patriarche d'une famille soudée. Un moteur de Caterpillar coulé dans la générosité. Générosité pour ces collègues auxquels il ne refuse jamais un coup de main, surtout en pleine nuit, pour faire tourner une expérience de physique. Générosité pour son travail, qu'il ne trouve passionnant que s'il est exigeant : "j'aime par dessus tout les beaux problèmes, c'est une drogue", et auquel il était prêt à sacrifier sa maison de Gex, près de Genève (il était sur le point de la vendre au moment de son prix). Mais surtout, générosité pour sa famille, et tous les amis du clan, pour lesquels il y a toujours place autour de la table familiale. "Notre maison de Corse, près de Cargèse, nous l'avons construite autour de la table. Il n'est pas rare que nous y soyons vingt cinq. On s'assoit, parle, on boit, on chante, les amis musiciens nous font pleurer de quelques mélodies tziganes. Une histoire faite de rencontres, "sans laquelle rien de toute cette aventure scientifique n'aurait valu la peine d'être vécu".
L'autre maison, la vaste demeure familiale de Gex, a ainsi vu s'épanouir Yves, Nathalie et Serge, les trois enfants, mais aussi quelques protégés. Trois étudiants chinois, un africain ont grandi et se sont formés ici. Bizarrerie, fatalité ? Tous, quasiment, ont choisi la voie médicale. "C'est à cause de Dominique. Leur mère a toujours été un exemple de générosité, d'attention pour les autres. Elle s'était engagée dans un combat, elle s'est occupée de jeunes drogués à Genève pendant plus de dix ans, et ramenait des oiseaux blessé au nid. Cela a du faire davantage pour forger la sensibilité de mes enfants aux autres que mes pirouettes avec des particules", glisse Charpak dans un sourire.

Mais le physicien n'est pas mécontent de son coup. Même s'il était plus souvent au chevet de ses détecteurs qu'à celui de ses enfants, il est parvenu à semer la graine de la science chez ses deux fils. S'ils sont aujourd'hui médecins, ce sont aussi des scientifiques. "Ils auraient fait de bons physiciens", lâche le Nobel. Yves, l'aîné est épidémiologiste. "Il applique la rigueur de la science au domaine médical, pour détecter les effets des maladies, valider des méthodes de soins"

Le benjamin, Serge, a lui aussi fait médecine. Une formation qu'il s'est empressé de compléter par des études de sciences. Il est aujourd'hui chercheur en neurobiologie à l'Université de New York. Et tente actuellement de rentrer en France, au sein d'un laboratoire du CNRS.
Nathalie, tout comme ses frères, a interrompu ses études médicales à mi-parcours. "Pour sentir le monde et prendre le temps de se connaître", explique Charpak. "Ils avaient la chance d'avoir les moyens de le faire, mais je crois que c'est important pour tout le monde : être à l'écoute". Pendant cette année sabbatique, Yves fait du piano, Serge de la science. Nathalie elle, part dans l'Altiplano péruvien. Un choc. Dominique et Georges retrouvent leur infirmière de fille dans des petits villages, chevauchant des heures pour atteindre une communauté reculée. "Les femmes me présentaient des hommes pour que je choisisse un mari à ma fille, et qu'elle puisse rester sur place", se souvient Dominique Charpak. Nathalie, elle, voit son énergie transcendée par la somme de travail qui lui incombe. Elle veut bien rentrer en rance, mais c'est décidé, elle sera médecin à part entière, et pas une scientifique.

"Elle est d'une volonté farouche. Cela ne m'étonne pas qu'elle soit devenue pédiatre. En fait c'est le seul vrai médecin de la famille, dévouée aux autres, à leur service", poursuit Charpak.

"Elle est très humaine. L'un des évènement qui l'a marquée le plus intensément, c'est quand elle a senti, lors d'un stage, la reconnaissance dans les yeux d'un mourant dont elle s'était occupée. Avec les enfant, elle a trouvé aujourd'hui une voie qui correspond vraiment à sa vocation. Mais le problème, à Bogota, c'est qu'elle travaille vraiment trop dur. C'est une esclave. Elle mène avec une main de fer son projet d'étude et de validation de la méthode kangourou, et le soir, elle organise des ateliers de coutures pour que les femmes de cet hôpital, les plus pauvres de Bogota, trouvent de quoi survivre pendant leur maternité".
Grâce à son père, Nathalie a pu trouver un financement pour mener à bien cette étude. C'est la société d'épidémioliogie d'Yves, EVAL, qui s'est chargée du protocole scientifique de la validation. Avec l'objectif, à terme, de généraliser cette méthode de soin aux prématurés dans les pays du sud qui disposent d'un minimum d'infrastructures hospitalières, mais aussi dans nos maternités, pour y améliorer les relations des enfants nés avant terme avec leurs mères.
"Je suis très fier de ma fille, et j'essais de l'aider au maximum. Je suis directeur de ce projet d'évaluation , mais c'est au culot et à l'énergie de Nathalie que ce programme doit d'exister".
"Mon père ? Pour moi, c'est un idéaliste, très positif, qui voit d'abord le bon côté des choses. Je suis surtout très fière du fait qu'il n'aie jamais voulu faire de compromis avec ses idées. C'est quelques chose qui a marqué tous ses proches, et que nous appliquons aujourd'hui dans notre travail". Et puis c'est quelqu'un qui fonctionne à la passion, à l'émotion.
"Emotionnel, moi ? Peut-être bien, après tout, avoue le physicien. Si la physique ne me donnait pas tant de plaisirs, je ne resterai pas dans ce milieu. J'aurais peut-être mieux fait d'être médecin, moi aussi, peut-être aurais-je été plus heureux, plus proche des autres..."

Demain, grâce au prix, les innombrables projets de Charpak devraient avancer un peu plus rapidement. Le Nobel lui permettra de développer, dans sa société, de nouveaux outils pour la biologie et la médecine, des détecteurs capables de faciliter la recherche et le diagnostic en améliorant les images de l'intérieur du corps et des organes. Il devrait aussi empêcher ses interlocuteurs de sourire quand il leur soumettra son vieux projet de lire, avec l'aide d'un laser, les sillons des poteries antiques. La voix du potier, les bruits de l'atelier sont peut-être inscrits là, sous nos yeux, comme les chants des Amérindiens dans les premiers cylindres de cuivre et de cire des phonographes.

Que fera-t-il de l'argent de son prix ? "Rembourser mes dettes, m'acheter une paire de chaussures, et la meilleure encyclopédie de tours de magie, pour captiver et passionner mes quatre petits-enfants, revoir des amis". Charpak serait-il un Houdini des âmes ?

jeudi 17 juillet 2008

Bactéries calcaire

février 1993

Sur ce lac invisible de transparence, le petit canot orange paraît fiché en l'air. Paré à se faire broyer entre stalactites et stalagmites. A bord, Jean-Pierre Adolphe joue les acrobates. Fesses en l'air, le nez projeté vers la surface de cristal, le responsable du Groupe d'études et de recherches sur les milieux extrèmes guette l'endroit propice. Enfin, d'un coup de patte le chercheur remplit son récipient, prélevant un peu de ce voile qui colle comme une peau au lac souterrain.
Sur la berge du Lavoir des Fées, les autres membres de la petite équipe se frottent les mains d'excitation. "C'est formidable, on va enfin savoir ce que cache cette roche flottante" laisse fuser François Soleilhavoup. Cela fait des siècles que l'on sait que la pierre, dans la Grotte d'Arcy-sur-Cure, s'entête à ne pas couler. D'accord, ce petit voile calcaire ne pèse guère. Jamais perturbé par la moindre houle, il a en outre tout loisir de reposer en paix. Mais du caillou qui joue les radeaux, ce n'est guère banal... Peut-être un phénomène de finesse, de portance, de tension...?

"Oui, mais cela illustre d'abord notre thèse... Normalement, si le calcaire venait du plafond, en solution dans l'eau qui percole, il devrait tomber au fond de l'eau. Mais ici, la voûte est de plus étanche. Pas de stalactites.. La seule explication, pour expliquer cette curiosité flottante, c'est qu'il y a quelque chose à la surface, qui fabrique ou qui favorise la lente élaboration de ce voile, en se nourrissant des nutriments présents dans l'eau ...", commente Adolphe, de retour de sa croisère lacustre.
Quelque chose. Mais quoi ?

"Les bactéries, des milliards de bactéries, mon vieux... La roche est vivante. Là, autour de nous, les stalactites, les stalagmites, ce sont des milliards de bactéries qui les ont fabriquées, en secrétant du calcaire, ou en favorisant le dépôt du calcium, par leur activité biologique. Cette roche est vivante, ce sont des microbes qui la façonnent..." s'emballe Adolphe.
Soigneusement, fiévreux comme s'ils tenaient entre leurs mains une eau de Jouvence qu'il ne faudrait sous aucun prétexte laisser filer, les trois chercheurs remontent le produit de la pêche, jusqu'au boyau principal de la grotte d'Arcy.

"Il suffit de regarder cette grotte pour comprendre comment travaillent les bactéries..." José Paradas, le microbiologiste, vient de stopper net au bord d'un autre lac sous-terrain. Ici, les gouttes qui percolent depuis les stalactites du plafond ont créé, sous la surface de l'eau, de petites bosses de sable. Des monticules aux allures de taupinières sous-marines. "Probablement de la calcite, on va en prélever", aprouve François Soleilhavoup. Mais personne n'a les bras assez longs, pour arriver jusqu'aux petits tas qui dorment sous l'eau. C'est finalement le plus grand gabarit de la bande, votre serviteur, qui joue de l'éprouvette en faisant le grand écart. Les tubes remplis, on manipule un instant le sable laiteux. Il crisse comme du sucre, semble friable...
Depuis des années, Adolphe et ses acolytes pensent que les bactéries encombrent la planète de monceaux de roches calcaires. Une armée de microscopiques ouvrières au travail... Une idée qui provoque une levée de boucliers dans le milieu des géologues. Mais le directeur de recherches de l'Université Paris VI a poursuivi son idée en formant, à l'extérieur de son labo, une petite équipe interdisciplinaire avec François Soleilhavoup, spécialiste de la conservation des oeuvres rupestres sous toutes les latitudes, et José Paradas. A eux trois, ils ont décidé de faire de cette capacité de certaines bactéries à bâtir avec du calcaire une nouvelle manière de restaurer oeuvres d'art et bâtiments.

C'est en étudiant en 1974 des voiles blanchâtres apparaissant sur des mousses de tufs, en présence d'eau courante, que Jean-Pierre Adolphe a eu l'idée d'aller voir si quelque chose de vivant était à l'oeuvre.
Le test est simplissime : dans une éprouvette on met de l'eau chargée de calcium. On y saupoudre quelques échantillons provenant d'un de ces voiles blanchâtres, ou bien des fragments de roches sédimentaires, agès de plusieurs millions d'années, peu importe.

Dans un autre récipient, l'eau et le calcium ne sont pas "ensemencés". Le résultat est spectaculaire. En quelques jours, l'eau du tube garni de bactéries est devenue soupe laiteuse, le calcaire s'est formé en voiles, alors que le liquide du tube témoin est toujours limpide, le calcium se complaisant en dilution.
Pourquoi ne pas mettre ces microbes bâtusseurs à l'ouvrage ? Un mur a été ensemencé, au Laboratoire National des Monuments Historiques de Champs-sur-Marne. Les bactéries, arrosées de nourriture, y ont tissé un écran de calcite, celui-là même que les tailleurs de pierre cherchent à privilégier, quand ils choisissent les faces des blocs à exposer aux intempéries.
Dans la grotte d'Arcy, les chercheurs vont se livrer à d'autres expériences : demander à des bactéries présentes dans l'eau de la grote de récouvrir de calcite des pièces du Louvre. Transformé en laboratoire, le boyau de l'Entonnoir devrait pourtant garder quelques secrets. On ne sait pas par exemple, si le calcaire est concentré à l'intérieur des microbes, ou simplement à leur surface... Des chercheurs américains pensent que les bactéries sont également responsables de l'apparition de certains gisements métalliques, comme l'or. De quoi faire se lever à la pleine lune le compte de la Varende, proprétaire des grottes d'Arcy, et alchimiste convaincu..

Du son dans la piscine

Janvier 1993

Par gorgées de bulles, la piscine se faufile sous nos néoprènes. "On peut faire la planche", murmure quelqu'un. C'est vrai. Dès que la nuque touche, l'effet est là. Et lorsque la tête bouchonne, le monde bascule en harmonies. Au zénith, le regard note machinalement des puffins qui fusent vers le mauve, ailes dépliées. Mais c'est sous l'eau que les esprits ont à comprendre. L'eau ? Ce liquide-là ? La première réaction est de ressortir. Peur de briser le rêve. De casser le cristal... Peut-on flotter dans des sons, y nager ?

Peu à peu les gestes reviennent, on fait la planche. On écoute. Voici la piscine promue auditorium, concert, cathédrale engloutie à la nef farcie de sirènes par la magie nue de la musique subaquatique. D'un oeil, tout en vérifiant les équilibres des diffuseurs sonores, Michel Redolfi surveille mes réactions. Le compositeur et directeur du Centre international de recherche musicale de Nice connait bien ces émotions. Le public pataugeur des concerts sous-marins qu'il donne depuis des années se comporte comme je viens de la faire. Une reculade, une agitation, et puis l'installation dans un mode d'écoute, avec des positions et des nages propres à chacun. Certains flottent, passifs. D'autres voyagent en apnée, font l'ascenseur dans le bleu. Pour mieux capter les vibrations de l'onde, on peut aller en groupe, se réfugier au loin, solitaire. En quète de quelque chose comme la fragilité du temps...

Cocteau aussi, a défloré de quelques brasses cet émeraude qui glougloute et sert de piscine au Bel Air, le palace du Cap Ferrat. Entendrait-on rire Picasso, autre habitué des lieux? On peut parier, il aurait aimé se verser à l'eau sonore.
Les bulle musicales sont celles de Crysallis, l'opéra de Redolfi. C'est la première oeuvre que l'on écoute pas, que l'on ressent par toutes les cellules. Le corps entier et le crâne surtout sont des récepteurs. Pour le cerveau et son oreille, égarée, dépassée, le son vient de l'intérieur. Une voix intérieure... C'est la meilleure description de cette illusion humide. Comme si dans vos entrailles de ludion un coup de poing venait révéler la source sonore tapie.

Dommage, la tête hors de l'eau la magie s'estompe. A peine une rumeur...
"L'énergie passe très mal : seulement un cinq millième de la puissance sonore se transmet de l'eau à l'air..." explique Michel. Ce qui vaut à la piscine, pour nos amis restés au sec, de demeurer muette. En apparence.
La phrase s'éteint, nous replongeons, avec des tubas cette fois, histoire d'immerger nos fronts. Le rêve s'allume encore un peu davantage, l'effet est plus fort. Les sons s'offrent en pâture, métalliques et minces, à la limite de la rupture. Fragiles, intimes et distants. En se rapprochant de l'une des sources sonores, on perçoit autrement. Mais toujours, l'origine du son se dérobe, s'évanouit. Il est partout...

"C'est normal, l'eau est des milliers de fois plus dense que l'air... Et le son se propage quatre fois plus vite (1450 mètres par seconde, au lieu de 350). Pour l'oreille, habituée à s'orienter sur des décalages plus lents, le son est du coup omniprésent. D'autant que le tympan, inutile, écrasé d'eau, est court-circuité. Ce sont les os du crâne qui captent les vibrations de l'eau, et les répercutent vers l'oreille interne, directement", explique Redolphi, assis au bord du bassin. On entend donc émoussé, en monophonie, un son qui fait vibrer.

Comme dans le ventre d'une mère...

"C'est probable.. Dans l'espace maternel, l'embryon entend des sons qui lui sont transmis par conduction osseuse, par la colonne vertébrale, pour l'essentiel, souligne Alfred Tomatis, oto-rhino-laryngologiste auteur d'une méthode de rééducation par des sons indirects. L'embryon est au coeur d'une sorte de cathédrale osseuse... Démuni de tympan, son oreille est ouverte, et c'est l'oreille interne qui capte les sons... Et heureusement pour les bébés, les bruits sourds et graves, comme ceux du coeur, sont largement amortis. Il les entend pas ou mal..."
Il fait nuit à présent. Encore une plongée dans les vibrations englouties. Cette fois, Michel joue les Nemo et nous offre quelques lieues peuplées de mammifères marins, pour le plaisir. Dans la seconde, les hurlements fauves envahissent l'espace, retrouvent un univers qui leur faisait défaut...

"Le plus décevant, quand on immerge des haut-parleurs conventionnels, c'est que l'on entend rien, ou presque. Dans l'eau, les seuls timbres vraiment perçus sont entre 500 et 5000 Hertz, dans le médium-aigu. Et la rigidité du crâne, qui reçoit les vibrations, écrase encore un peu davantage la dynamique, réduit les contrastes de volume entre deux plages musicales", poursuit le compositeur.

Autrement dit, Wagner et Pink Floyd sont interdits de séjour dans l'univers plat de l'Atlantide sonore. Inaudibles. Ce qu'il faut ici, c'est une musique conçue en prévision du spectre sonore sous-marin, fondamentalement différent. Sous peine, comme bien de propriétaires de piscine, de carboniser les haut-parleurs étanches que vous aurez immergés dans votre bassin, à force de monter la puissance de l'amplificateur, et de vouloir entendre ce que les os du crâne ne peuvent capter.
Pour mieux contourner cet écueil, Redolfi a carrément inventé des hauts-parleurs d'un genre nouveau. Des cristaux piézoélectriques enfermés dans des coques en aluminium, pour ses recherches et les concerts qu'il donne à travers le monde. Ils sont faits sur mesure pour lui, s'usent et se brisent si l'on s'en sert trop brusquement.

Le fruit rare d'un travail étrange, commencé à la fin des années 70 en Californie, dans ces caissons d'isolation sensorielle alors très en vogue. "J'y ai découvert que mon attention aux sons était plus grande, que mon univers mental était plus ouvert..."
Hasard, Redolfi est alors chercheur à San Diego, site d'une base importante de l'U.S. Navy. Et il peut accéder aux compte rendus des expériences de la marine, sur des communications en phonie avec les plongeurs de combat, des techniques d'enregistrement sous-marin...
"Une matière fabuleuse... J'y ai trouvé mes bases techniques, poursuit le musicien, et bien d'autres choses..."
Sous l'eau, donc, les sons sont autres, l'oreille fonctionne différemment... Redolfi-compositeur voit là un terrain à explorer, tout comme un peintre se ruerait vers un espace où le rouge serait bleu et les carrés changés en bulles !
Pour comprendre, il commence par traquer des sons en mer, phoques et baleines, et à les restituer en piscine. Et en 1981 il commence à composer des pièces totalement destinées à être interprétées sous l'eau. Un gong sous-marin est aussi créé, qui transmet ses vibrations à de l'électronique située en surface. Puis avec Dan Harris, de New York, il concocte une console de mixage... sous-marine ! Muni d'un scaphandre autonome, il peut savourer tout un concert au fond de l'eau, y règler la puissance des amplis, les répartitions sonores...

Le subaquatique ne s'interdit pas non plus la voix humaine. Une cantatrice peut chanter au bord du bassin, et le son est alors transmis sous l'eau. Deux cent personnes se sont ainsi immergées dans les mélopées de Susan Belling, cet été à Lisbonne. L'artiste peut même, comme à Grenoble au printemps, chanter dans une bulle d'air immergée, réalisée par un vieux complice, l'architecte Jacques Rougerie.
N'est-ce pas aller un peu trop loin ?
"Je ne veux rien revendiquer de surnaturel, encore moins le New Age grand-dadais. Cette technique musicale est un atout, car elle permet aux auditeurs de changer d'univers brutalement. Une modification de leurs équilibres sensoriels qui les rend simplement plus attentifs, plus ouverts...", répond Redolphi.
Une psychiatre parisienne, pourtant, va plus au-delà. Et use de cet "état de grâce" que procure un bassin habité de sons. Claire Carrier utilise dans sa pratique thérapeutique la situation peu banale de se trouver dans une eau sonorisée par Redolphi, pour induire une adaptation corporelle chez ses patients.
Le rêve de Michel ? Sonoriser une crique, une baie entière, avec des capteurs qui lorgneraient le soleil, tâteraient la température de l'eau, renifleraient vent et nuages. De cette arène sortirait une modulation sous-marine, amplifiée. Sans cesse changeante, cette musique deviendrait une sorte de ligne sonore, consacrée à une forme de cohabitation de nos cultures avec le monde naturel.
Eloignés de la mer ne désespérez pas. Redolphi se déclare disposé à faire fabriquer des systèmes miniaturisés qui équiperaient les baignoires, et pourquoi pas, les piscines municipales...
Ecouter le chant des baleines, ou des musiques contemporaines sous l'eau : bon programme pour le crawl du samedi, non ?